‹ Les grands architectes français de la Renaissance: P. Lescot, Ph. de l'OrmeChapitre 21 sur 25 · AU MOIS DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

AU MOIS DE SEPTEMBRE

marchés avaient été conclus en 1539, quant aux travaux de Saint-Germain, et le 22 septembre 1544, quant à ceux du château de la Muette.

* « A Pierre Ghambigés, maistre maçon pour tous les ouvrages de maçonnerie par luy faits et qu'il continue faire ausdits bastimens et édifice s de Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye , par l'ordonnance de messieurs Nicolas de Neufville , seigneur de Villeroy, et Philbert Babou, seigneur de la Bourdaizière, donnée soubs leurs signets le dernier apvril 1541. 9 Comptes de» batimena royaux, p. 154 et 22t.

*.H y avait, dans les charniers de l'église Saint-Paul, l'épi taphe d'une

144 LES GRANDS AaCBITXCTES.

Les armes des Chambîges , jointes aux inscriptions, étaient, suivant l'épitapbier de la Bibliothèque Impériale t d'azur, à un campa* d'or et deux croissante d'argent; une chèvre accroupie, d'or,

mue en pointe'.

Mais, d'après l'épitaphier de l'Arsenal , peut-être plus exact, ces armes auraient été ; d'azur, au compas d'argent, accompagné en chef, d dextre, d'une étoile d'or, d senestre , d'un croissant d'argent ; et en pointe, d'un cerf d'or, couché sur une terrasse de sinople.

Catherine Cbsmbiche, .morte le 9 juin IM7, et veuve de sire Louis de Brillé, bourgeois de Paria. En IBIS, une Anne Sambicie était femme de Paul le Maire, contrôleur d'âne des fermes du roi.

• Noua devons a. l'obligeance de M. Iules Quicberai, le savant et judicieux éditeur du procès de Jeanne Darc , la première indication de. ces épitaphes, qui ont été, depuis, publiées, avec quantité d'autres, par H. Paul Lacroix, dans la flaroe wu'Mf-iena dts Arts. (Année ISSS, p. Mi.) — Les armes des Cbsmbiges ne prouvent point qu'ils fussent nobles. Au m» siècle, les bourgeois «Yaient pour la plupart un blason, et, même a la un du règne de Louis XIV, chacun était libre d'adopter

Le troisième Chambiges, en comptant d'après les dates, est « Robert Sambiche ». Il figure comme expert , avec divers autres, dans un accord du 6 décembre 1564 , où il est simplement dit bourgeois de Paris 1 ; mais il est probable que, puisqu'on l'appelait dans une réunion d'experts , il s'occupait également de construction.

Le quatrième Chambiges avait pour prénom Pierre comme le second , dont il était apparemment le fils. Sa femme s'appelait Marguerite de Saint-Quentin , et il possédait , provenant d'elle , deux propriétés rue Penescher (Saint-Pierre-Montmartre), comme il résulte du censier de l'Évèché pour l'année 1575*, où sont deux articles ainsi conçus : « Pierre Sambiche , charpentier, pour une place et granche après ensuivant, tenant d'une part , etc. » — « Sur ledict chemyn Herbu , allant vers les ramparts neufs... Pierre Sambiche, à cause de Marguerite de Sainct-Quentin , sa femme, pour leur jardin ensuivant, qui fut M* Pierre de Sainct-Quentin 8 ; tenant, etc.» Le Pierre Chambiges dont il est ici parlé, quoiqu'il soit énoncé oharpentier, était infailliblement familier avec la construction en pierre, puisqu'il est dit «juré du

1 Arcb. de l'Euro., carton S 62.

s Pierre de Saint-Quentin était un des entrepreneurs de la maçonnerie du Louvre, sous Henri II. Il y avait de fréquentes alliances entre les familles des artistes de ce temps.

