‹ Les grands architectes français de la Renaissance: P. Lescot, Ph. de l'OrmeChapitre 13 sur 25 · PHILIBERT DE L'ORME · texte numérisé non relu

PHILIBERT DE L'ORME

Philibert de L'ORME', « Lyonnois, i t ainsi qu'il se qualifie lui-même, et dont ; les ascendants ne sont point connus*, est né en 1515, ou à très-peu près, car dans la préface de son Traité d'architecture, publié en 1567, il dit : « Je vous advertiray que depuis trente-cinq ans en ça et plus, j'ai observé en divers lieux que

i Telle est la vérilahle orthographe de son nom, qu'on écrit abusivement en un seul moi aujourd'hui.

' (ttllet (Nolict «w la. «» et lis ouvragtt de quelques architectes français) fait de De l'Orme le fils d'un entrepreneur de Iravsui publics.

liste se complaisait et qu'il finissait par prendre an sérieux; mais il j a grande apparence que Philibert de l'Orme appartenait à une famille de

de l'Orme , maîtres maçons qui travaillèrent au château de Gaillon , dans les premières années du ivi' siècle, et dont les noms figurent dans les comptes publiés par H. Deville. La perpétuation d'un même état dans les familles était chose commune alors , et ce livre même en fournira plu-

la meilleure partie de ceux quf ont faict ou faict faire bastimens, etc. » Ce passage établit que les premières études de De l'Orme en son art eurent lieu vers 1530 au plus tard. Or, à l'âge de quinze ans, assure-t-il, il commandait déjà à trois cents ouvriers S et certainement, alors, il ne pouvait être qu'à son début dans la carrière. La conclusion forcée, c'est que , comme nous venons de le dire, 1^ date de 1515 est infailliblement, à quelques mois près, celle de sa naissance *.

De l'Orme est authentiquement du nombre de ces artistes français du xvi* siècle qui allèrent en Italie étudier les éléments de l'art antique. Il l'affirme en maint endroit de ses livres, et dans l'un

* « Ce que je cognois en moy, qui de jour eu jour expérimente, trouve et excogite de nouvelles inventions, ni'estant emploie et addonné , dès ma première jeunesse , à tous jours chercher les plus doctes en géométrie, et autres sciences requises à l'architecture, qui furent en Europe, et visitant les excellentes antiquités et d'icelles prenant extraictz, mesures et proportions, pour l'illustration de l'architecture. En quoy, par la grâce de Dieu , j'ay tant bien procédé et prospéré que j'ay ordonné et faict construire temples, chasteaux, palais et maisons par vray art d'architecture en divers lieux, et tant pour Roy, princes, cardinaux qu'autres, voire dès l'eage de quinze ans, auquel temps je commençay avoir charge et commander tous les jours à plus de trois cents hommes. » {Nouvelles inventions, f° 35 r°.) U répète l'assertion dans un mémoire dont il sera question plus loin , et dans lequel nous puisons les divers détails de sa vie, dont nous n'indiquons pas la source en renvoi.

s Suivant M. J.-S. Passeron , l'auteur d'une notice biographique récemment publiée à Lyon sur De l'Orme, ce dernier serait né vers 1590. Si on admet cette hypothèse, comme on ne saurait révoquer en doute les propres assertions de De l'Orme , il faut admettre aussi qu'il commença ses observations sur l'art dès l'âge de dix ans environ. Peu de gens consentiront à lui prêter autant de précocité.

deux nous raconte même comment il s'attira, par son ardeur au travail, les sympathies d'un puissant prélat : « Estant à Rome , dit-il , du temps de ma très grande jeunesse, je mesurois les édifices et antiquitez, selon la toise et pied de roy, ainsi qu'on faict en France. Advint un jour que, mesurant l'arc triomphant de saincte Marie -Nove, comme plusieurs cardinaux et seigneuns, se pou rmenants , visitoient les vestiges des antiquitez et passoient par le lieu où j'estois, le cardinal de Saincte-Croix (alors simple évesque seulement, mais depuis cardinal et pape sous le nom de Marcel, homme très docte en diverses sciences, et

mesmes en l'architecture, en laquelle pour lors il prenoit grand plaisir, voire jusqu'à en ordonner et faire dessemgs et modèles, ainsi que puis après il me les monstra en son palais) dit en son langage romain qu'il me vouloit cognoistre, pour autant qu'il m'avoit vu et trouvé plusieurs fois mesurant divers édifices antiques, ainsi que je faisois ordinairement avec grand labeur, frais et dépens, selon ma petite portée, tant pour les eschelles et cordages que pour faire fouiller les fondements afin de les cognoistre; ce que je ne pou vois faire sans quelque nombre d'hommes qui me sui voient, les uns pour gagner deux jutes ou carlins le jour, les autres pour apprendre , comme estoient ouvriers, menuisiers, scarpelins ou sculpteurs et autres semblables, qui désiroient cognoistre comme je faisois, et participer du fruict de ce que je me-

surois 1 . » Marcel Cervino, qui monta sur le trône pontifical en 1555, n'obtint la dignité d'évêque qu'en 1534, à l'avènement du pape Paul III.

En 1536 il accompagna le cardinal Farnèse, légat du saint-siége, en France et dans les Pays-Bas, et, lui ayant succédé dans ses fonctions , il ne revint pas avant 1539 se fixer à Rome, où l'attendait le chapeau de cardinal au titre de Sainte- Croix de Jérusalem. Sa rencontre avec De l'Orme a donc eu lieu à la fin de 1 534 ou dans le courant de 1535. D'après notre calcul, celui-ci avait alors une vingtaine d'années; il était ainsi dans sa « première jeunesse » , et avait néanmoins atteint un âge où l'on est apte à faire de sérieuses études, ce qui lui

* Architecture, f° 131 r°. — La suite de ce passage n'est pas sans intérêt : « Laquelle chose donnoit plaisir audict seigneur cardinal ; voire si grand qu'il me pria, estant avec un gentilhomme romain qu'on nommoit misser Vincentio Rotbolano, logeant pour lors au palais de Sainct-Marc, que je les voulusse aller voir, ce que je leur accorday très volontiers. Le dict seigneur Rotbolano , homme fort docte aux lettres et en l'architecture , prenoit grandissime plaisir à ce que je faisois, et pour ceste cause me monstroit , comme aussi ledict seigneur cardinal , grand signe d'amitié. Bref, après avoir discouru avec eux de plusieurs choses d'architecture et entendu d'où j'estois, ils me prièrent de rechef de les visiter souvent audit palais, ce que je fis. Auquel lieu ils me conseillèrent , entre autres choses (après avoir cogneu la despence que je faisois pour chercher les antiquités et retirer toutes choses rares et exquises en architecture), que je ne mesurasse plus les dictes aotiquitez selon le pied de France , qui estoit le pied le roy, pour autant qu'il se trouvèrent si à propos que le palme romain suyvant lequel on pouvoit fort bien juger des anciens édifices, qui avoient esté conduicts avec iceluy plustost que avec autres mesures , et signamment avec le pied antique ; me donnant lors et l'un et l'autre avec les mesures, longueurs et divisions.... Davantage, ils m'enseignèrent les lieux où je les trouvay insculpées en un marbre fort antique. »

eût été impossible s'il fût né vers 1520. Il était même apte à faire plus que des études , puisque , entré au « service du pape Paulle », il avait « une belle charge à Saint-Martin dello Bosco, à la Cal labre » , ainsi qu'il le rapporte dans le curieux mémoire dont nous donnons le texte à la fin de cette notice. On sait aussi par lui qu'en 1536 il habitait de nouveau sa ville natale; car, parlant de trompes qu'il avait fait construire dans la rue de la Juiverie, à Lyon , il dit : « Je fis faire tel œuvre Van 1536, à mon retour de Rome et voyage d'Italie, lequel j'avois entrepris pour la poursuitte de mes estudes et inventions pour l'architecture 1 . »

