‹ Les grands architectes français de la Renaissance, P. Lescot [et al.]Chapitre 9 sur 15 · ANNE , MARIE · texte numérisé non relu

ANNE , MARIE

mariée en née en 1610, 1634. mariée

en avril 1627, à

Elio Bedé, sieur des Fougerais, et morte le 24 déc.

LES METEZEAU

LES METEZEAU

^ jA ville de Dreux fut la patrie de Clément - Métezeau , vers la fin du xvi® siècle. Son père et son grand-père exercèrent l’architecture; le premier fut architecte de Henri IV; le second éleva le grand portail de l’église de Dreux. Celui dont nous parlons fut ingénieur de Louis XIII. — Avec l’indication de quelques édifices attribués à Clément Métezeau , voilà tout ce que d’Argenville apprend sur le compte de cet architecte , ainsi que de sa famille , et voilà absolument tout ce qu’on en sait. Nous pouvons en dire davantage, principalement à cause d’un de ces hasards heureux , souhaités , mais presque inespérés, par lesquels les chercheurs sont quelquefois consolés de l’insuccès trop fréquent de leurs efforts. Étant allé à Dreux dans l’intention d’y copier l’épitaphe d’un des Métezeau, qu’on dit y être

et qui ne s’y voit pas, nous avons été informé de l’existence d’un manuscrit renfermant de curieux renseignements sur cette famille. La disparition de l’épitaphe, dont nous comptions rapporter le texte, a été bien plus que compensée par la découverte du manuscrit en question , comme le prouvera la valeur des détails inédits que nous y avons puisés, et que nous allons faire connaître L

Au commencement du xvi® siècle vivait à Dreux un maître maçon appelé Clément Métezeau. En 1516 , avec un de ses collègues, Jean des Moulins, il entreprit de continuer la construction de l’hôtel de ville que ses concitoyens faisaient élever, et dont les fondements avaient été jetés en 1512, sous la direction de Pierre Caron. Un compte de 1533 mentionne Clément Métezeau comme ayant reçu 7 sous 6 deniers pour une journée et demie de travail, employée à percer un trou destiné au passage du contre-poids de l’horloge. H est présumable que ce Clément, le premier de la famille dont le nom soit sorti de l’obscurité % est l’auteur ou l’un des auteurs du riche portail de l’église pa-

1 Le manuscrit, qui nous a été signalé par M. le curé de Dreux, et dont nous avons eu communication par l’intermédiaire de M. Job, greffier du tribunal de commerce de la ville, a été écrit vers la fin du siècle passé. Il se compose de notes extraites, dans un but généalogique, des archives de la paroisse, et offre toutes les garanties d’authenticité désirables.

2 Nous manquons de données sur le degré de parenté unissant Clément à un certain Guillaume Métezeau qui, en mai 1536, épousa Toinette Guillou.

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roissiale, bâti vers 1524; il mourut entre 1537 et 1556. De ses deux femmes, Catherine, qui vivait encore en janvier 1536, et Etienne, par laquelle elle était déjà remplacée en mai 1537, il eut plusieurs filles S et au moins deux fils : Thibaut, dit également Théobald, et Jean. Ce dernier, maintes fois énoncé « architecteur », et qui fut « maître de la conduite de son état pour l’église de Saint- Pierre» à Dreux, ne semble pas avoir, comme son frère, abandonné sa ville natale. Il y fut inhumé le 27 avril 1600, précédant au tombeau, de cinq jours seulement , sa femme Marie Geffroy ou Godefroy

Thibaut Métezeau naquit le 21 octobre 1533, et sa descendance de Clément et de Catherine est surabondamment établie. Le 13 novembre 1557 on publia son mariage avec Jeauffrand Mussard, fille de Régnault Mussard; mais cette union, si elle eut réellement lieu, ne fut point de longue durée, puisqu’en 1 560 f épouse de Thibaut était Jeanne Bordia, laquelle n’était pas morte encore en avril 1604. Il y a apparence que Thibaut ne cessa de demeurer à

’ Toinette, née le 3 mars 1530; Catherine, qui fut marraine le 12 avril 1534 ; Nathalie , née le 19 janvier 1536 , et Jeanne , qui fut marraine fort souvent depuis 1538 jusqu’en 1593.

