LES SANGSUES
Conte bleu.
Il y avait une fois un Ruisseau clair — large d'une aune — qui chantait des notes de cristal sur des cailloux polis.
Il s'abreuvait de l'eau d'une Fontaine qui semblait un petit miroir tombé sur un lit de mousse d'un vert éclatant.
Malheureusement ce petit miroir était si près dune ville qu'un jour maudit vint ou le Maire de la Commune, pour s'attirer les bonnes grâces de ses administrés, le lit mettre en prison sans motif.
Oa L'entoura d'un affreux mur de lierres,
l!>4 HISTOIRES SANS IMPORTANCE
qu'on coiffa d'un dôme oriental de style horrible.
Le pauvre petit miroir ne s'en consola pas.
Ne pouvant s'échapper de son cachot, il avisa une petite fente, formée par deux pierres mal scellées, de laquelle il se servit pour envoyer un de ses plus minées filets conter son infortune à sa vieille connaissance, le Ruisseau.
Celui-ci — ne pouvant rien faire pour délivrer son si généreux ami d'autrefois — jura de le venger.
Il avait son plan :
Il se mit à faire croupir l'eau qui lui restait encore et, en peu de temps, de légère et gamine qu'elle était, il la changea en un liquide noirâtre et nauséabond.
Il couvrit ensuite ses jolis cailloux blancs dune boue visqueuse et empestée d'où il faisait échapper de grosses bulles qu'il envoyait crever à sa surface.
C'était sa façon d'exhaler sa colère.
... Il advint que des maladies se déclarèrent parmi les habitants des maisons qui voisinaient avec lui. Leur nombre devint même si considérable qu'on les qualifia d'épidémie.