‹ Les grandes chronique de France (volume 2)Chapitre 62 sur 110 · Thourout, Belgique, Flandre occidentale · texte numérisé non relu

Thourout, Belgique, Flandre occidentale

garderont ses droiz royaulx et les tendront sans enfraindre ; item , que toutes fcderacions , faites ou consenties à faire par eulx, ou aucuns d'eulz, ou par autres pour eulx et en leurs noms, aveques Anglois ou autres ennemis du Roy, tant des temps de Jaques et Phelippe Artevelle, comme d'autre temps, en quelque manière que ce soit, ilz tendront pour nulles et comme cassées et vaines, et de nul effect, sans y entendre en aucune manière, et de fait les apporteront au Roy ; item, que de tout leur povoir il dommageront d'ores en avant et grèveront les ennemis du Roy et du royaume, leurs aliez et bien viellans, et par especial les Anglois, et ne leur donneront conseil, confort ne aide de gens, de biens, de vivres, ne autrement en aucune manière, et ne converseront avec eulx en marchandise ne autrement, si ce n'est du congié et licence du Roy et de leur seigneur ; item, qu'ilz paieront au Roy vi''* mille frans, cent chars chargiez de pain et cent tonneaux de vin, lesquelx ilz dévoient faire admener en l'ost du Roy à leurs despens. Et, des diz vi^" mille frans, paieront lx mille comptans, et des autres lx mille bailleront hostages pour paier à certains termes. Et aussi se declaireront pour la partie du pape Clément, si comme il est dit de ceulx d'Ippre^ Lesquelles choses ilz accordèrent et jurèrent, sur sainctes euvangilles de Dieu, tenir et accomplir fermement, sanz enfraindre, et parmy ce le Roy leur pardonna et quicta touz meffais, et leur accorda confermer leurs privilèges royaulx et faire con fermer ceulx du conte.

1. Plus exigeants qu'à Ypres, les princes avaient imposé aux Brugeois, comme première condition, la reconnaissance de Clément VII (IV. Valois, le Grand Scfiisme, t. I, p. 361).

Item, le xxx* jour du mois de novembre, le Roy et son ost alerent logier à RoUiers, et de là envoia aux habitans de Gand unes lettres ouvertes et patentes, seellées de son seel, desquelles la teneur s'ensuit :

« Charles, par la grâce de Dieu roy de France, aux bourguemaistres, maieurs, eschevins, bourgois et habitans de la bonne ville de Gand salut. Gomme pour les descors, rebellions et désobéissances, qui ont esté et sont entre nostre très chier et féal cousin le conte de Flandres et vous, et les autres du dit pais de Flandres, nous eussons envoiez noz messages solennelz, et par iceulx rescript à une partie et à l'autre [que] des diz descors, rebellions et désobéissances, nous en nostre personne voulions congnoistre, comme seigneur souverain de l'une partie et de l'autre, et que à chascune partie ferions sur tout raison et justice et ferions faire en nostre Parlement à Paris; à quoy nostre dit cousin se soit du tout soubzmis à nostre volenté et ordenance, et vous, la partie du pais dessus dit, n'aiez voulu entendre au contenu en nos dictes lettres, ne respondre à noz dis messages, ne ad ce que commandé et enchargié vous avions pour la cause dessus dite, comme à messages envoiez de par vostre seigneur souverain, ains aient esté aucuns porteurs de leurs (sic : noz) lettres detenuz, et pour ce soions entrez en icellui pais de Flandres pour corrigier la partie désobéissante, s'aucuns en y a, et reparer les diz descors et rebellions; et, quant nous avons esté en icellui pais, aions trouvé pluseurs de noz bons et loyaux subgiez du pais de Flandres qui, de leurs bonnes volentez et sans aucune contrainte, sont venuz en nostre obéissance et [ont] rendu à nous les bonnes villes et plat pais à nostre volenté, comme à leur sei- III 3

3i CHRONIQUE DE JEAN II ET DE CHARLES V. [1382

gneur souverain ; et aussi aions trouvé oudit pais pluseurs rebellions et desobeissance[s], qui, de leur mauvaise volenté et desordenée, se sont mis à grant nombre de yens armez sur les champs, pour nous grever et dommagier de leur povoir, et iceulx à l'aide de Nostre Seigneur avons combatuz et desconfîz, savoir vous faisons que, pour éviter l'efusion de sang humain et pour pitié et compassion que nous avons de noz subgiez, et aussi pour consideracion que vous avez touz jours esté plus enclins à obéir à noz prédécesseurs roys de France et à nous que nulz autres des bonnes villes de Flandres, et pour touz jours nourrir paix, concorde et amour entre nostre dit cousin et vous, avant que nous procédons contre vous oultre par voie de fait, nous encore derechief, de nostre grâce especial et d'abondant, vous offrons de oir en nostre personne, comme seigneur souverain, toutes les causes et raisons, que dire et proposer vouldrez sur les diz descors et rebellions, se ad ce voulez entendre, et de vous faire sur tout raison et justice et grâce avec, là où elle cherra. Et, pour touz jours avoir Dieu et raison devers nous et vous mettre en vostre tort, vous envoions pour sommacion finale ces présentes, par cest message, affin que par lui nous faites savoir sur tout vostre entencion et volenté, et que sur ce procédions selon ce que Dieux nous conseillera. Donné en nostre ost à Thourout, le premier jour de décembre l'an mil CGC IIII" et deux, et de nostre règne le tiers. »