Ce furent Guillaume du Bellay et son frère Jean, le cardinal, qui, suivant l'expression de De l'Orme, le « débauchairent » du service pontifical , et le firent revenir en France, où il semble qu'il choisit d'abord Lyon pour résidence. Vers 1542, il y commença le portail de l'église Saint-Nizier, qu'il n'acheva point parce que, dit D'Argenville , sans citer d'autorité, le cardinal Du Bellay l'attira à Paris , pour lui confier la construction de son château de Saint-Maur. Son introduction parmi les officiers de la couronne eut lieu , sans aucun doute, par la même influence, mais à une époque que nous ne pouvons exactement fixer. Nous savons toutefois que, dans la première moitié

t Architecture, 1° 90 v°.

de Tannée 1546 ', De l'Orme, chargé de visiter « tous les ans par deux foys toute la coste et forteresse de Bretaigne » , sauva la viîle de Brest d'une attaque imminente des Anglais, exploit dont il fait un court récit dans son mémoire. Or, cette locution « je visitoys tous les ans par deux foys, etc. » dénote qu'il était commissionné du roi depuis plusieurs années. On observera que ses premières fonctions publiques furent beaucoup moins celles d'un architecte que celles d'un ingénieur et commis : ainsi aller « veoir des gallions que l'on faisoy t au Havre de Grâce, et visiter les navyres qui estoyent à la coste de Normandie, arrester diligemment des vivres comme lardz , su très et biscuitz, bray et goteron, cordaiges et aultres équipaiges, pourpourter au camp de Boulongne 1 », constitue bien des services d'ingénieur militaire. Au reste, De l'Orme dit expressément qu'il eut la charge de « fortifier, à la guerre », qu'il fut « capitaine en chief et fermé », c'est-à-dire <assiégé, «plusieurs fois ». Il est fâcheux qu'il n'indique point si ces derniers épisodes de sa -vie se passèrent en France ou en Italie 8 . Au xvi e siècle, l'Italie était regardée comme le pays le plus savant

i La paix avec l'Angleterre fut signée au mois de juin 1546.

s Ce camp doit être celui du maréchal Du Biez, qui assiégeait Boulogne en 1545.

3 II serait difficile de croire que ce fut en Italie , puisque , lorsqu'il revint de cette contrée, il ne pouvait être âgé de beaucoup plus de vingt ans.

dans l'art poliorcétique, et les architectes y étudiaient volontiers à la fois les ordres antiques , la structure des vaisseaux et le tracé des bastions. Cette circonstance et les nouveaux procédés de construction qu'ils rapportaient d'au delà des Alpes durent être les principales raisons qui recommandèrent De l'Orme, quand il fut préposé aux fonctions dont il nous apparaît d'abord rçvêtu ; il les exerça à Brest, Saint-Malo, Concarneau, Mantes, et en d'autres lieux de Normandie et de Bretagne, où il eut l'occasion de signaler les plus scandaleux abus et d'y mettre ordre, non sans se créer de nombreux ennemis.

Un procès-verbal de visite, du 29 janvier 1548 (1549, nouv. st.), désigne Philibert de l'Orme comme étant alors « architecte du Boy ». Nous ne savons si tel était son titre du temps de François 1er , mais tel il fut dès le commencement du règne de Henri II, qui, à la date du 3 avril 1548. par lettres d'office données à Fontainebleau *, nomma De l'Orme inspecteur des bâtiments royaux de Fontainebleau, Saint -Germain, etc., en d'autres termes, surintendant des bâtiments de la couronne. Tout montre qu'à partir de ce moment il fut constamment l'architecte préféré de Henri II et celui de Diane de Poitiers , pour laquelle il fit d'importants travaux. Cette haute protection de-

* Comptes des bâtiments royaux, p. 161 et 165.

vait lui valoir et lui valut effectivement une foule de faveurs; mais la médisance se plut, dans la suite, à en exagérer beaucoup l'importance, car elle répandit le bruit que les bénéfices qui lui avaient été conférés formaient un revenu de 20,000 livres, et ce revenu ne montait qu'à 6,000 , d'après le compte qu'en donne De l'Orme, à Ta vérité sans y comprendre les émoluments de certaines charges dont il recueillait des avantages notables. Ses bénéfices n'étaient d'ailleurs qu'une juste rémunération pour ses travaux et les dépenses élevées qui lui incombaient-, il dit à ce propos : « Ton ne me donna jamais estât et gaiges, ne pensions, ny aultre don que ce soit; et ay toujours mené dix ou douze chevaulx, et estoyent ordinairement sur les champs suivant le commandement que me faisoit le feu roy (Henri II) et ceulx qui me commandoyent ; et tenoys maison partout où je me trouvoys; tant aux cappitaynes, concierges, contrerolleurs et M« 8 maçons, charpentiers et aultres, tous mangoyent à mon logis , à mes propres despens , sans qu'ilz payassent , ne moings me faire présent de la valleur d'une seule maille. Oultre plus, tous les modelles que je faisoys faire, tant pour le service du Roy que de ceulx qui estoyent auprès de luy, l'on ne m'en payoit pas ung denier, et si j'en ay faict tels qui a cousté deux ou troys cens escuz. »

En 1548, De l'Orme était déjà conseiller et aumônier ordinaire du roi. La première abbaye qu'on

lui donna en commende fut celle de Géveton, en Bretagne, dont le revenu ne montait qu'à 300 liv.; il eut, après, celle de Saint-Barthélemy-lez-Noyon, qui rapportait 1,700 livres, et dont il fit prendre possession par un nommé Guillaume Longue-Épée, auquel il donna sa procuration pour cela, le 21 août 1548. En 1560, il eut avec ses moines un procès au sujet des revenus conventuels, dont il s'opposa à ce qu'on prit le tiers dans le but de réédifier les bâtiments du monastère, que le gouverneur de Noyon avait fait entièrement raser en 1557, afin de mieux défendre la ville. De l'Orme perdit son procès, que les moines ne lui pardonnèrent jamais, et, en 1561 , on commença à rebâtir l'abbaye, sur un pignon de laquelle ses armes furent sculptées.