2 Les enfants de Jean Métezeau, dont il est parlé dans le manuscrit, sont : Denis, né le 15 novembre 1564, et qui eut pour marraine sa tante Jeanne ; Catherine, née le 10 novembre 1570, et qui fut marraine le 20 mars 1582; Claude, né le 7 octobre 1574; Clément, né le 7 septembre 1583 et enterré le 28 mars 1592; enfin, Élisabeth, née le 22 janvier 1587.

Dreux que postérieurement à 1569, car il cesse seulement, à partir de cette année, d’être fréquemment nommé dans les registres de la paroisse. Il demeura toutefois en relation habituelle avec sa famille, et c’est à Dreux qu’en 1581 sa femme alla faire ses couches.

Thibaut passa à Paris la seconde et la plus brillante moitié de sa vie, et on ne signale point de ses œuvres ailleurs. De même que plusieurs de ses collègues, il alliait la pratique de l’art aux spéculations industrielles, composant des plans et se chargeant, à ses risques et périls, d’exécuter des constructions. Suivant Brice , il fut un des entrepreneurs du Pont-Neuf S commencé en 1578, et nous voyons , par une pièce des comptes de la chapelle des Valois, que, le 14 mars 1582, il soumissionna des travaux en concurrence avec Pierre Chambiges, Fleurent Fournier, Jean le Breton, François Petit et Charles Bullant^ Il fut attaché au duc d’Alençon , et, dans un état de la maison

1 Desc. de Paris, t. R', p. 160.

2 II sera question, en son lieu, de P. Chambiges et de Ch. Bullant. D’après les anciens registres de la Ville, en 1384, Fleurent Fournier était « juré du Roy ès offices de maçonnerie », et il fut vraisemblablement le père de Louis Fournier, un des architectes du Louvre, touchant leqpiel nous avons donné quelques renseignements dans notre notice sur les deux galeries de ce monument. François Petit, dont nous avons plus d’une fois rencontré le nom, à propos d’expertises, et qui existait encore en 1602, était également juré du roi pour les oemTes de maçonnerie. Quant à Jean le Breton, il exerçait particulièrement le métier de couvTeur, et nous trouvons son nom dans les comptes des bâtiments royaux dès 1559.

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de ce prince pour 1576, il figure, qualifié d’architecte, au milieu des « gens de mestier‘ ». Bientôt après il avait le titre d’architecte du roi , comme appert d’un mandat du 25 mars 1578, relatif à une somme de 200 écus soleil, dont Henri III lui avait fait don , et qui devait être acquittée sur les « deniers provenant de la taxe et composition de l’office de Me juré-masson, à Paris, vaccant par le trespas de feu Me Berthrand, de Dreux ^ ». Sauvai dit que

Thibaut Métezeau éleva l’avant-portail de la porte Saint-Antoine, sur lequel était la date de 1585 et qu’il commença la salle des antiques, au Louvre

1 Mémoires du duc de Nevers , Paris, 1665, in-f°, p. 587.

2 Bibl. lmp., Cabinet des titres. — Au revers de la pièce est le reçu de Métezeau, avec la signature que nous avons dessinée.

3 Antiquités de Paris, t. III, p. 1. — Des gravures de Boisseau et de Sylvestre représentent, dans son état ancien, la porte Saint-Antoine, qui fut remaniée vers 1672, et abattue en 1778, suivant La Tynna.

4 Antiquités de Paris, t. II, p. 42.

nous ajouterons que, parmi tous les architectes mêlés à l’histoire de ce monument, c’est un des deux qu’on doit regarder comme ayant le plus probablement dressé les premiers projets de la grande galerie. Au mois de septembre 1596, Thibaut Métezeau était mort, puisque sa femme était alors énoncée veuve.

Jeanne Bordia rendit son époux père de plusieurs fils : les registres de l’église de Saint-Pierre de Dreux indiquent Clément, né le 18 novembre 1560 ; Jacques , né le 14 août 1569, et un second Clément, né le 6 février 1581. Ce second Clément est celui qui , par l’invention de la digue de la Rochelle , s’est fait une réputation derrière laquelle s’est éclipsée celle des autres membres de la famille. Mais, avant de dire ce que nous savons de lui, il convient de parler d’un de ses parents, Louis Métezeau, qui est demeuré inconnu des biographes, quoiqu’il ait rempli des fonctions très-importantes sous deux règnes.

