LE ROQUET
Mon pauvre Loth, qui est un beau griffon de taille respectable, vient d'être victime de provocations, — aussi déplacées qu'injustes — de la part d'un roquet.
L'assaillant était si menu que j'ai craint, un instant, de voir finir ses jours sous la simple pression d'une des pattes de mon compagnon.
Voici l'incident :
Nous passions paisiblement tous les deux sur la place du Marché — moi, ne regardant rien, Loth sentant de droite et de gauche les paniers des vendeuses.
Tout à coup, bondit, d'un de ceux-ci qui le
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cachait, un petit paquet de nerfs monté sur quatre fluets ressorts à boudins.
Cette petite machine ataxique marcha droit sur mon griffon — le cou tendu, la queue en bataille et, détail effrayant, le dos hérissé d'une ligne de poils suivant exactement l'épine dorsale.
Ce diminutif d'envahisseur fit deux fois le tour de notre groupe et, sans excitation préalable, s'approcha de mon chien qu'il flaira, en grondant avec une rage qu'il semblait contenir de toutes ses forces.
Tout à coup, sans motif, il changea ses grondements en aboiements furieux. Il eut alors dans la voix de tels accents de vengeance inassouvie que je ne pus m'empêcher de penser que, si cet atome de quadrupède avait eu la taille d'un animal ordinaire, je risquerais de passer un fichu quart d'heure.
En une minute, il y eut un double cercle autour de nous : le premier, fait de tous les chiens du quartier : le second.de badauds qui ricanaient.
Loth avait l'air de me demander le moyen que je comptais employer pour nous tirer de là.
Je pris mon parti courageusement et, faisant