Le cartulaire de Saint-Barthélémy nous apprend que ces armes étaient : d'argent à un orme accompagné de deux tours -de sinople, et on y fait observer

qu'elles auraient dû être effacées, attendu que De l'Orme n'avait aucunement contribué à la dépense 1 . De l'Orme resta jusqu'à sa mort abbé de Saint-Barthélémy, et le fut en même temps de Saint-Eloy-lez-Noyon , dont il disposait dès 1555, qu'il possédait encore en 1561, mais qu'il ne mentionne point dans son mémoire manuscrit, nous ignorons pour quel motif. Quant à l'abbaye d'Tvry *, située au diocèse d'Evreux, et dont le revenu était de 1 ,300 livres par an, il l'obtint également en 1548 et en rendit hommage au roi le 6 octobre 1549; il avait eu à la disputer à un concurrent, le prieur Edmond Maillard, qui fut évincé de ses prétentions par sentence du 18 janvier 1549 \ D'après le Gallia Christiana, auquel nous empruntons ces détails*, De l'Orme fit faire dans l'église de l'abbaye des stalles décorées de ses armoiries, et qui, nous nous en sommes assuré, n'existent malheureusement plus. En 1553, il vçndit la dlme de la forêt d'Ivry , propriété du monastère , à la duchesse de Valentinois, et en 1560, il renonça en

i Bibl. Irap. , cart. n° 284. — Il est probable que les armes de De l'Orme comprenaient une crosse en pal, derrière l'écu; mais, comme ce détail n'est point indiqué dans le passage du manuscrit, on s'est abstenu de le- faire figurer sur le dessin.

* Le lieu s'appelle maintenant Ivry-la-Bataille 9 à cause du combat oh, en 1590, Henri IV défit l'armée de la Ligue.

s On ne trouve rien à ce sujet et à cette date dans les registres du parlement.

* Vol. VII, col. 847 et 1119; vol. XI, col. 654.

P. DE L'ORME. il

faveur de Jacques de Poitiers, frère de cette dernière, à l'abbaye même, sur laquelle il rappelle orgueilleusement, en tête des trois premiers livres de son second ouvrage , qu'il avait « naguères » étendu son autorité. L'abbaye de Saint-Serge-lez- Angers, qui valait 2,700 livres de rente, récompensa De l'Orme de sa soumission aux volontés de sa puissante protectrice, et le titre d'abbé de Saint-Serge, le dernier qu'il dût à la générosité de Henri II, fut celui qu'il se donnait le plus ordinairement dans les derniers temps de sa vie. H en avait un autre encore, car il fut aussi chanoine de Notre* Dame de Paris, en compagnie de son célèbre collègue Pierre Lescot. Il avait fait signifier au chapitre ses lettres de collation, émanées du cardinal Jean du Bellay, et demandé à prêter serment, le mercredi 3 septembre 1550 *, puis avait été installé le vendredi suivant. Dans les assemblées capitulaires, son nom apparaît pour la première fois 2 à la date du 12 janvier 1550 (1551 , n. s.) et figure dans la liste des chanoines du commencement de l'année 1551 ; mais, chose assez singulière, il ne se trouve plus sur celle de 1552 , ni sur celles qui suivent, pendant une dizaine d'années; il revient, au contraire, au bas d'une délibération du 17 novembre 1561, et très- souvent après. La double qualité

i Les lettres avaient déjà plusieurs mois de date, puisque le cardinalévêque de Paris était mort le 15 mars précédent.

a Archives de l'Empire, reg. LL 250, p. 407, 109 et 200.

d'aumônier du roi et de chanoine de Paris tend à démontrer que Philibert de l'Orme avait reçu les ordres mineurs.

Dans les arts, plus que partout ailleurs, le succès, même légitime, faitnattre des envieux, et par conséquent des ennemis. De l'Orme n'échappa point à cette fatalité et à ses conséquences. Probablement aussi il ne fut point exempt de torts, et il mérita qu'on l'accusât de hauteur et de morgue. Il laisse voir assez complaisamment dans ses ouvrages la haute opinion qu'il avait de son propre mérite, et, on doit le croire, elle se traduisit plus d'une fois par des actes blessants pour ceux avec lesquels il se trouvait en relation. À propos de la roideur qu'on lui prête, on a souvent invoqué l'anecdote suivante, que nous rapporterons dans les termes employés par le premier qui l'a racontée, et dont on ne cite jamais que les copistes: « En une autre satyre, » ditBinet, dans sa Biographie de Ronsard, « qu'il (Ronsard) appeloit la Truelle cros8ée\ blasmant le Roy de ce que les

* Ce poëme n'est point connu et n'a probablement pas été imprimé. Tout ce que nous avons trouvé dans les écrits de Ronsard, qui ait trait à De l'Orme , ce sont ces quatre vers , extraits d'une épttre adressée à Charles IX :

J*aj Yen trop de maçons Bastir les Tuileries , Et en trop de façons Faire les momeries.

(Œuvres inédites de Ronsard, par P. Bianchemain, p. 189.)

De l'Orme avait été en de meilleurs termes avec un autre de ses

bénéfices se don noient à des maçons et autres plus viles personnes, où particulièrement il taxe un De l'Orme, architecte des Tuilleries, qui avoit obtenu l'abbaye de Livry (d'Ivry), et duquel se trouve un livre non impertinent d'architecture. Et ne sera hors de propds de remarquer icy,la mal-vueillance de cest abbé , qui pour s'en venger fit un jour fermer l'entrée des Tuilleries à Ronsard, qui suivoit la Royne-mère : mais Ronsard , qui estoit assez picquaiit et mordant quand il vouloit, à l'instant fit crayonner sur la porte, que le sieur de Sarlan lui fit aussitost ouvrir, ces mots en lettres capitales: fort, révèrent, ha^be. Au retour, la Royne voyant cest escrit , en présence de doctes hommes et de l'abbé de Livry mesme, voulut sçavoir que c'estoit et l'occasion. Ronsard en fut l'interprète, après que De l'Orme se fut plaint que cest escrit le taxoit : car Ronsard lui dit qu'il accordoit que par une douce ironie, il prist ceste inscription pour luy, la lisant en françois; mais qu'elle lui convenoit encore mieux, la lisant en latin, remarquant par icelle les premiers mots raccourcis d'un épigramme d'Ausone, qui corn-

contemporains, dont l'esprit, certes, valait au moins celui de Ronsard. A l'occasion des machines de guerre employées par les anciens, Rabelais déclare que le système en était mal compris « des ingénieux architectes disciples de Vitruve : comme nous ha confessé, dit-il, messer Philibert de l'Orme, grand architecte du roi Mégiste ». (Pantagruel, liv. IV, chap. lxi.)

mence Fortunam reverenter habe\ le renvoyant pour apprendre à respecter sa première et vile fortune, et ne fermer la bouche aux Muses. La Royne aida Ronsard à se venger , car elle tança aigrement l'abbé de Livry après quelque risée , et dit tout haut que les Tuilleries étoient dédiées aux Muses 1 . » Cette anecdote, a récemment objecté M. Passeron, doit être réputée d'autant plus suspecte qu'il n'est pas vrai que De l'Orme ignorât le latin. Nous répondrons que, s'il est présumable que De l'Orme fut lettré, ce dont nous ne sommes plus si persuadé depuis que nous connaissons son mémoire, on n'en peut rien conclure quant à l'authenticité de l'anecdote : présentés sous la forme tronquée que leur avait donnée Ronsard , les trois premiers mots du distique d'Àusone n'éveillaient point l'idée d'un texte latin à compléter et à traduire, mais étaient calculés pour fourvoyer celui qui chercherait à les interpréter. Les vers que nous citons au renvoi établissent subsidiairement, et d'une manière formelle, le peu de sympathie du poète pour l'architecte des Tuileries. L'aventure de Ronsard n'est point non plus la seule preuve de l'orgueil qui gonflait le cœur de De

* Fortunam reverenter habe, quicumque repente

Vives ab exili pro^redere loco.

