‹ Les grandes époques de Mr ThebaultChapitre 35 sur 62 · LÀ COCCINELLE · texte numérisé non relu

LÀ COCCINELLE

J'ai, dans mon jardin, un rosier au ras du sol, qui fleurit des roses couleur chair.

J'ignore son nom, parce que je me refuse à me donner la peine de salir d'un état-civil discutable un être qui s'habille de lambeaux de nuages sur lesquels une aurore tendre a déteint.

Je viens de trouver, sur le satin d'un de ses calices, une tache qui m'a beaucoup intéressé.

C'était une goutte de vernis rouge, sur laquelle des mouches avaient fait des chiures, qui roulait très doucement sur un pétale, en compagnie d'une goutte de rosée. Toutes deux allaient vers le cœur de la Heur.

LA COCÇlNKLUv 1 1 1

Je suis resté quelques instants sans les voir ; puis la petite goutte rouge reparut, vint sur le bord du pétale et regarda le vide qui se creusait devant elle.

Elle remuait en tous sens un petit point noir situe quelque part autour d'elle et semblait très ennuyée d'un contretemps que je ne devinai pas.

A mon grand effroi la goutte de vernis se lendit exactement en deux et tomba dans le vide.

Mais je vis. de suite, qu'elle avait pris ses précautions car elle s'arrêta avant d'avoir touché le sol et, d'une poussée rigide, alla se buter, on aurait dit étourdîment, contre une autre fleur à laquelle elle se colla.

C'est une petite bête, qu'on dit être de la bergerie du bon Dieu, que nous avons nommée : Coccinelle.

Si toutes les roses avaient des noms dans le genre de celui-ci, je n'en ignorerais pas un.

Page 1