Dorât, qui écrivait en 1740, dit, dans ses Antiquités de la ville de Dreux, que Louis Métezeau était le fils de Thibaut \ et Toussaint Donnant, dans son manuscrit, affirme qu’il en était le fils aîné. Les plus fortes présomptions existent en faveur de

1 Page 262 du manuscrit de la bibliothèque de l’Arsenal, coté HF 283. — L’ouvrage de Dorât, qui est rempli d’erreurs et de contradictions, n’a pas été publié.

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cette opinion , mais il ne nous a point été possible d’en constater la vérité. Nous avons, au reste, la certitude que Louis Métezeau fut architecte du roi très-peu de temps après la mort de Thibaut, car les registres de Dreux lui donnent ce titre et celui de contrôleur des bâtiments royaux, à propos du baptême d’Hélène, fille de Léonarde Métezeau, qu’il tint sur les fonts de baptême avec Jeanne Métezeau, le 27 septembre 1596. Il est pareillement appelé « architecte du Roy » dans les registres de la ville *, où nous avons vu qu’il fut chargé, avec l’ingénieur « Franchine ^ » d’organiser les préparatifs de l’entrée de la reine, en mars et avril 1610. Brice, dans le seul livre duquel son nom a été imprimé , assure qu’il dirigea la construction de la première moitié de la grande galerie du Louvre ce que nous maintenons vrai si on l’entend de la partie supérieure de l’édifice, authentiquement commencé vers 1566 T. Donnant veut que Louis Métezeau ait été capitaine

1 Arch. de l’Emp., reg. H 1795, f° 95 v°, et 136 r°.

2 Son vrai nom était Francini. En 1624, il portait le titre d’ingénieur et intendant de la conduite des eaux et fontaines de Sa Majesté. Le P. Dan, dans son livre sur Fontainebleau (p. 174), dit, à l’occasion des fontaines du château . « Et sont toutes ces fontaines de l’invention et de la conduite du sieur De Francine, que le roi Henry le Grand fit venir de Florence pour les dresser, et toutes celles qui sont icy, avec les grottes de Sainct-Germain en Laye. » Le prénom de Francini était Alexandre.

3 T. 1er, p. 163.— Brice ajoute à tort que c’est lui qui construisit la digue de la Rochelle.

4 Conf. notre Notice sur les galeries du Louvre (p. 3), où nous citons un document inédit des registres de la ville, qui résout enfin la question.

des Tuileries dès 1564, et soit l’auteur du célèbre escalier de ce palais , généralement réputé l’œuvre de De l’Orme : il n’y a sans doute là d’exact que l’indication de la charge que Louis Métezeau remplit aux Tuileries S non pas, certes, du temps de Charles IX, mais beaucoup plus tard. Les cartons des Archives de l’Empire contiennent un reçu de marbres, du 23 mars 1609, signé de lui, et qui

i Si un Métezeau a travaillé aux Tuileries avec De l’Orme , c’est évidemment Thibaut.

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commence par ces mots : « Je , Loys Métezeau , architecte des bastimens du Roy, consierge et garde des meubles du pallais des Thuillerys de Sa Magesté... » En outre, un compte de 1624 comprend les deux articles suivants : « A damoiselle Isabel de Hanqueil, v« de feu Louis Métezeau, architecte, et à ses enfans, sur vi*" liv. à eulx ordonnés par brevet du xiie septembre M. vi*" quinze (1615) et lettres patentes vériffiées en la Chambre des comptes, pour les causes y contenues, la somme de quatre cens cinquante livres, dont elle sera payée en la présente année;

pour trois quartiers, cy iiii*' l liv. — A la

dam.iie Isabel de Hanqueil, v« dud. Métezeau, qui estoit concierge des Thuilleries, et à sesd. enfans, sur la somme de liv. à eulx aussi accordez, au lieu desd. gaiges, leur vie durant, par autre brevet du x sept. m. vc quinze, et lettres patentes vériffiées en lad. Chambre, la somme de trois cens livres, dont ils seront paiez; pour trois quartiers de lad. présente année, cy. . . iii*" liv. » Il ressort de ces textes que Louis Métezeau dut mourir avant le 10 septembre 1615. Il vécut jusqu’en cette année même, suivant un essai généalogique S où il est qualifié « écuyer, sieur de Germainville et de Bressac , près Dreux , architecte et ordonnateur des bastimens du Roy ». 11 eut pour

ï Bibl. lmp., Cabinet des titres.

enfants : Louis, qui fut parrain, à Dreux, le 2 mars 1609; Elisabeth, qui épousa le sieur d’Endemare; et, si nous ne nous trompons, Guillaume, qui épousa Marie Potier, et était ingénieur ordinaire de Louis XTV, en 1667.