Item, le premier jour du dit mois de décembre, le Roy et son ost entrèrent en la ville de Courteray, qui jà avoit esté pillée par Le Haze, bastart de Flandres, et de

(sic) ses compaignons^ et de laquelle ceulx, qui estoient demourez en vie après la bataille, s'en estoient partiz et estoient alez à Gand. Mais neantmoins le Roy et ses gens y trouvèrent des vivres en grant habondance^.

Item, le m* jour du dit mois de décembre, envoierent devers le Roy, à Gourteray, ceulx de Gand unes lettres, dont la teneur s'ensuit :

« Très exellant, très hault et très puissant seigneur, à vostre haulte majesté royale plaise vous savoir que nous avons receu voz amiables lettres, à nous envoiées, faisans mencion que, comme pour les descors, rebellions et désobéissances, qui ont esté et sont entre vostre très chier et féal cousin le conte de Flandres et nous, et les autre pais, vous eussiez envoie vos messages solennelz, et par iceulx escript à l'une partie et à l'autre que des diz descors, rebellions et désobéissances vous, en vostre personne, vouliez congnoistre, comme seigneur souverain de l'une partie et de l'autre que vous estes, et que avec l'une partie et l'autre feriez à chascun raison et justice, ou feriez faire en vostre Parlement à Paris; à quoy vostre dit cousin s'est du tout soubmis à vostre volenté et ordenance, et nous la partie dudit pais n'avons voulu entendre au contenu de voz dites lettres, ne respondre à voz diz messaiges, ne ad ce que commandé et enchargié leur aviez pour la cause dessus dite, comme à messages solennelz, envolez de par

1. Courtrai, Belgique, Flandre occidentale. — Louis, dit le Haze, bâtard de Flandre, chevalier, l'aîné des nombreux enfants naturels du comte de Flandre.

2. Sur le pillage et l'incendie de Courtrai, voy. Froissart, Chroniques, t. XI, p. xv, n. 2.

nostre dit seigneur souverain que vous estes, ains aient esté aucuns porteurs de vos dites lettres retenuz, et pour ce estes vous entrez ou pais de Flandres en puissance pour corriger la partie désobéissante, se aucune en y a, aveques autres poins declairez et contenuz en voz dites lettres. Sur les quelles, très puissant seigneur, vous plaise savoir que sur voz dites lettres et le contenu d'icelles, eu conseil et advis, sommes d'accort de vostre royale majesté supplier humblement, comme nostre seigneur souverain, qu'il vous [plaise] par vostre bonté consentir et octroyer un saufconduit pour XXXII personnes, pour venir, demourer et paisiblement retourner à tel lieu qu'il vous plaira, et là dire, proposer et monstrer l'entencion de nous, vos vrais et loyaux subgiez. Et, très exellent seigneur, en ce tant vous plaise faire que Nostre Seigneur vous en sache gré, qui vous ait ades en sa saincte garde. Escript le m* jour de décembre. » — Et estoit ainsi escript en la marge dessoubz : « Voz humbles subgiez, esquevins, cappitaine, doyen, conseil et toute la communaulté de la dite ville de Gand, appareilliez à vostre commandement. »

Et en la suscription des dites lettres estoit ainsi escript :,« A très exellent, très hault et très puissant seigneur, nostre très chier et très amé seigneur souverain nostre sire le roy de France. »

Si leur envoia le Roy saufconduit, dont mencion est faite es dites lettres, lequel receu par eulx à Gand, cnvoierent certaines personnes devers le Roy à Courteray, lesquelx à moût grant révérence se offrirent à faire le plaisir du Roy. Si leur fut baillié par escript cen que