* Œuvres de Ronsard, édit. de 1 609, p. 1 153. — L'anecdote de Ronsard a été répétée une foule de fois, et on la trouve déjà dans les Antiquités de la chapelle du roy y de Guillaume du Peyrat (p. 204), ouvrage publié en 1645.

l'Orme, car il est impossible de méconnaître que c'est à lui que Bernard Palissy fait allusion , lorsqu'il met dans la bouche de Practique ces paroles : « Aussi je scay qu'il y a eu de nostre temps un architecte françois qui se faisoit quasi appeler le Dieu des maçons ou architectes, et d'autant qu'il possédoit vint mil en bénéfices, et qu'il se scavoit bien accommoder à la cour ; il advint quelquefois qu'il se venta de faire monter l'eau tant haut qu'il voudroit, par le moyen des pompes ou machines, et par telle jactance incita un grand seigneur à vouloir faire monter l'eau d'une rivière en un haut jardin qu'il avoit près ladite rivière 1 . »

La bienveillance de Henri II , dont il parle constamment avec respect et gratitude, était le principal appui de De l'Orme et maintenait en échec ses ennemis; ils ne perdirent point un instant pour assurer le succès de leur vengeance, aussitôt que l'occasion vint enfin à s'offrir. En effet ■> deux jours seulement après la mort du roi , le 12 juillet 1559, des lettres patentes dépossédèrent De l'Orme de sa charge d'inspecteur des bâtiments royaux au profit du Primatice*, qui avait été évidemment l'âme de toutes les intrigues tramées contre lui.

1 Discours admirables, chap. des Eaux et fontaines, p. 138, de l'édit. de M. Cap.— Les Discours ont été publiés en 1580, et De l'Orme était mort alors ; mais Palissy, qui avait travaillé aux Tuileries de sou temps, devait bien le connaître. Il se fait, on le voit, l'écho du bruit relatif aux 20,000 liv. de rente de De l'Orme.

* Comptes des bâtiments royaux, p. 333.

De l'Orme nous fait connaître les accusations dont il fut l'objet ; on ne se borna pas à nier son talent; on fit plus, on révoqua en doute sa probité que, pour notre part , nous croyons s'être maintenue intacte ; il fut « accusé de plusieurs infamyes dont j'ay esté, dit-il, trouvé innocent, et m'a-on fait couster tout ce que j'avoys jamays acquis»... Je fus « dépesché et calomnié... avec une infinité de mensonges... voire jusques à estre de telle sorte rendu suspect, comme si je déroberois les deniers et faisois mon profit de toutes choses. Mais je ne m'en suis pas beaucoup soucié, m'asseurant qu'il ne m'en pourroit venir aucun dommage, pour n'avoir jamais manié aucuns deniers, sinon ceux qu'il a pieu à Dieu me donner; et aussi cognoissant que tel travail m'advenoit par la permission de Dieu et pour les offenses que je fais journellement contre la saincte Divinité 1 , etc. » De l'Orme s'exprimait ainsi vers 1566, à une époque où les nuages amoncelés sur sa tête s'étaient dissipés, et où il avait recouvré une partie de son influence. Dans son premier ouvrage, écrit vers 1560, au moment où ses contrariétés étaient dans toute leur vivacité, il laisse voir encore plus d'amertume, et, parlant d'une de ses inventions, il affirme qu'il en démontrera la réalité « s'il plaistà Dieu, dit-il, medonner l'esprit plus libre, et me mettre hors de tous en-

i Architecture, f° 229 v°.

P. DE l'orme. 47

nuicts et traverses que l'on m'a donné depuis le trèspas du feu roi Henry, mon très-souverain et bon maistre ». Plus loin, dans un accès de misanthropie, il s'écrie : Je n'ai « aujourd'buy autre chose en délibération que cheminer en ma simplicité, et me cacher le plus que je puis des hommes, pour avoir la commodité de poursuivre mes estudes d'architecture, et signamment vacquer à l'escriture saincte, à laquelle je me suis du tout addonné f ».

Les sentiments de piété affectés par De l'Orme, et qui convenaient si bien à un homme tant de fois abbé , atténuèrent peut-être, mais n'effacèrent jamais, le souvenir des peines qu'on lui avait suscitées. Ce souvenir était sans cesse présent à son esprit lorsqu'il rédigea son Traité d'architecture , et lui a inspiré une foule d'allusions. (1 est aisé de reconnaître, par plusieurs passages de son livre, que le personnel de la cabale dont il fut victime se composait, à ses yeux, d'incapacités présomptueuses et de médiocrités routinières , activement soutenues par des commis peu intègres, et qui n'aimaient point à voir exposer leurs manœuvres au grand jour. De l'Orme signale les « contrerolleurs » qui exploitaient les ouvriers tout en trahissant la confiance de leurs maîtres; il dévoile ces commissaires qui « aux grans entreprises qui se font pour les roys, princes et grands seigneurs...,

i Nouvelles wt>., f°» 35 r°, et 38 v°.

promettent de savoir tout faire et estre les meilleurs mesnagers qu'il est possible de penser, mais le plus souvent. . . n'y entendent comme rien; » et « ne cessent de médire des architectes envers les seigneurs , afin qu'ils se fient plus tôt à eux que ausdicts architectes;» mais il s'attache surtout, et avec une persistance rancunière, à faire justice des « donneurs de portraicts (plans) et faiseurs de desseins , dont la pluspart n'en sçauroient bien trasser ou décrire aucun , si ce n'est par l'ayde et moyen des peinctres, qui les sçavent plustost bien farder, laver, ombrager et colorer, que bien faire et ordonner avecques toutes leurs mesures » ; abus d'où découle cet autre, « qu'après que les maistres maçons ont faict entendre ce qu'ils pensent aux peinctres , pour en faire leurs portraicts , les dicts peinctres se promettent incontinent estre grands architectes. . . , et sont si présomptueux qu'ils veulent entreprendre les œuvres de maçons; comme aussi font aucuns menuysiers et tailleurs d'images 1 ». On conçoit sans peine que l'homme consommé dans le métier, auquel le Primatice avait réussi à se substituer dans la charge d'inspecteur des bâtiments, éprouvât une violente aversion contre les peintres qui se mêlaient d'architecture, matière sur laquelle, à son avis, ils n'étaient pas plus forts que des notaires 1 . De

* Architectttre, f° 21 v°.

* « Et si par fortune ils (ceux qui voulaient faire bâtir) demandoient à

P. DE l'orme. 49

l'Orme les haîssoit si cordialement, eux et les autres intrus dans son art , que , pour se donner le plaisir de les bafouer, il est, oubliant sa gravité habituelle, descendu jusqu'à la caricature, et, en opposition au portrait du véritable architecte, H a donné la charge graphique du faux, qu'il représente sans yeux , sans nez et sans oreilles , mais avec « une bouche pour bien babiller et mesdire, et un bonnet de sage, avecques l'habit de mesme, pour contrefaire un grand docteur et tenir bonne mine». Le faux architecte est aussi figuré sans mains , a pour monstrer que ceux qu'il représente ne scauroient rien faire » , et il a l'air « fort escbauffé et basté comme s'il couroità grande peine et trouvoit quelques testes de bœqf seiches eh son chemin (qui signifient gros et lourd esprit) avecques plusieurs pierres qui le font chopper, et buissons qui retiennent sa robbe 1 ». La caricature du faux architecte et le portrait du vrai, gratifié d'une multiplicité fort anormale d'organes , sont assurément l'une des curiosités du Traité d'architecture.

