‹ Les gouttelettes: sonnetsChapitre 94 sur 154 · L'ORAGE · texte numérisé non relu

L'ORAGE

Une ombre épaisse monte au ciel bleu. L'air s'embrase, Il passe dans le calme un frisson alarmant.

Soudain l'éclair jaillit. Un affreux grondement Fait trembler, semble-t-il, la terre sur sa base.

Le nuage grandit. Sur la forêt qu'il rase, Bientôt, flot ténébreux, il crève lourdement, Et le ruisseau se change en torrent écumant, Et la moisson gémit sous le vent qui l'écrase.

Puis, lorsque la tempête a fui vers d'autres lieux,

Le soleil souriant éclaire des ruines,

Et l'on entend chanter les oiseaux oublieux.

Quand, pour chasser loin d'elle un voile de bruines, L'âme demande un souffle et que l'orage vient, Elle ne chante pas, mais elle se souvient.

SONNETS KUSTIQUBS I43

UENGERBAGE

S'iiy fallait engerber les grains laissés épars, Aux jours déjà lointains de mes jeunes années, Nous portions au lieur les javelles fanées, Et les gerbes criaient sous l'étreinte des harts.

Vous avez, aujourd'hui, l'industrie et les arts ; Tout se fait vite. Et puis, vos machines damnées Travaillent mieux que l'homme avec ses mains tannées. Les choses du vieux temps font sourire les gars.

Mais le soleil joyeux qui mûrissait les orges, Bronzait nos fronts sereins et les vaillantes gorges Des filles qui chantaient en revenant du clos.

Et dans nos cœurs aimants, paysans, paysannes,

Nous sentions s'enfiltrer des rayons diaphanes

Qui formaient comme un nimbe au dernier rêve éclos.

144 SONNETS KUStIQUBS

Page 1