X PRÉFACE
dans la nécessité d'entreprendre une longue monographie du Loutre et des Tuileries, nous avons dû nous enquérir de ce que Von savait des hommes sur les plans desquels ont été élevés ces deux palais; grande fut notre surprise en constatant f incroyable ignorance où Von demeurait plongé sur leur compte, et plus grande encore fui notre stupeur en présence de V amoncellement d'erreurs accumulées à leur propos. Nous avons pensé alors qu'il nous incombait doublement, à nous qui avons longtemps manié le compas et Véquerre , de remédier, dans la limite de nos forces, à ce déplorable état de choses, et tel a été le point de départ des études qui ont donné naissance au présent opuscule. Il a pour but de rectifier les idées fausses répandues dans le public, et de mettre en ses mains , condensés sous une forme concise, tous les renseigne' ments, inédits ou non, mais avérés , qu'il nous a été possible de recueillir sur les artistes dont le nom est indiqué en notre titre. Énoncer un pareil projet , c'est prévenir que le volume ne sera point épais. Aurait-il été plus adroit de le grossir ? Il nous a répugné de calculer ainsi; autrement, quoique fort étranger à fart si cultivé de parler en ne disant rien, nous eussions pu, sans grand labeur, augmenter considérablement le nombre de nos pages : nous n'avions, pour cela, qu'à mitre les errements des biographes, nos devanciers; qu'à faire incidemment l'histoire ou la description des monuments dont la mention venait sous notre plume, et à nous lancer dans les dissertations esthétiques. Nous ne nions pas radicalement Vutilité des dissertations
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esthétiques, auxquelles certains esprits d'élite savent donner une haute portée; seulement, en général, l'enthousiasme qu'elles nous inspirent n'a point besoin d'être modéré. Nous les avons vues si souvent ne constituer qu'un pur verbiage, et fournir à des gens uniquement habiles à confectionner des phrases une occasion de dissimuler leur complète impuissance de produire un fait nouveau, que nous nous défendrions en vain d'un sentiment de réaction à l'endroit de la philosophie artistique. Notre livre restera donc mince; nous osons espérer que, dans son chétif format, il paraîtra du moins substantiel, puisque, et nous demandons pardon de le faire observer, non-seulement nous y réfutons maintes fables acceptées comme des vérités, mais, constamment appuyé sur des preuves d'une authenticité indubitable, nous sommes parvenu à y réunir une somme totale de renseignements * trois fois plus grande que celle dont on a disposé jusqu'à ce jour. Nous croyons inutile d'a-
i Nous disons somme totale, parce que les faits nouveaux que nous mettrons en lumière se répartissent d'une manière fort inégale. Malgré notre opiniâtreté à chercher, nous n'avons rien trouvé d'inédit sur J. Goujon ni sur Bullant; mais nous avons été mieux récompensé en ce qui concerne Lescot et De l'Orme, et surtout les Du Cerceau , les Métezeau et les Chambiges. Avant nos études, ce qu'on racontait ordinairement des Du Cerceau était un tissu d'erreurs ; quant aux Métezeau , ils étaient à peu près entièrement inconnus, et les Chambiges, à l'exception d'un seul , l'étaient absolument. — Deux de nos notices (celles qui sont relatives à De l'Orme et à Lescot) ont paru pour la première fois dans la Gazette des Beaux-Arts, excellente publication que M. Ch. Blanc dirige avec une distinction à laquelle l'honneur que nous avons de compter parmi les collaborateurs du recueil ne doit point nous ôter la satisfaction de rendre hommage.