Plus on recueille d'indices sur la vie de De l'Orme , plus on est convaincu qu'il avait véritablement la passion de son art. Curieux de ces

quelques-uns l'advis de leur délibération et entreprise, c'estoit à un maistre maçon ou à un maistre charpentier, comme Ton a accoustumé de faire , ou bien & quelque peintre, quelque notaire ou autres, qui se disent fort habiles, et le plus souvent n'ont guères meilleur jugement et conseil que ceux qui le leur demandent. » {Architecture, préface.)

* Architecture, f» 338 r».

« inventions si belles , qui se trouvent par les mathématiques », il dépensait force argent à faire des modèles, entretenait cinq neveux à étudier l'architecture , et même « plusieurs hommes doctes » qu'il soutenait tant par des bénéfices qu'il leur faisait obtenir que de ses propres ressources. Depuis son adolescence jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pendant une période d'environ quarante années, sa vie ayant été « aultant labourieuse que homme que ayés jamais congneu », et, sa position officielle aidant, il a dû considérablement bâtir; un catalogue complet de ses œuvres n'en est que plus difficile à dresser. Heureusement, il désigne lui-même les édifices les plus importants dont il fut l'architecte, et en fait connaître un certain nombre, d'ordre secondaire , qui furent également élevés sous sa direction. En y joignant ceux dont on trouve des mentions éparses, nous arrivons à la liste suivante» laquelle comprend la très-grande majorité de ses travaux.

Trompes a Lyon et à Paris. — On lit dans le Traité d'architecture de De l'Orme : « Vous pouvez voir une telle façon de petite trompe, laquelle j'ai faict faire autrefois en ceste ville de Paris, en la rue de la Savaterie (Saint-Éloy, en la Cité), avec un petit corps d'hostel qui est de telle grâce et proportion que je vous en laisse à juger, pour le respect du petit lieu et peu de place qu'il contient. Le tout fut faict pour un banquier nommé Patoil-

let 1 , en faveur de quelque plaisir qu'il m'avoit faict de son estât et vacation» qui fut cause que je prins la peine de monstrer à ses ouvriers les traicts, mesures , desseing et artifice qu'il falloit garder pour ce faict. J'en ay aussi ordonné et conduit long temps y a deux autres à Lyon, beaucoup plus difficiles et d'assez grande saillie, veu le petit lieu où elles sont, et aussi que Tune est biaise, rampante , soubaissée et ronde par le devant; l'autre estant à l'angle opposite, fut faicte en sa pleine montée, ronde par le devant et de grande saillie. Sur chacune des dictes trompes furent érigez des cabinetz accompagnez de galeries d'une trompe à l'autre ; le tout estant suspendu en l'air, à fin de servir pour aller d'un corps d'hostel à l'autre et accommoder les cabinetz pour les chambres. . . . Vous verrez sur ladicte trompe un ordre dorique et ionique, desquels je laisse le jugement à ceux qui les contempleront et qui s'y entendront. Je fis faire tel œuvre l'an 1536, à mon retour de Rome et voyage d'Italie, lequel j'avois entrepris

1 Sur un vieux plan manuscrit, nous ayons trouvé une indication ponctuée de la trompe dont il est ici question ; elle était située dans le deuxième angle rentrant de la rue Saint-Éloy, à droite, en arrivant par la rue de la Vieille-Draperie. La maison de « sire Patrouillet » ou Patoillet , dont elle faisait partie, s'appelait la Maison de l'Asne rayé, en 4354; YHostel du roy Pépin, dans les deux siècles suivants, et la Maison de la grande Croix blanche au xvn e . (Voir la x e feuille de notre plan restitué du vieux Paris, dont il a été tiré quelques épreuves d'essai.) Sauvai dit (t. ni, p. 3) que, de son temps, la maison était devenue un cabaret, et qu'au-dessus de la porte se voyait « un fleuve tout gâté véritablement de mauvaises peintures, mais fait par quelque disciple de maître Ponce ».

pour la poursuitte de mes estudes et inventions pour l'architecture. Les deux susdictes trompes furent faictes pour le général de Bretaigne, monsieur Billau, en la rue de la Juifrie, à Lyon : j'en ay depuis assez commandé et ordonné faire en autres sortes, et soubs tel nombre que je serois » bien long de les réciter *. » On sait que l'exécution ! de trompes d'un trait compliqué a été longtemps un sujet de vanité pour les tailleurs de pierres, et un critérium de leur habileté.

Portail de l'église Saint-Nizier , à Lyon , entrepris, croit-on, vers 1542\ — Tous les biographes s'accordent à l'attribuer à De l'Orme , qui n'en dit rien ; mais aucun d'eux, à notre connaissance, n'a cité de document à l'appui de son affirmation, et nous n'avons pu découvrir, dans les anciens historiens de Lyon, aucune mention du fait antérieure à l'ouvrage de Brossette, publié en i 711 8 . Le portail de l'église Saint-Nizier existe toujours, et rappelle la manière de De l'Orme.

Château de Saint -Maur- les -Fossés, près de Vincennes.— Le cardinal Du Bellay en fit commen-

i F° 90 r°. — Une des trompes construites par De l'Orme, celle d'Anet, est restée célèbre.

* Nous donnons cette date telle que nous la trouvons dans les auteurs, car nous n'avons pu la vérifier, non plus que plusieurs de celles qui vont suivre et qui nécessiteraient, avant d'être précisées, une suite de recherches extrêmement longues et laborieuses, dont notre but est fort loin de nous faire une obligation.

8 Histoire abrégée de la ville de Lyon, p. 89.

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cer la construction peu de temps avant la mort de François I er , et sur les plans de De l'Orme S qui en était encore l'architecte dans les dernières années de sa vie. Le château appartenait alors à Catherine de Médicis, et les projets primitifs en avaient été amplifiés et embellis ; il est détruit aujourd'hui.

Chapelle des Orfèvres ou Saint-Éloy, rue des Orfèvres, à Paris. — Elle est attribuée à De l'Orme par Germain Brice *. Félibien dit que « le devis fut donné par deux architectes et le marché signé avec eux le 31 décembre 1550 8 » . Nous avons vu, dans les comptes de la communauté, que ces deux architectes ou maîtres maçons s'appelaient François de la Flasche et Jean Marchand *, mais nous n'y avons rencontré aucune mention de De l'Orme ; ce qui ne prouve pas positivement, il est vrai, qu'il n'ait point donné les plans de la chapelle. Ce monument a été transformé en maison particulière vers 1786 ; les parties qui subsistent servent aujourd'hui d'école communale, et l'on y distingue encore quelques débris de sculptures.

Chapelle du parc de Villers-Coterets. — Du temps de Henri II , De l'Orme éleva le portail de

1 Architecture, f» 17 i*.

s Description de Paris, 1. 1", p. 221, de l'édition de 4752.