Roy en l'office de maçonnerie » sur un registre de la Ville , aux dates du 25 février 1602 l et du mois de mai 1599. A cette dernière époque, il fut chargé , avec son collègue François Petit, de visiter les travaux de restauration récemment faits à la porte Saint-Germain. Dans d'autres registres de la Ville, nous le retrouvons, avec la même qualification de juré du roi en l'office de maçonnerie 1 , visitant les maisons du Petit-Pont en décembre 1602; choisi comme arbitre par les maîtres de l'Hôpital du Saint-Esprit, en juillet 1607; et nommé, une fois de plus, en mars 1608 *. Le censier de l'Évêché pour 1613, dans sa première rédaction, mentionne encore Pierre Chambiges; mais son nom y a été raturé avant 1620, d'où il est à conclure qu'il mourut vers 1615. En 1615, Pierre Chambiges était indubitablement très-vieux, car il est le seul auquel on puisse attribuer la petite galerie du Louvre 4 , commencée en 1566 ou 1567. Le 27 mai 1568, il avait été parrain, à Écouen,

* II fut convoqué ce jour-là à une réunion de jurés en l'office de maçonnerie , parmi lesquels se trouvait Robert Marquelet , qui , d'après une des épitaphes publiées par H. Paul Lacroix, mourut le 90 avril 1625, étant concierge et garde-meuble des Tuileries, comme Louis Métezeau.

« On la lui donne aussi dans le censier de 1603 (f° 113 v°).

8 Arch. de l'Emp., Reg. H 1792, f« 148 v« et 794 r».— H 1793, f» 75 r». — H 1794, fo« 239 r° et 317 v°. — H 1795, f» 12 r».

4 Dans la Description historique du Louvre, ouvrage qui, bien que consulté sans cesse, est de la plus insigne faiblesse, M. de Glarac donne (p. 550) à l'architecte de la petite galerie le prénom de Jean ; mais c'est à tout hasard, car il déclare lui-même ne connaître Chambiges que par le témoignage de Sauvai, et celui-ci n'indique aucun prénom.

LES GHAMBIGES. 147

d'un enfant de Jean Bullant , auquel il donna son prénom de Pierre 1 . Sa signature, dont voici le fac-similé y se trouve sur cette soumission de travaux pour le tombeau des Valois, à laquelle il prit part le 14 mars 1582.

^fXfpmêip

Le dernier des Chambiges , suivant Tordre chronologique, est aussi le dernier dont nous avons appris l'existence. Dans un registre des archives de l'église Saint-Pierre-des-Àrcis, en la Cité» nous lisons , à la date du 23 février 1615 : « Messieurs Sambiche et Desnots, oudeux autres jurés-maçons, seront priés eux transporter en l'église, pour veoir et visiter le cintre de la voûte qui est sur les fonds , ensemble le pignon qui est sur la ruelle Sainct-Barthélemy, et donner advis de Testât de ladicte maçonnerie , et combien elle peut subsister sans péril 1 . » On voit de plus, dans le registre, que le même Chambiges assistait d'habitude aux

i Conf. l'article de H. de Montaiglon , auquel nous renvoyons daus la notice suivante.

* Arch. de l'Emp., Reg. LL 943, p. 3.

assemblées du conseil de la fabrique, et en signait les résolutions. Enfin , au commencement du volume, est une liste des marguilliers et anciens paroissiens de l'église, qui comprend cette note : «Lois 1 Chambige, défunct 1619 ».

i Dans u signature, qui ne non» a pas paru mériter d'être reproduite,

couen est probablement la patrie de Jean Bullant, qui naquit on ne sait au juste à quelle date, mais, suivant toutes les présomptions, vers 1515. De même que De L'Orme, et aussi d'après son propre témoignage , il alla en Italie étudier les monuments antiques 1 . Il ne dit point, du reste, le temps où il s'y rendit; on peut croire qu'il y fut envoyé dans sa jeunesse 1 par le connétable Anne de Montmo-

i II dit dans sa Règle d'architecture : « . . . . cinq manières de colonnes. . . . que j'ay mesurées à l'antique, dedans Rome. »

