ADAM
— Et le mal nous a pris, séduisant, enjôleur, Comme un filet de soie en ses brillantes mailles. Eve a senti l'amour embraser ses entrailles ; Elle a, bénissant Dieu, fait l'homme de douleur..
Dieu m'a dit irrité : " Tu scelles ton malheur. Il faut que chaque jour tu souffres et travailles. Mon ciel vous est fermé comme par des murailles, Et vos regrets tardifs n'ont guère de valeur."
J'ai répondu, courbé sous l'amère sentence :
— Nous avons fait le mal, nous ferons pénitence,
Mais laissez à nos fronts leur céleste fierté.
Puis j'ai dit suppliant: — Lève donc l'anathème,
Et vois ce que je fais de notre liberté. . .
Je pourrais te haïr, ô mon Maître 1 et ^e t'aime.
ABBL ET CAIN
La terre verdissait, qui venait d'émerger Des primitives eaux. L'antre au sombre orifice Etait, en ces jours-là, son unique édifice, Et l'homme vagabond y pouvait héberger.
Or, deux frères vivaient : un semeur, un berger. Ils offrirent à Dieu le premier sacrifice.
Le berger fut béni. L'autre, usant d'artifice, L'attira sur son cœur afin de l'égorger.
La terre qui grandit dans la magnificence, S'enivre encore, hélas ! du sang de l'innocence, Et garde la blessure ouverte dans son sein.
Et le bien et le mal seront toujours en lutte ; Et les derniers enfants de la dernière hutte Seront peut-être encore un Abel, un Cain.