S Hist. de Parie, t. II, p. 931.

* Arch. de l'Emp., reg. KK 1347.

cette chapelle, en s'efforça nt d'y réaliser l'idée qu'il a eue , le premier, d'un ordre français. Les colonnes du portique n'ayant pu être monolithes, il les composa de quatre ou cinq tambours superposés et dont les joints étaient dissimulés par des moulures, de sorte, dit-il, qu'elles semblaient « entièrement d'une pièce, se monstrant fort belles et de bien bonne grâce ' ».

Château de Saint-Germain en Latb. — De l'Orme rapporte qu'il y commença une grande galerie conduisant du pont du château , situé du côté du parc, « à la maison du théâtre et baignerie* ». Cette grande galerie se confond probablement avec « le bastiment neuf. . . auprès du logis des bestes », dont il dit : « Je suys asseuré qu'aujourd'huy Ton n'eust veu le semblable, ne plus admirable, tant pour les porticques, vestibules, théâtres , estuves , baignières , comme le logis » . Il ajoute que la chapelle du parc, par lui reconstruite, est « fort jolye » , qu'il a ordonné les ornements et le « polpitre » de la chapelle du château, «la cloison qui y est et la fontayne » . Il rappelle enfln les travaux de charpente qu'il exécuta au pavillon de la Muette de Saint-Germain, en réalisant de grandes économies 3 . D'après la volonté du roi , il avait

i Architecture, f° 218 v°.

s Ibid., f» 304 r°.

s Dans l 1 Architecture (f° 290 r®, et 297 v°), il y a des dessins des combles de la Muette de Saint-Germain.

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étudié un projet de pont d'une seule arche à jeter devant le port du Pecq. La bibliothèque Impériale possède un registre des comptes de construction du château pour 1550, où De l'Orme est énoncé avec tous ses titres, « noble personne M e Philibert de l'Orme , abbé d'ïvry, de Saint-Barthélemy-de- Noyon et de Géveton, conseiller et aulmoshier du Roy, nostre sire, commissaire ordonné etdepputé par ledict seigneur sur le faictde ses bastimens et èdiflkes de Sainct-Germain-en-Laye ' ». Il exerçait dès 1548 ces fonctions, qui devaient dépendre de sa charge d'inspecteur, et il les garda sans doute jusqu'en 1559.

Château de M eu don. — Vers 1552. et suivant d'autres 1556, De l'Orme fut chargé par le cardinal de Lorraine de bâtir cet édifice, et on lui devait pareillement la grotte qui en dépendait et dont la beauté était célèbre : telle est l'assertion qu'on lit dans une foule d'ouvrages; mais, dans ceux de De l'Orme, il n'est point dit un mot du château de Meudon. On se l'explique aisément d'ailleurs, s'il est vrai , comme on le pense avec toute apparence de raison , que le château de Meudon soit celui dont veut parler Palissy, lorsqu'il raconte la mésaventure de ce « Dieu des maçons » qui dé- . pensa 20,000 livres sans réussir à faire monter l'eau jusqu'à certain jardin fort élevé, sur le bord

* Man. de la bibl. Imp., n« 9436, f ot 114 v°, et 300 r°.

d'une rivière. Le château de Meudon, remanié par Mansard , a été démoli en 1803. Il y a des vues gravées de la grotte dans les topographies de Cbàtillon et de Zeille.

Château de Fontainebleau. — Le^rand escalier de la cour du Cheval-Blanc, que Lemercier reconstruisit sous Louis XIII, passe pour être ce « perron. . . en la basse-court » que De l'Orme assure y avoir fait élever. Il énonce aussi en son mémoire « la grande salle du bal qui tomboyt », et fut par lui si « bien acoustrée tant de lambris, que de la chemynée et massonnerye, et (F) entrée des pinctures; la chapelle qui est auprès », où il fit un « polpitre et coulompne de marbre , le cabinet de la Roy ne mère, le cabinet et chambre du Roy, au pavillon sur l'estang. . . le vestibule en la salle du Roy », où il prétendait employer des « poultres de troys à quatre cens pièces, qui estoyt quasi achevé » lors de sa disgrâce, et « les combles de plusieurs pièces». 11 parle également des «ruynes et périlz» qui fussent advenus « à la grande gallerye » sans ses précautions. Tous ces travaux durent être faits de 1541 à 1559. On dit aussi que De l'Orme dirigea à la même époque la fabrique de tapisserie de haute -lisse, établie à Fontainebleau par François I 6 * 1 .

i Voir l'intéressante notice de M. Lacordaire sur la manufacture de tapisseries des Gobelins, p. 18.

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Château de là Muette, près de Passy. — C'est dans ce château qu'il mit pour la première fois à l'essai le nouveau système de charpente dont il fut l'inventeur, et dont il sera question plus loin. D y fit faire un comble de 10 toises de large dans œuvre ', que représente une des figures de son Traité, et qu'il surmonta d'une sorte de petite terrasse revêtue de plomb. Le poids de cette terrasse surchargeant trop la charpente, elle menaça ruine au bout de quelques années, et Du Cerceau, dans la courte notice de son grand ouvrage, dit : « Je croy que, qui n'y mettra ordre, le tout s'affoncera avec le temps ». Le château de la Muette a été abattu pendant la révolution.

Château de Monceaux, appartenant à Catherine de Médicis, « qui est cause, dit-il, que je trouvay l'invention de charpenterye pour le jeu de paillemaille qu'elle vouloy t y faire couvrir : là où j'avoys dressé de si belles inventions, etc. » L'invention de charpenterie , dont De l'Orme eut l'idée à Monceaux, fut, nous venons de le dire, appliquée d'abord au château de la Muette.

Château de Boulogne ou Madrid. — De l'Orme décrit des cheminées terminées « en façon de frontispice ou mitre » qu'il y fit faire, et donne à entendre qu'on y construisit des escaliers d'après ses dessins*. Ces travaux eurent lieu, sans doute,

* Architecture, f> 290 v°.

»JWd.,f>i24ro,eta68r<>.

pendant l'absence du premier architecte, de Délia Robbia, qui était retourné à Florence en 1553 et n'en revint que lorsque De l'Orme eut été remplacé par le Primatice. Le château de Madrid a été démoli en 1792 f .

Clôture devant l'église de Nogent-sur-Seine.— Le Musée des monuments français renfermait des fragments d'architecture composite qui avaient fait partie de la clôture d'une cour précédant l'église de Nogent-sur-Seine, laquelle clôture aurait été l'œuvre de De l'Orme, suivant Alexandre Lenoir*, dont l'avis ne peut être considéré que comme une pure hypothèse. Les fragments dont nous parlons font partie, sous forme de moellons, de la forteresse du mont Valérien \

Projet de réfectoire pour l'abbave de Montmartre. — Sur la demande de Henri II, en 1558 ou 1559, De l'Orme dressa un projet de réfectoire pour lés dames de Montmartre; mais ) suivant ses paroles, « le malheur qui en ce temps survint, n'a seulement destourné ceste bonne entreprise,

i Nous avons fait graver une élévation de ce singulier édifice pour notre ouvrage, la Renaissance monumentale en France.

* Musée des mon. franc., t. III, p. 156.

