L'EXILE
Les Juifs avaient fait peur à ce lâche juriste. Dans l'ennui de l'exil, au lointain Dauphiné, Il errait sombre et seul comme un contaminé, Et les remords rongeaient son âme d'égoïste.
Il suivait sous les bois les bêtes à la piste,
Et honteux, devant l'homme il fuyait obstiné.
A l'enfer éternel était-il destiné,
Que rien ne déridait sa face pâle et triste?
Il croyait voir du sang dégoutter de ses mains, Et, courant comme un fou, loin de tous les chemins, Il cherchait une source où se laver en hâte.
Mais l'eau coulait en vain, la souillure restait. Un jour, pour ne plus voir ce sang qu'il détestait, Il se donna la mort. . . C'était Ponce-Pilate.
HERODIADE
Elle voulait un trône et c'est l'exil qu'elle a; L'idylle va finir dans la sauvage Gaule . . . L'inceste était léger à sa lascive épaule ; Dans les bras d'Antipas, un jour, elle vola.
Le scandale fut grand et Jean le flagella.
Elle envoya l'ascète au cachot d'une geôle, Puis se fit apporter sa tête toute drôle, Sur un plat de métal, dans un bal de gala.
Or, comme pour revoir sa belle Galilée, Souvent, vers le soleil qui monte radieux Se tourne, tout en pleurs, l'impudique exilée.
Mais de même souvent, ô spectacle odieux !
Ce n'est pas le soleil que voit son grand œil triste,
C'est, sur le bronze ouvré, la tête du Baptiste.
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