Le second Clément Métezeau , dont le nom est si célèbre et la vie si peu connue, naquit, nous l’avons dit, le 6 février 1581. Nous conjecturons qu’il faut rapporter à lui ce que T. Donnant raconte de Louis Métezeau , qu’il fut envoyé en Italie par Marie de Médicis , et fit des plans pour le palais qu’elle se proposait d’élever sur l’emplacement de l’hôtel de Luxembourg. La circonstance du voyage est assez douteuse, mais celle des plans ne l’est point. D’Argenville assure que d’habiles artistes les avaient vus et les trouvaient aussi beaux que ceux de Salomon de Brosse, auxquels la préférence fut donnée*. T. Donnant et d'autres écrivains de son pays attribuent semblablement à Clément Métezeau le portail de l’église Saint-Gervais , qui est de même considéré universellement comme l’ouvrage de De Brosse ; et là encore il paraît que l’assertion n’est point totalement dénuée de fondement, car Catherinot dit, dans son Traité de

architecture^ f publié en 1688 : « Le sieur De Brosse avoit donné le dessin du temple de Charenton; le

1 Vie des fameux architectes, 1. p. 32i .

2 Pages 17 et 18.— Né en 1628, Catherinot pouvait être bien renseigné.

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superbe portail de Saint-Gervais est aussi de son invention et de celle de Clément Métezeau , natif de Dreux, qui entreprit de diguer la Rochelle. » M. de Montaiglon , en rapportant ce passage % suppose que Clément Métezeau a simplement été l’entrepreneur de la construction. S’il s’agissait de Thibaut, nous serions volontiers de cet avis; mais avec démentie fait est plus hypothétique, quoique très-possible. De Brosse étant protestant, nous nous demandons si la fabrique de Saint-Gervais ne lui aurait point imposé un collaborateur qui ne pût être accusé d’hérésie, et cela dans l’espoir d’atténuer cette étrangeté d’un huguenot dirigeant les travaux d’une église catholique. Aussi bien plusieurs projets furent dressés pour le portail à bâtir, et purent être demandés à des artistes différents. Nous lisons, à ce sujet, dans une note rédigée en 1621 et transcrite dans un des vieux registres de Saint-Gervais : « Lesd. sieurs de Fourcy et Dosnon » (les marguilliers chargés de l’exécution des travaux) « ont été tellement curieux de cet édiffice que, ne s’estantz contentez de leurs capacitez et longue expérience au faict des bastimentz^, en ont communicqué divers desseins aulx plus grandz architectes et meilleurs mes maçons de la

^ Conf. les Fleurs et Antiquitez des Gaules, éd. de la Biblioth. elzévirienne , notes de la p. 195.

2 Ils étaient, le premier, intendant des bâtiments de France et, le second , contrôleur desdits bâtiments.

France. » Si plusieurs architectes ont fait des plans pour le monument, Clément Métezeau a très-bien pu être du nombre, et, adjoint ou non à De Brosse, recueillir une partie de la gloire acquise par celuici. Il serait fort étrange que cette double affirmation des auteurs compatriotes des Métezeau, touchant rimmixtion de Clément dans les projets du Luxembourg et du portail de Saint-Gervais, fût absolument destituée de toute base.

En 1624, Clément était architecte du roi, et son talent lui avait attiré assez de considération pour que Louis XIII entretînt près de lui un élève, fait attesté par ces deux articles du compte déjà cité : c( A Clément Métezeau, autre architecte, aussy pour ses gaiges de lad. année (1624), tant antiens que d’augmentation, à luy accordez par sad. Majesté, sans aulcun retranchement.... la somme de iim iiip liv. (2,400 liv.). — A Claude Rouhier, lequel Sa Majesté entretient près ledict Métezeau pour estre instruict en l’architecture, duquel elle se veult cy-après servir; pour son entretenement et norriture durant lad. année, attendu sa condition d’aprentif , la somme de iiF liv. (300 liv.). » Un reçu, donné le 28 mars 1626, d’une somme de 1,200 livres, à lui accordée par Louis XIIP, et

4 Ce reçu faisait partie de la collection de M. Lucas de Montigny, vendue récemment , et l’on a refusé de nous dire en quelles mains il était passé, de sorte que nous n’avons pu reproduire la signature qui s’"y trouve.