le Roy vouloit qu'il feissent, par la manière en sustance que dessus est escript d'Ippre et de Bruges, mais oultre le Roy vouloit qu'ilz paiassent iif mille frans^ et leur furent ces choses bailliées par escript, à leur requeste. Et, après ce que les diz messages orent parlé à ceulx de la ville de Gand, retournèrent devers le Roy, à Gourteray, et rapportèrent par escript la response de la ville, scellée, et principalment sur l'article du traictié, qui contenoit que avant toutes [choses] ilz croiroient en nostre saint père le pape Glement. [Si] disoient que le conte de Flandres les fist assembler devant son clergié et leur fist dire et tesmoignier, de vray , que Urbain estoit vray pape , et, quant il leur sera dit le contraire, il croiront voulentiers en Glement, car il ne leur chaut le quel, si comme ilz dient^. Et, pour ce qu'ilz ne respondirent point aux autres articles, on leur {sic /les) renvoia arriéres à Gand, de par le Roy, pour avoir response sur les diz articles. Si retournèrent à Gourteray le xviii^ jour du mois de décembre, et capcieusement et malicieusement respondirent, et pour ce ne furent point d'accort aveques les gens du Roy. Et pour ce, si comme on disoit, que pluseurs des gens d'armes s'estoient partiz, iceulx de Gand se tenoient plus fors et plus orgueilleux. Et aussi estoit lors le temps mal et pluvieux, par quoy [le Roy]

1. Var. : « quatre cens mille frans » (Bibl. nat., ras. fr. 10134, fol. 301).

2. Cf. N. Valois, le Grand Schisme, t. I, p. 362. L'attitude, très ferme et très digne, des Gantois leur a valu les plus dures invectives d'Eustache Deschamps :

« Avise-toy, fausse ville de Gand.

Contre ton Dieu pour l'intrus a esté, Contre ton roy fait conspiration. »

ne povoit plus pour cette saison hostaier. Si se desloga le Roy de Courteray, le dit XYiii" jour de décembre, et |a]la à Tournay, exepté m" hommes d'armes qu'il laissa en garnison en la dicte ville de Courteray, et toutesvoies aucuns boutèrent le feu en la dite ville de Courteray, et y ot une grant partie d'icelle ville arse, et fut abatu l'orloge de la dite ville, qui estoit le plus bel que on sceust nulle part. Et demoura le Roy à Tournay jusques après les festes de Noël *, et après se parti et ala à Arras^, et d'Arras à Compiengne, là où il fut le iiii* jour de janvier ensuivant^, auquel jour il avoit mandé pluseurs des gens de son Conseil d'estre à rencontre de lui^.

Item, le mercredi vn* jour du dit mois de janvier, en la dite ville de Compiengne, les ducs de Berry et de Bourgoigne, oncles du Roy et aians le gouvernement de lui et de son royaume, firent à l'evesque de Beau-

1. Cette ville, française cependant et qui n'avait pris aucune part à l'insurrection flamande, paya cher le passage de Charles VI. Sous prétexte de « corriger » les urbanistes du Tournaisis et des contrées environnantes, Tournai fut frappé d'une contribution exorbitante et plusieurs de ses habitants persécutés cruellement (N. Valois, op. cit., t. I, p. 362-364).

2. Il y arriva le 29 ou le 30 décembre (Froissart, Chroniques, t. XI, p. XVI, n. 3). Malgré sa présence, on eut grand'peine à empêcher que les Bretons, mal payés et mécontents des résultats de la campagne, ne pillassent la ville (Froissart, Chroniques, t. XI, p. 74).

3. Il avait passé à Péronne le 31 décembre 1382, et à Noyon le l*"" janvier 1383. D'après le? Séjours de Charles VI, p. 16, le Roi serait arrivé à Compiègne le 2 janvier.

4. Sans doute pour l'objet dont il sera question au paragraphe suivant.

vais, lors chancelier de France, rendre les seaulx du Roy, lesquelx seaulx furent mis es coffres du Roy, et ordenerent les diz ducs que jusques ad ce que le Roy eust fait un autre chancelier ^ on seelleroit du petit seel, du quel on avoit acoustumé de sceller à Paris en l'absence du grant. Et au gouvernement du petit seel furent ordenez l'evesque de Laon^, messire Arnault de Gorbie, premier président de Parlement, et maistre Phelippe de Moulins, chanoine et chantre de Paris.

Item, le vendredi ensuivant, ix® jour de janvier, le Roy se parti de Gompiengne et, le samedi ensuivant, entra à Saint-Denis et rendi en l'église de Saint-Denis l'oriflambe, qu'il avoit portée en Flandres^, la quelle fut mise solennelment devant les corps sains.

Item, le dymenche, xf jour du dit mois de janvier l'an mil GGG IIIP" et deux dessus dit, entra le Roy à Paris^, et grant foison de gens d'armes avequeslui, desquelx grant quantité touz armez, les bacinez es testes, alerent, de la bastide Saint-Denis, à pié devant le Roy, jusques à l'église Nostre-Dame de Paris, et le Roy et ses oncles, les ducs de Rerry et de Bourgoigne et de Bourbon, et pluseurs autres grans seigneurs, alerent à cheval jusques ou parviz devant la dite église de Nostre- Dame, à la porte; devant la quelle église l'evesque et le

1. Ce devait être Pierre de Giac, qui ne fut définitivement institué que le 10 juillet suivant.

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