8 Lors de la suppression du musée des Augustins, la duchesse de Berry demanda ces fragments pour en orner son parc de Rosny ; mais ce furent les Jésuites qui les obtinrent pour le calvaire du mont Valérien , où on les porta et où on ne les remonta jamais. Ils furent ainsi abandonnés, et, a l'époque où fut bâtie la citadelle, on trouva tout naturel de les employer pour économiser les matériaux.

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ains (mais) aussi beaucoup d'autres ' ». Un plan et une coupe de ce réfectoire ont été gravés pour le Traité d'architecture.

Tombeau de François I er . — Le commissaire « ordonné et député » par le roi « sur le fait de l'effigie et tombeau du... roy François» était encore De l'Orme, comme il appert, de son dire, d'un marché d'ouvrages de sculpture qu'il passa avec Pierre Bon temps, le 6 octobre 1552, d'un autre qu'il conclut avec Germain Pilon, le 10 février 1558% et aussi des comptes des bâtiments royaux. La part que De l'Orme prit à la construction du tombeau de François 1 er peut avoir donné naissance à cette opinion, propagée par Félibien 8 , qu'il fut l'architecte de la chapelle circulaire des Valois , à Saint- Denis. Nous nous refusons à le croire, parce que la chapelle, projetée seulement après la mort de Henri II, ne fut commencée qu'en 1560, temps auquel De l'Orme était en disgrâce, et parce qu'il n'y a dans les comptes du monument aucune autre mention d'architecte ordonnateur que celle du Primatice, de Bullant et de Baptiste du Cerceau. Le tombeau de François 1er est conservé dans l'église de Saint-Denis.

Château de Saint-Léger, en la forât de Montfort- PAmaury . — De l'Orme y fit construire « de neuf »

« Architecture, f° 304 v».

* Alex. Lenoir a donné le texte de ces marchés dans l'ouvrage précité, t. m, p. 75 et suiv.

s Hist. de l'abb. de Saint-Denis , p. 565.

une grande galerie ' sur laquelle il ne donne pas de détails, et, avec cela , a la petite chapelle et les pavillons » .

Château de Limours, près de Rambouillet.— Dans cette résidence, une de celles qui appartenaient à Diane de Poitiers , De l'Orme fit une charpente de 14 toises de longueur sur 31 pieds de largeur; elle ne coûta que 1,000 francs, et serait revenue à 3,000, si Ton avait suivi l'ancien système au lieu du sien*. Le château de Limours a été détruit au commencement de ce siècle.

Chapelle du château de Vincennes; châteaux de Coucy et de Folembray. — Nous lisons dans le mémoire : « La chapelle du bois de Vincennes, où j'ay faict faire toutes les voultes, et achever. Et oultrece, plusieurs corvées, tantàFoulembray, Coussy.. . » Le château de Coucy, dont tout le monde sait la situation, ainsi que le pavillon de Folembray, qui en est voisin, étaient des propriétés royales, et Du Cerceau en a reproduit les plans. Quant à la chapelle du bois de Vincennes, c'est celle du château même, qui est énoncée « nouvellement faicte » sur un ordre de paiement d'ouvrages de ferronnerie, délivré à Mathurin Bon, le 10 mai 1559 , et revêtu de cette signature de De l'Orme, dont nous donnons le fac-similé cicontre.

i Architecture, f° 322 r°.

» /&t'd.,fo296r°.

Château d'Anet. — La terre d'Anet était la propriété de Diane de Poitiers; en 1552, Henri II, pour lui plaire, fit abattre le vieux manoir qui s'y trouvait, et chargea De l'Orme de le rebâtir avec luxe. Celui-ci , jaloux de satisfaire son protecteur et la vieille favorite qui le dominait, mit un grand zèle à s'acquitter de sa tâche, de sorte que, pendant plusieurs années, il ne cessa de remanier les anciens bâtiments et d'en élever de nouveaux, au nombre desquels fut une chapelle très-remarquable, qui a échappé à la destruction. De l'Orme avoue qu'il jouit £ Anet d'une liberté d'allures qu'on ne lui laissa point toujours; aussi est-ce là, plutôt que partout ailleurs, qu'on peut rencontrer un exemple propre à illustrer ses idées en architecture. Le château d'Anet, quoique démoli en grande partie durant la révolution, est d'ailleurs, à cause des changements subis par le château des Tuileries, le plus important des édifices subsistants dus à De l'Orme, dont il paraît avoir été longtemps l'œuvre de prédilection. Les livres de De l'Orme renferment plusieurs planches relatives au château d'Anet, et il en est souvent question dans le texte.

Palais des Tuileries, commencé en 1564. — Le palais des Tuileries aurait été de beaucoup l'œuvre la plus imposante de De 1 Orme , s'il lui eût été " donné de le terminer; mais, quoiqu'il y ait travaillé jusqu'à sa mort, il s'en faut bien qu'il ait eu cette satisfaction. Son projet, que Du Cerceau nous

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a conservé S était de donner à l'édifice la forme d'un grand quadrilatère régulier , d'environ 130 toises de largeur sur 84 de profondeur, présentant à l'intérieur quatre petites cours et une grande. De son plan gigantesque, De l'Orme n'a pu réaliser qu'une faible partie , la moitié ou à peu près d'un des grands corps de bâtiment , représentée actuellement par le gros pavillon central et les ailes adjacentes, si misérablement défigurés par Levau. Quant aux pavillons contigus aux ailes, et qui ne sont point de De l'Orme, on les attribue à Jean Bu liant, et on s'est fort souvent demandé avec embarras comment les deux grands artistes avaient pu se décider à s'associer et à conduire simultanément une môme construction. La vérité est que De l'Orme et Bullant n'ont jamais travaillé ensemble aux Tuileries, et que le second a simplement succédé au premier : nous le démontrons dans notre histoire des deux palais.

Maison, rue de la Cerisaie, à Paris. — On verra plus loin que De l'Orme , en sa qualité de chanoine, jouissait d'une maison canoniale dans le cloître Notre-Dame ; il en possédait en propre une autre , rue de la Cerisaie ,- où Henri II assista à des expériences ayant pour but de constater la valeur d'un système de charpente imaginé par

t Dans le second volume de son grand ouvrage.

son architecte 1 . Du reste, cette dernière maison , que De l'Orme avait bâtie lui-même , ne fut probablement pas achevée de son vivant, car en 1567 il avait simplement construit le corps d'hôtel séparait la cour du jardin, et il regrettait de n'avoir pu élever le corps d'hôtel donnant sur la rue , ce que j'eusse «faict longtemps a, dit-il, si Dieu m'eust preste mon très-souverain prince et bon maistre le feu roy Henry, de qui Dieu ait l'âme ». On retrouve avec plaisir, parmi les planches du Traité d'architecture, deux vues du corps d'hôtel terminé, et une du corps à bâtir 1 ; elles ne prouvent point , tant s'en faut, que l'édifice ait été un chef-d'œuvre de composition. La maison de De l'Orme, fort mutilée, mais .dans laquelle on distingue encore quelques-uns des détails qui la caractérisaient jadis, particulièrement la grande lucarne, forme aujourd'hui le n° 22 de la rue de la Cerisaie s .