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dans lequel il est qualifié « architecte ordinaire du Uoy », montre encore que ce n’est point par cette charge qu’il fut, ainsi qu’on l’a dit, récompensé de ses services au siège de la Rochelle. Ces services, dont le résultat politique a fait exagérer le mérite , consistèrent dans l’invention d’une longue digue qui, fermant l’entrée du port, devait empêcher l’arrivée des secours , et par suite affamer la placer Clément Métezeau arriva devant la Rochelle le 27 novembre 1627, accompagné du maître maçon Jean Tiriot ^ et fut admis à proposer au conseil ses projets, que l’on adopta sur-lechamp; mais, contrairement à l’opinion commune, il n’en dirigea pas lui-même l’exécution. En effet, « on commença dès le lendemain à y travailler, » ditFontenay-Mareuil, témoin oculaire, « et il s’y trouva tant de facilité que M. de Marillac en demanda la charge, de sorte que Métezeau et Tiriot , après avoir eu de grands remerciements et chacun mille escus, s’en retournèrent à Paris L’entrée de Louis XIII dans la Rochelle, appuyé sur l’épaule de Métezeau, est donc une imagination

* « Métezeau avoit dit plusieurs fois que, pour emporter la Rochelle, il falloit. . . jeter une digue dans la mer. Il étoit dans l’usage d’avoir la nuit une lampe allumée, à la lueur de laquelle il dessinoit, lorsqu’il ne pouvoit dormir. Un jour que son projet l’avoit occupé plus qu’à l’ordinaire, il se réveille au milieu de la nuit, se lève et le trace sur le papier, etc. » D’Argenville se garde d’indiquer oü il a puisé cette anecdote, qui a tout l’air d’avoir été imaginée à plaisir.

2 Mémoires de Bassompierre, ap. collection Petitot, t. XXI, p. I2I.

3 Mémoires de Fontenay - Mar euil ^ ap. collection Michaud, t. V, p. 195.

de Dorât Nous ignorons s’il faut en croire autant de la pension de 1,800 livres et du logement au Louvre, qu’il assure avoir été octroyés à Clément, à l’occasion du succès de son invention

Clément Métezeau , au dire de D’Argenville , fut l’architecte du château de la Meilleraye, en Poitou, et de celui de Chilly, sur la route d’Orléans, lequel appartenait au maréchal d’Effiat. Tous les auteurs rapportent en outre qu’il bâtit l’hôtel de Longueville et donna les plans de l’église de l’Oratoire, dont il n’acheva que la nef ^ Il passe, à Dreux, pour avoir élevé le croisillon méridional de l’église Saint- Pierre, et nous avons vu dans les archives des religieuses de l’Assomption que leur cloître fut

1 Page 196.

2 Elle valut à Clément une célébrité extraordinaire et toutes sortes de louanges. On connaît un portrait de lui , gravé par Michel Lasne, et autour duquel est éci’it : « Clément Métezeau , Druide , architecte ingénieur du Roy, inventeur de la digue faicte au travers du canal de la Rochelle, ès années 1627 et 1628, qu’elle fut prize et desmantelée par Louis le Juste XIII, Roy de France et de Navarre. » Au bas sont ces vers, souvent cités, et dus à Mathurin Boui'ellier, procureur du roi à l’election de Dreux :

Hæretico palmam retulit Metezeus ab hoste ,

Cum Rupellanas aggere cinxit aquas.

Dicitur Archimedes terram potuisse movere;

Æquora qui potuit sistere, non minor est.

3 L’hôtel de Chevreuse, dans la suite, dit de Longueville, fut reconstruit, postérieurement à 1622, par Claude de Lorraine, duc de Chevreuse. Situé rue Saint-Thomas-du-Louvre, il s’étendaitjusqu’àlarueSaint-Nicaise, et a été abattu au commencement de ce siècle pour le percement de la rue du Carrousel. Marot en a gravé une vue. — La première pierre de l’église de l’Oratoire fut posée le 22 septembre 1621, et le monument a été terminé en 1630 par Lemercier, qui en a bâti le chœur, mais en se conformant aux plans de Métezeau.