» H. A. de Hontaiglon , dans un article que nous citerons de nouveau plus loin, fait, au sujet du voyage de Bullant, les observations que voici : « .... Une question intéressante serait de savoir précisément s'il (le

rency, dont il demeura toujours l'architecte ordinaire 1 . C'est à son service qu'il débuta, ou du moins qu'il nous parait avoir débuté dans la carrière où il a laissé un nom célèbre. Retiré à Écouen pendant sa disgrâce, de 4541 à 1547, Montmorency eut l'idée de faire rebâtir son château *, et en confia la reconstruction à Bullant , dont cette circonstance commença la réputation. Redevenu

voyage) est antérieur ou postérieur & la construction oVÉcouen. A voir la simplicité et la qualité française de calme et de sobriété qui caractérisent l'inspiration d'Écouen, l'on croirait d'abord que Bullant n'a fait son voyage qu'après avoir terminé son œuvre. . . . Mais un détail s'y oppose, c'est, dans les chapiteaux du grand portique d'un des côtés intérieurs, l'imitation flagrante de ceux des colonnes du temple de Jupiter Stator, à Rome. H. Baltard père , dans son bel ouvrage , Paris et ses environs, l'a reconnu ajuste titre, sans remarquer ce fait que c'est un des chapiteaux antiques dont il donne la mesure (dans son principal ouvrage) comme prise par lui-même. Cette coïncidence , qui , dans le xvh« siècle, n'aurait aucune portée , est bien autrement frappante quand il s'agit de la première moitié du xvi e , époque à laquelle les livres d'architecture sur Rome ne donnaient, comme gravure, rien d'assez précis pour pouvoir servir à la construction, et à laquelle aussi il y avait encore trop peu d'artistes ayant fait le voyage d'Italie pour que des dessins semblables, avec les détails et les mesures, fussent communs. Ce doit donc être à ses propres renseignements que Bullant dut de pouvoir imiter ce beau chapiteau. Par suite, il a été en Italie avant de construire Écouen. »

* Dans la dédicace de son second ouvrage, Bullant dit à François de Montmorency : « Monseigneur le Connestable , vostre très-cher et trèshonoré père, décoré de toute vertu ; lequel m'a tousjours occupé et entretenu aux œuvres de son chasteau d'Escouen , afin de ne me consommer en oysiveté, d'autant que la pluspart du temps me restoit sans autre occupation. » C'est à Écouen que Bullant résidait d'habitude.

s Des vitraux et des carreaux émaillés du château portaient la date de 1542. — L'édifice sert actuellement de maison d'éducation pour les filles des membres de la Légion d'honneur ; il est dans un bon état de conservation, et, malgré quelques mutilations, c'est un des manoirs les plus complets, de l'époque, qu'on puisse voir en France.

influent sous Henri II, le connétable put recommander son protégé à la bienveillance royale; aussi retrouve-t-on , quelques années plus tard, Buljant revêtu des fonctions importantes de contrôleur des bâtiments de la couronne, qui lui furent données par lettres patentes délivrées à Saint-Germain, le 25 octobre 1557. Le 8 juin 1559, il reçut la mission de visiter ces bâtiments ; mais , dès le mois de janvier suivant , il était remplacé dans sa charge par le nommé François Sannat 1 . Il avait donc été atteint d'une disgrâce analogue à celle qui frappa De l'Orme immédiatement après la mort de Henri II , et forcé pareillement de se retirer devant une des créatures de Catherine de Médicis, dont il était destiné à être, un jour, l'architecte officiel.

Ce que Bullant fit en matière de construction de 1559 à 1570, on ne le voit guère. Le passage d'un de ses livres, que nous venons de citer en renvoi, lafese supposer qu'il n'eut alors que fort peu d'occupation % et que le désœuvrement lui inspira le projet des deux ouvrages qu'il a publiés. Le plus ancien , de format in-4° et illustré de nom-

i Comptes des bâtiment royaux, pp. 320, 331 et 340. — La charge de contrôleur des bâtiments royaux , dans laquelle Bullant avait succédé au vieux Pierre des Hostels , rapportait 4,200 livres par an ; mais Bullant ne touchait qu'une moitié de cette somme , l'autre moitié ayant été allouée à Jean de l'Orme, ainsi que nous avons eu l'occasion de le dire.

breuses gravures sur bois , se compose de deux parties ; la première a paru sous ce titre :

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