LES SENS
Le premier de ces intermédiaires est le sens, c’est-à-dire un pouvoir organique dont l'organe est au corps ce que le sens lui-même est à l’âme. Et puisque le corps, affecté, affecte l’âme, qui n’est pas autre: ainsi l'organe, affecté par le sensible, affecte le sens, qui n’est pas autre non plus, mais qui est son acte ontologique. Par ailleurs, le sensible extérièur ne peut agir sur l'organe que selon ce qu l'est; il agit € par sa forme » : il y aura donc dans le sens, c’est-à-dire dans l’homme en l’un de ses pouvoirs, un reflet authentique de l’objet; la forme d'être réalisée dans cet objet sera vécue par le sujet; l’homme vivra le monde, qui sous les espèces de l'action exercée et reçue lui devient partiellement identique. C'est ce double de l'univers en nous que saint Thomas entend désigner, en dépit de ses formes diverses, par ce terme commun transcrit d’Aristote : les phantasmata, c'est-à-dire des apparitions intérieures, des images, des fantômes. Mais :l ne faudrait pas croire qu'il ne s'agisse pour cela que de formes visuelles: les objets de ce monde peuvent se manifester autrement que pour la vue: ils se manifestent aussi par des sons, par des odeurs, par des déplacements, par des rythmes, et notre réaction organique, créatrice de phantasrnata, se ressentira de cette diversité; elle aussi prendra toutes les formes, et elle affectera non pas seulement le cerveau, mais tout le corps, et notamment, ce semble, les :