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commencé sur ses dessins au mois d’août 1632. L’an 1650, il fit, en la paroisse Saint-Jean de Dreux, une fondation afin que tous les ans, le mercredi saint, cent pauvres reçussent chacun cinq sous d’aumône; c’est la dernière action de sa vie dont nous ayons connaissance. Il allait alors être septuagénaire, et nous pensons que «le mortuaire pour M. de Métezeau * », mentionné dans le manuscrit anonyme, à la date du 25 janvier 1653, est une preuve qu’il était mort antérieurement.

La famille des Métezeau n’a pas seulement produit des architectes célèbres, elle a encore compté parmi ses membres deux hommes distingués à différents titres : Paul et Jean. Ils étaient frères, puisqu’en tête de vers latins adressés par le premier à l’autre on lit : Jo. Metezeo fratri; mais leur descendance n’est point claire. Un passage où Dorât dit que Thibaut était leur oncle donne à croire, ainsi que les probabilités, qu’ils étaient les fils de l’architecte Jean Métezeau , l’époux de Marie Geffroy. Jean Métezeau fut estimé de Henri III, et son dévouement à la cause de ce monarque le fit mettre plusieurs fois en prison. Il devint secrétaire de la comtesse de Bar, et s’est fait connaître par sa traduction des Psaumes, qu’il publia chez Robert

1 Suivant un registre d’ensaisinement, en 1628, un « sieur Métezeau», peut-être Clément, demeurait, ou du moins avait une maison, rue d’Argenteuil , du côté oriental.

Fouet, à Paris, l’an 1610. Il était partiellement seigneur du fief de la Grange de Beauvais, et épousa Marguerite de Térouanne. Paul Métezeau, bachelier en théologie, fut aumônier de Louis XIII ; il a laissé la réputation d’un savant théologien , et fut choisi par le cardinal de Bérulle pour rédiger avec lui les statuts du couvent de l’Oratoire.

Si l’on admet que Louis Métezeau est véritablement le fils de Thibaut (et c’est pousser loin le scepticisme que d'en douter), la généalogie de la famille se présente sous cette forme :

CLÉMENT MÉTEZEAU, me maçon à Dreux, mort entre 1537 et 1556.

Femmes :

Catherine et Etienne.

JEAN MÉTEZEAU, Catherine. Jeanne. Toinette THIBAUT MÉTEZEAU,

architecte à Dreux, mort le 27 avril 1600.

Femme :

Marie Ceffroy.

née le 3 mars

architecte de Henri III , né le 21 octobre 1533, était déjà mort en septembre 1596.

Femme :

Jeanne Bordia-

üathalie,

née •

le 19 janvier 1536.

LOUIS METEZEAU, architecte de Henri IV et de Louis XIII, mort en 1615.

Femme :

Isabelle du Hanqueil

Clément, Jacques, clemext metezeau,

né né architecte

le IS nov. le 14 août de Louis XIII 1560. 1569. et de Louis XIV;

inventeur

de la digne de laBochelle ; né le 6 février 1581, et mort vers 1652.

Élisabeth. Guillaïune.

LES CHAMBIGES

LES CHAMBIGES

A U VAL dit que la petite galerie du Louvre fut commencée par un nommé Chambiche et l’assertion a été répétée une multitude de fois; mais, ce que c’était que Chambiche, on l’ignore si complètement que, naguère, un écrivain distingué a supposé que l’architecte de la petite galerie devait être quelque compatriote de Catherine de Médicis. Lorsqu’on songe à l’aspect italien de la petite galerie, et lorsqu’on se rappelle que le nom de Primaticio s’est traduit Primatiche en français, rien ne paraît plus spécieux que cette ingénieuse conjecture; rien, néanmoins, n’est plus faux et ne prouve

1 T. Il, p. 37.

mieux combien , en matière de biographie, il convient de se montrer sobre d’hypothèses.

