CHAPITRE PREMIER
Saint Thomas est tout entier dans sa doctrine. — Caractère catholique de cette doctrine. — Son caractère humain. — Saint Thomas poète de l'abstrait. — Intention de notre travail. — Justification de notre point de vue par la nature même du thomisme et par l'esprit de son auteur.
ne le connaissent pas n'en portent pas moins en eux
l'appréciation de sa puissance. Ceux qui le découvrent et peuvent juger à quelle profondeur :l descend ont la tentation de se demander si d’autres s'en doutent, On n'ignore pas le témoignage des siècles; mais on est saisi, au premier contact, par cette impression d'illimité et de légèreté cyclopéenne, et volontiers on la croirait toute neuve, comme une jeune amitié que l'entourage ne connaît pas.
On s’extasie, en pensant que cet inventeur d'infini était une bonne pâte d'homme, simple et pieux moine, sans excentricité d'aucune sorte, sans particularité même, hormis sa sainteté. On ne cherche guère plus loin dans sa biographie. Cette vie mortelle sur laquelle se greffe une vie permanente ne paraît pas exciter une bien grande curiosité; à peine l'at-on écrite; nous ne la possédons pas encore vraiment. C'est un malheur, car les enseignements y abondent, et il est à souhaiter qu’on ne se contente pas indéfiniment de brochures ou de panégyriques. Mais la raison de cette négligence nous
aa Thomas a recueilli les suffrages de tous. Ceux qui
instruit aussi. La vie dé saint Thomas d'Aquin est dans sa pensée: cette vie est toute en idées; quand on tient les idées, on tient l'homme, même dans son sommeil, car il dictait en dormant. Il pense, il pense, et l'être qui en lui enfante la pensée n’excite nullement son intérêt; il n'émeut que par instants le nôtre; il se retrouve et éclate dans son effet, comme Dieu dans le Cosmos. ;
Les catholiques ont un motif spécial d'aimer et de fréquenter assidûment saint Thomas d'Aquin. Ce philosophe est leur homme; son œuvre est un trésor de famille, et « Docteur ca-. tholique » est son nom. Les gens du dehors ont intérêt sans doute à ne. pas ignorer une telle force; mais pour le catholique intelligent, cette ignorance est une défection. Toutes nos autorités ont déclaré que leur doctrine est cette doctrine même; qu'en saint Thomas l'élite intellectuelle catholhique et par elle toute l'Eglise puise sa meilleure substance, et que (s’en éloigner, notamment en métaphysique, ne va pas sans péril » !,
L'homme pieux et lettré, l’homme curieux de la pensée et désireux de savoir, en homme réfléchi, ce qu'il professe implicitement en adhérant au groupe, ne peut manquer de jeter quelque coup d'œil, tout au moins, sur une telle doctrine. On ne demande pas à tous une étude suivie; en matière de philosophie, spécialité et exception se répondent; on dit seulement que l'ignorance ne convient pas, et ceux qui le disent sont mis en demeure, à leur tour, de faciliter dans la mesure où ils le peuvent la connaissance.
Nous ne présentons pas ici un résumé: il y en a tant! Les non initiés ne s’y intéresseraient pas, et les initiés n’en ont nul besoin. Encore bien moins proietons-nous une étude savante. Nous avons tenté ailleurs un exposé pour les gens