Édifices divers , à Paris. — De l'Orme indique en son mémoire « PHos tel -Dieu de Saint-îacquesdu Hault-Pas », qu'il avait simplement commencé à bâtir; « les escuyeries des Tournelles, » avec «l'Archenal et inagazin de l'artillerie, à Paris».

i Nouv. tno., f° 38 v°.

* F»» 253 v»; 254 v°, et 255 r».

8 La rue de la Cerisaie était dans la censive du roi, dont presque tous les anciens titres sont détruits ; aussi n'en avons-nous trouvé aucun qui se rapportât à la maison de De l'Orme. Il est présumable que cette maison avait été bâtie sur un terrain donné par Henri II.

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Le magasin de l'artillerie, c'était sans doute la même chose que les halles entreprises, au mois de juillet 1549, par Tordre de Henri II, afin d'y fondrç et abriter des canons.

Pour finir la liste des édifices à nous connus à la construction desquels concourut De l'Orme, nous dirons qu'il parait devoir être compté parmi les architectes de Notre-Dame , puisque le 4 mai 1568 , les chanoines ordonnèrent que certaines réparations à la cathédrale auraient lieu suivant le devis qui en serait dressé par lui , « juxta memoriale per dictum dominum De l'Orme conficiendvm ' » .

La grande majorité des édifices bâtis par De l'Ormesont détruits, et Ton n'en a qu'une idée insuffisante. Pour ceux qui subsistent encore , ils ont presque tous subi des modifications considérables ; on ne possède donc pas les moyens de se former, sur le talent artistique de De l'Orme, une opinion parfaitement juste. On en voit assez , cependant, pour reconnaître sans hésitation que, au point de vue du goût et de l'invention , de Y art en un mot, il était inférieur à plusieurs de ses contemporains. Ainsi, et sans le comparer aux maîtres si merveilleusement doués de la première Renaissance, sous le rapport de l'imagination , il ne saurait être égalé à Jaques Àndrouet; sous le rapport de la pureté de style , à Pierre Lescot ;

i Arcb. de l'Emp., Reg. LL, 258, p. 719.

f sous le rapport de la science d'agencement , à ! Jean Bullant et autres. Ayant absolument rompu avec la tradition gothique , toujours plein du souvenir des monuments romains qu'il avait étudiés en Italie, et qui constituaient pour lui « la vraye architecture * », De l'Orme, visant sans cesse à la majesté , n'atteignit souvent que la lourdeur. D'un autre côté, trop préoccupé de la recherche d'une beauté rationnelle qu'il demandait plutôt au calcul qu'au sentiment , procédé pernicieux qui égare à ( coup sûr, il ne put éviter les bizarreries et môme ! les gaucheries dans ses conceptions. Est-ce donc à dire qu'il soit indighe de la célébrité attachée à son nom? Rien ne serait moins vrai. De l'aveu du juge le plus illustre, de Jean Goujon, De l'Orme fut regardé pendant sa vie comme un architecte éminent* ; il méritera toujours d'être considéré comme

i A propos des voûtes gothiques à nombreuses nervures, il dit : « Aujourd'huy ceux qui ont quelque connoissance de la vraye architecture, ne suivent plus ceste façon de voûte, appellée entre les ouvriers, la mode françoise, laquelle véritablement je ne veux despriser, ains plustost confesser qu'on y a faict et pratiqué de forts bons traicts et difficiles. (Arch., f° 107 r°.) » On sent que tout en déclarant qu'il ne veut point « despriser » l'architecture à la mode française , c'est-à-dire l'art gothique , De l'Orme n'éprouvait qu'une très-médiocre admiration à son endroit. Le classicisme était déjà né.

» Dans l'épître aux lecteurs, placée à la suite de la traduction de Vitruve, publiée par Jean Martin , en 1557, J. Goujon, à propos des auteurs qui ont écrit sur l'architecture , dit qu'il en connaît « plusieurs autres qui sont capables de le faire ; néantmoins ilz ne s'en sont encores mis en peine : et pourtant ne sont dignes de petite louenge. Entre ceulx-là , on peut compter. . . . maistre Philibert de l'Orme, architecte. » De l'Orme devait réaliser le vœu implicitement exprimé par J. Goujon.

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tel, quelles que puissent être les variations du goût, parce que, à côté de ses études sur les styles et la forme, il en a fait dé considérables sur la construction, dont, le premier, il a publiquement révélé les principes en France. De grands progrès réalisés en technique, voilà le principal fleuron de j la couronne de De l'Orme , et c'est sur le terrain de la science qu'il a vraiment dominé tous ses rivaux, en acquérant des droits incontestables à la reconnaissance de la postérité. A ce sujet , d'ailleurs, on peut se prononcer avec certitude, puisque les deux traités didactiques écrits par De FOrme sont parvenus jusqu'à nous. Disons par quelles circonstances il fut amené à rédiger le premier.

Du temps qu'il était surintendant des bâtiments, ayant eu maintes fois l'occasion de constater qu'il devenait chaque jour plus difficile, et partant plus dispendieux, de se procurer les énormes pièces de bois auxquelles on avait recours pour construire les combles à grande portée, il s'ingénia et réussit à y remédier par l'emploi de fermes composées d'une multitude de morceaux bien assemblés et maintenus par des clefs et des chevilles. « Sur quoy , raconte-t-il, il m'advint un jour d'en toucher quelque mot à la majesté du Roy, estant à table. Mais quoy ? Les auditeurs et assistans pour n'avoir ouy parler de si nouvelles choses et si grande invention, tout à un coup me recelèrent

de mon dire comme si j'eusse voulu faire entendre au Roy quelques menteries. Voyait doncques faire un jugement si soudain de ce qui n'estoit encore entendu et que la majesté du Roy pour lors ne disait mot, je délibéray ne plus rien mettre en avant de tels propos , commandant de procéder aux bastiments comme lui avoit accoustumé. Quelque temps après, la Royne mère délibéra faire couvrir un jeu de palmaille à son château de Monceaux, pour donner plaisir et contentement au Roy. Et voyant qu'on luy en demandent si grande somme d'argent 9 cela me fist reparler de ceste invention : et fut ladicte Dame seule cause que je la voulus éprouver : désirant grandement pour lors , luy faire très-humble service. Doncques j'en fis l'espreuve au château de la Muette ainsi que plusieurs ont vu et en divers lieux, selon la façon que j 'escris en ce présent livre. Laquelle espreuve se trouva si belle et de si grande utilité , que lors chacun délibéra en faire son profit. Laquelle chose estant venue jusque aux oreilles du Roy qui avoit veu et grandement loué ladicte espreuve, il me commanda en faire un livre pour estre imprimé, afin que la façon feust intelligible à tous , pour la décoration de son royaume 1 . » L'ouvrage, dont Henri II avait recommandé la publication, ne fut achevé d'imprimer que plus de deux ans après sa

i Nom. inv. dans l'épHre aux lecteurs.

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mort, le 30 septembre 1561. Il est illustré de nombreuses gravures sur bois, et divisé en deux livres. En tète se trouvent une épltre au jeune roi Charles IX , puis une épltre au lecteur, et enfin une pièce de vers latins sur l'invention de De l'Orme, par un nommé Antonius Mizaldus Monlucianus. 11 y a eu une seconde édition en 1576 : le titre de la première est ainsi conçu :

NOVVBLLBS

INVENTIONS POYR BIEN

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