‹ Les grandes chronique de FranceChapitre 38 sur 46 · XLI. — Le Grand entremets · texte numérisé non relu

XLI. — Le Grand entremets

(Ms., fol. 473 v°: édit., t. II, p. 236 et suiv.)

H. ; 0™192 X 0™197 (si l'on tient compte de la « nef » qui déborde le cadre en bas et à gauche). — Encadrement lilas et or; fond quadrillé. — Très grande composition tenant presque tout le feuillet.

Le fond de la miniature, depuis le haut jusqu'en bas, est un quadrillé rouge et or, coupé près du sommet par une sorte de bourrelet ou de torsade, d'où tombent trois grands lés aux couleurs de France, qui pendent derrière le roi de France, l'Empereur et le roi des Romains. Charles V, debout comme ses hôtes, est au milieu, avec l'Empereur à sa droite, et à sa gauche le roi des Romains. A côté de ce dernier sont deux prélats mitres, et un troisième, également coiffé de la mitre, est à la droite de l'Empereur. Le prélat placé près de Charles IV est l'archevêque de Reims. A l'autre bout de la table il y avait, d'après la chronique, trois évêques : l'évêque de Braunsberg, Henri Soerbom, conseiller de l'Empereur, l'évêque de Paris et l'évêque de Beauvais. Le peintre n'en a ici représenté que deux.

Grande table, couverte d'une nappe d'un dessin losange et chargée de trois nefs dorées. On y voit encore deux gobelets et une tasse à couvercle, le tout doré. Un valet, le genou sur un carreau de couleur verte, fait fonction d'écuyer-tranchant. Deux chevaliers de service, les bras croisés, se tiennent à gauche de la table. Devant les convives se joue le Grand entremets.

Une nef se voit à gauche, dont le mât est prolongé par l'encadrement de la miniature; quatre cordages s'y rattachent. Au sommet du mât, la bannière du comte d'Auvergne (d'or au gonfanon de gueules). Au château d'arrière, une bannière porte les armes du royaume de Jérusalem

(d'argent à la croix potencée d'or, accompagnée de croisettes de même); sur une autre bannière, au château d'avant, sont figurées les armes de Flandre (d'or au lion de sable). A l'intérieur de la nef, une lance est érigée, avec une bannière aux armes d'Angleterre : de gueules à trois lions léopardés d'or (au lieu de trois léopards). A l'arrière du bateau, Pierre l'Ermite, vêtu d'une robe de bure noire, son capuchon sur la tête, les bras étendus et les mains jointes, dans l'attitude de la prière.

A droite, du côté opposé à la nef, le rempart d'une ville forte, — Jérusalem évidemment, — défendue par des Sarrasins, reconnaissables à leur teint brun et au turban qui entoure la coiffure de quelques-uns d'entre eux. Contre la tour deux échelles sont dressées; sur l'une est monté le comte d'Auvergne, sur l'autre un roi, Godefroy de Bouillon, dont, par un anachronisme, l'armure et le bouclier sont décorés du blason attribué plus tard au royaume de Jérusalem. Au pied des échelles, deux autres combattants se reconnaissent à leurs armes : le roi d'Angleterre et le comte de Flandre, tenant en mains l'un et l'autre un long javelot. A leurs pieds, un homme d'armes, peut-être un Sarrasin, car il semble qu'il porte un turban, tombe la tête la première sur le sol. C'est là une de ces chutes divertissantes dont parle la chronique.

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