LE PASSE
Fatigué de l'espoir qui m'avait tant leurré, J'errais au champ des morts. Pour toute âme dolente Le cimetière est bon, la croix est consolante, Car les morts ont aimé comme nous, et pleuré.
Jamais le sol bénit n'avait ainsi fleuré.
Je prolongeai longtemps ma promenade lente.
Dans les muets sentiers, de son aile opulente Un brillant papillon m'a soudain effleuré.
Je cours, je veux le prendre et voilà que je tombe. Il s'éloigne toujours, volant de tombe en tombe Comme l'esprit errant de quelque trépassé.
— En vain par ma splendeur ta pauvre âme est séduite, Me dit-il, le regard peut me suivre en ma fuite, Mais nul ne me saisit, car je suis le passé.
FAKTAIÔIE 195
UE FEU FOLIyET
On y croit sous le chaume, on y croit au chalet. Vive langue de feu, le long de la bruyère, Ou sur les molles eaux de quelque fondrière, Lorsque la nuit est sombre, on le voit, ce follet.
Il brille quelquefois, gracieux et mollet, Comme une lampe sainte à la vitre ouvrière.
Pour lui, dans ces soirs-là, l'enfant dit sa prière Et l'aïeule récite un pieux chapelet.
Celui qui le poursuit se fatigue et s'égare.
Ses appels sont trompeurs. Il faut que l'on se gare
De ce mauvais chrétien que le Seigneur punit.
A demander sa grâce en vain l'on s'égosille.
Il retrouve sa forme, et sa peine finit,
Quand on le fait passer dans le châs d'une aiguille.
196 *AttTAÎ8Ifi