MICHEL DE L'HOSPITAL
pensant mieulx faire leurs besoignes1 que de l'aultre costé.
Plusieurs y vont avecque scrupule de conscience, ayant la religion au cœur, contre laquelle1 on veut qu'ilz combattent. Les soldatz en général n'y sont que pour butiner*, brigander * ; brief, ce camp est composé de pièces rapportées1. Déjà on8 en voit des commencemens de faire retirer et desbander les soldats par mescontentement et soupçons, joinct7 que l'inquiétude et l'impatience est naturelle au François, qui ne peult demeurer longtemps inutile en la campaigne8.
Dieu ne me fasse pas tant vivre que je veoie ce que j'ay tousjours crainct le plus, la ruyne de mon pays et la perte de Testât de mon roy ! et quelque doulx langaige que tiennent aujourd'buy nos adversaires, je ne sçais a quoy l'insolence d'une victoire pousseroit ceulx mesmes qui, en leurs misères, sont eslevez9 et rempliz de courage.
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Puisqu'ils10 sont malades de l'esprit, quelle félonie " et meschanceté seroit-ce, au lieu de les secourir et d'en avoir compassion, de les violenter et persécuter à feu et à sang! Ce serait faire la guerre à la nature et violenter brutalement l'humanité... Il est plus que notoire que la craincte les a poussez et précipitez en cest encombre13. Ils ont doubté de leur seureté, et ils y ont voulu pourveoir, à quoy ils ont tourné toutes leurs pensées... Et comme la craincte et l'espoir sont deux vieils tyrans des âmes, ils ont jugé tout licite pour pourveoir à leurs attentes13, et la nécessité i4 estre la plus juste et inviolable de toutes les loys; et puisqu'ils sont hommes et non pas anges, y a-t-il raison au monde plus
I. De biiogna (besoin) ; faire leur» 8. Qui ne peut tenir longtemps affaires, tire* profit de. campagne sans résultat, sans action