Bien que nul n’ait jamais donné de renseignements sur le Chambiche du Louvre , et qu’on ait été disposé à le considérer comme un être quasi fantastique, le nom de deux de ses ascendants, aussi architectes , se trouve mentionné dans plusieurs ouvrages anciens et modernes. Cependant, quatre ans à peine se sont écoulés depuis l’apparition de la première notice où il ait été question d’un Chambiges, autrement qu’en passant et d’une façon incidente : en 1856, le Magasin pittoresque a publié sur Martin Chambiges une intéressante notice*, où nous avons reconnu la plume érudite de M. Vallet-Viriville *, professeur à l’École des chartes. Nous n’avons rien à ajouter à la notice de M. Vallet-Viriville en ce qui touche le personnage auquel elle est consacrée; mais nous avons recueilli , sur quatre des parents de ce dernier, ayant suivi la même carrière , un certain nombre de documents fort nouveaux , et nous les exposerons après avoir résumé préalablement ce qu’on sait maintenant de Martin Chambiges.

Martin est le premier membre connu d’une famille de constructeurs, dont le nom, définitive-

1 Page 339.

2 Déjà, en 1841 , M. Vallet-Viriville avait parlé de Martin Chambiges, dans ses Archives historiques du département de l’Aube. (Paris, 1841, in-8°, p. 310.)

LES CHAMBIGES

ment orthographié Chambiges, Ta d'abord été aussi : Chambiche, Cambiche , Cambriche, Campiche et Sambiche. En 1489, Martin « Cambriche », maître maçon, demeurant à Paris, fut mandé par les chanoines de Sens, qui lui confièrent l’œuvre de leur cathédrale, dont il éleva le transept et deux portails. En juillet 1495, il était de retour à Paris; mais, en 1497 et 1499, il reparaît à Sens, exerçant les fonctions de « maistre de l’entreprise et conducteur de la croisée » de la basilique. Il revint après à Paris, sans cesser toutefois de correspondre avec la fabrique de Sens et de diriger, de loin, les constructions poursuivies d’après ses plans. « Dès lors, » dit M. Vallet-Viriville, dont nous empruntons le récit, « maître Martin apparaît le plus souvent moins comme conducteur de travaux que comme architecte consultant. Le 15 octobre 1499, le pont Notre-Dame, à Paris, s’écroula. Lorsqu’il s’agit de le reconstruire, les magistraux municipaux réunirent en de fréquentes assemblées ou conseils, de divers points de la France et même d’Italie, les architectes les plus renommés, les plus experts, afin de s’éclairer de leurs lumières. Maître Martin Cambriche fut au nombre des artistes consultés. Dans les délibérations qui eurent lieu les 8 et 26 avril 1500, à l’hôtel de ville de Paris, il fut de la minorité des novateurs. Il se prononça pour asseoir le nouveau pont en pierres de taille, jointes à chaux et à ciment, sur des fondations en cailloux et pierres dures. La majorité des conserva-

teurs défendait Tancien système du pilotis ^ En 1506, il dirigeait l’œuvre du célèbre chœur de Beauvais ^ Cette année, il quitta Beauvais, traversa Troyes, où il fut consulté; puis alla de nouveau inspecter ses travaux de Sens; il revint ensuite diriger l’œuvre de Beauvais. En 1512 , maître Jean de Soissons dirigeait les travaux de la cathédrale de Troyes Les fondements des deux tours étaient jetés; mais, avant que d’élever sur cette base la masse énorme qu’elle devait porter, le chapitre qui présidait la fabrique voulut appeler un artiste d’une habileté éprouvée, pour lui faire visiter l’ouvrage et prendre un avis. L’architecte lui-même, Jean de Soissons, fut donc solennellement député par les chanoines; on lui donna un cheval et l’on paya grassement sa dépense , indépendamment de son salaire courant. Jean de Soissons se rendit ainsi à Beauvais, où il arriva en quatre jours, auprès de maître Martin Cambriche. Après deux semaines d’absence , maître Jean était

1 Leroux de Lincy. Notice sur la chute et la reconstruction du pont Notre-Dame, ap. Bibliothèque de l’Ecole des chartes, 2® série, t. II, p. 32 et suiv.

2 « Jean Waast, avec Martin Cambiche, Parisien, entreprit la croisée de la cathédrale en 1500. » (Simon, Supplément à l’histoire du Beauvoisis, 2® partie : Nobiliaire de Beauvais, p. 121.)

