‹ Les grands écrivains du seizième siècleChapitre 184 sur 559 · LA COI. RUE · texte numérisé non relu

LA COI. RUE

Il n'est passion qui esbranle tant la sincérité des jugements, que la cholere. Aulcun ne feroit doubte de punir de mort le juge qui, par cholere, auroit condamné son criminel ; pourquoy est il non plus permis aux pères et aux pédantes *, de fouetter les enfants et les chastier estants en cholere? ce n'est plus correction, c'est vengeance. Le chastiement tient lieu de médecine aux enfants : et souffririons nous un médecin qui feust animé et courroucé contre son patient?

Nous mesmes, pour bien faire, ne debvrions jamais mettre la main sur nos serviteurs, tandis que la cholere nous dure. Pendant que le pouls nous bat, et que nous sentons de l'esmotion , remettons la partie * : les choses nous sembleront à la vérité aultres, quand nous serons r'accoysez * et refroidis. C'est la passion qui commande lors , c'est la passion qui parle ; ce n'est pas nous ; au travers d'elle, les faultes nous apparaissent plus grandes , comme les corps au travers d'un brouillas4. Et puis, les chastiements qui se font avecques poids et discrétion se receoivent bien mieulx et avecques plus de fruict de celuy qui les souffre : aultrement, il ne pense pas avoir esté justement condamné par un Jiomme agité d'ire • et de furie ; et allègue, pour sa justification, les mouvements extraordinaires de son maistse, l'inflammation de son visage, les serments inusitez , et ceste sienne inquiétude et précipitation téméraire ••

Piso, personnage partout ailleurs de notable vertu, s'estant esmeu 7 contre un sien soldat, de quoy 8 revenant seul du fourrage, il ne luy sçavoit rendre compte où il a voit laissé un sien compaignon, teint9 pour avéré qu'il Pavoit

Page 1