INTRODUCTION
La chronique des règnes de Jean II et de Charles V, connue par de nombreux manuscrits et plusieurs fois imprimée, ne se présente jamais à nous comme une œuvre isolée et indépendante. Elle fait toujours partie intégrante, soit des Grandes Chroniques de France, soit de la Chronique française amplifiée de Guillaume de Nangis. On sait ce qu'il faut entendre par Grandes Chy^oniques de France. On désigne sous ce nom une vaste collection de textes historiques en langue vulgaire, commencée à Saint-Denis dès la seconde moitié du xiii® siècle, s'arrêtant primitivement à la mort de Philippe-Auguste et continuée plus tard jusqu'à l'avènement du roi Jean. La chronique française amplifiée de Guillaume de Nangis n'est autre que sa chronique abrégée, développée sur certains points par voie d'interpolation et continuée à partir de 1285, comme les Grandes Chroniques elles-mêmes, avec lesquelles eUe se confond dès lors le plus habituellement, et dont il se pourrait qu'elle ait été en réalité le prototype ou la forme origi-
naire
Les exemplaires manuscrits de la chronique de Jean II et de Charles V subsistent encore en grand nombre, ainsi que
1. L. Delisle, Mémoire sur les ouvrages de Guillaume de Nangis. Paris, 1873, in-4°. Extrait des Mémoires de VAcadémie des Inscriptions et Belles- Lettres, t. XXVII, 2« partie, p. 56 et suiv.
n INTRODUCTION.
je l'ai noté plus haut^ Ils offrent entre eux des différences, qui seront bientôt indiquées et serviront à les classer. Mais tous, à peu près sans exception, ont certains traits communs, — lacunes ou mauvaises leçons, — qui devaient se trouver dans le manuscrit original et qui s y trouvent effectivement, car cet original s'est conservé et des particularités caractéristiques permettent de l'identitier :
1° Le nom de la colline de Coquelle, appelée Calkuli au KiY** siècle'', et mentionnée, dans l'article 4 du traité de Brétigny, comme l'un des points topographiques servant à délimiter le territoire de Calais, est laissé en blanc -^j bien qu'il eût été facile de combler la lacune'' ;
2° Il en est de même de la date d'une insurrection, qui éclata dans la ville de Viterbe pendant le séjour prolongé qu'y fît Urbain Y, au cours de l'été de 1368, avant de rentrer à Rome^;
3° La liste des premiers cardinaux créés \yàv Urbain VI, en 1378, offre des déformations de noms évidentes, qu'il
\. Il y a cependant exagération à écrire, même en parlant des Grandes Chroniques de FriDice, qui assez généralement comprennent la chronique de Jean II et de Charles V, que « les copies manuscrites en sont innombrables » (A. Molinier, Les sources de l'histoire de France^ des origines aux guerres d'Italie, [1494], 3« fascicule. Paris, A. Picard, 1903, in-8°, p. 97, n° 2530).