LA FILEUSE
Jusqu'à ce que la nuit effeuille ses pavots, Le rouet grondera comme l'oiseau gazouille.
Les agneaux sans défense ont livré leur dépouille ; Elle a filé la laine en soyeux écheveaux.
Et voici maintenant le tour des lins nouveaux. Ils ont été gardés des baisers de la rouille. \ Elle chante et sourit; puis, devant sa quenouille Passent des espoirs doux et des rêves dévots.
— Que sera ce beau fil, tout à coup se dit-elle? Des nappes pour la table et des draps pour les lits, Une chemise blanche, une frêle dentelle. . .
Il est douteux, enfant, l'avenir que tu lis.
Quelque fil que l'on donne à son rouet avide, C'est parfois un linceul que le fuseau dévide.
SONNETS EUSTIQUES 155