3 Arnaud {Voyage archéologique dans l’Âube, p. 126 et 127) dit que Martin Chambiges, moyennant 40 sous par semaine, un pain de prébende par jour, et le paiement du loyer de sa chambre, accepta, en 1506, la direction des travaux de la cathédrale de Troyes ; qu’il les conduisit jusqu’au 8 juin 1519, et, le 24 octobre 1511, reçut du Chapitre une gratification de 8 écus d’or.

LES CIIAMBIGES.

(le retour à Troyes, ramenant avec lui maître Martin. Celui-ci fut reçu avec grand honneur par les chanoines, visita l’ouvrage, y mit lui-même la main pendant quelques jours, ayant maître Jean sous ses ordres; puis il retourna à Beauvais, reconduit par Jean de Soissons. Martin Cambriche reçut pour traitement la somme de 40 sous par semaine, ou 6 sous 8 deniers par jour. En outre, maître Jean fut chargé de payer le loyer de sa monture et toute la dépense du voyage. Enfin les chanoines, voulant lui témoigner leur satisfaction par une libéralité spéciale , lui firent remettre , indépendamment des honoraires de deux semaines franches, une gratification de 6 écus au soleil. L’écu au soleil valait alors 36 sous 3 deniers tournois, et la livre tournois correspondait à peu près à 16 fr. 50 c. de notre monnaie, ce qui fait, pour la somme totale de la rémunération de l’expert, une somme d’environ 14 livres tournois, ou 247 fr. 50 c. Cette somme était certainement considérable , car alors un avocat qui plaidait une affaire ordinaire au bailliage de Troyes avait 2 sous tournois pour ses honoraires. Lorsque Jean de Soissons, après cette consultation , reprit ses travaux, le chanoine secrétaire écrivit sur les registres de comptes (aujourd’hui conservés aux archives de la préfecture de l’Aube) que Jean avait été maintenu dans ses fonctions, attendu, dit la note, a qu’il « eût été difficile de trouver par toute la France « un maître maçon plus idoine a. On peut juger

par cet éloge de celui qui est dû à plus forte raison à maître Gambiche. » Il est évident que Martin Chambiges fut un des plus grands artistes de son époque, et que si la gloire était toujours en raison directe du mérite, il n’y aurait, en France, aucun nom d’architecte plus illustre.

Le second des Chambiges était maître des œuvres et du pavé de la ville de Paris. Les registres du corps municipal relatent que, le 27 juin 1536, il visita les fortifications avec un autre maçon, Pierre Moreau, et en compagnie du prévôt des marchands et des échevins *. Sauvai rapporte qu’il gagnait 25 sous par jour à conduire les ouvriers, sous la direction de Dominique de Cortone, lors de la réédification de l’hôtel de ville, et cite ce fragment de compte du domaine de Paris, pour l’année 1538-39 : « Me Pierre Chambiges , maistre des œuvres du Roy au bailliage de Sens, pour les formes et portraicts (plans) que le Roy a commandé lui faire de certains bastimens que ledit Seigneur entend et délibère en son hostel et environs de Nesle, à Paris, pour la fondation du collège des trois langues ^ ». Vers 1540, il faisait des travaux à Fontainebleau et à Saint-Germain en Laye^ et, le 22 septembre 1541, il passa

1 Arch. de l’Erap., Reg. H 1779.

2 T. II, p. 483, et t. III, p. 621.

3 Dans le manuscrit des comptes de Saint-Germain en Laye (f° 5 r“), il est fait allusion aux marchés passés « avec feu Pierre Chambiges, en son vivant m« des œuvres de maçonnerie de la ville de Paris », lesquels

LES CHAMBIGES

avec les trésoriers de France un marché pour les ouvrages de maçonnerie du château de la Muette*. 11 avait une parente appelée Perrette, qui mourut en septembre 1549, et avait épousé Guillaume Guillain, autre architecte de la Ville; sa femme avait nom Jacqueline Laurens. Pierre Chamhiges mourut le 19 juin 1544, ainsi que l’indiquent les épitaphes suivantes, lesquelles se voyaient dans la nef de l’église Saint-Gervais , proche d’une tombe située devant le crucifix :

A LA MÉMOIRE DES AMES DE PIERRE CHAMBIGES, MAISTRE DES OEUVRES DE MAÇONNERIE ET PAVEMENT DE GESTE VILLE DE PARIS, QUI DÉCÉDA LE -XIXe (OU XV<*) JOUR DE JUIN 1544.

JACQUELINE LAURENS, femme dudict pierre chambiges,

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