DUPLESSIS-MORNAY Î4Î
vous pas que les plus vieulx d'entre ceux-là sont plus jeunes que vous, et que, quand vous serez suraagés, les aultres seront jeunes? Ains pensés vous ' estre, je vous prye, seuls ambitieux en ce royaume? et y a il gentilhomme en France, quand vous aurez mis la couronne au pillage, qui ne pense avoir autant de droict que vous? et quant vous aurés rompeu les lois, appellerez vous pas tous les peuples voisins à déchirer la France, qui a seront plus frais, plus puissans et plus riches que vous, pour soubstenir leurs tiltres ; desquels, après avoir et bien faict et bien souffert du mal, vous serés, vous et les vostres, les esclaves; vous serés (et sans qu'on vous en plaigne) la risée, la proye et le pillage*. Et combien de maulx souffrira cest Estât pendant ces changements? combien de bonnes familles ruinées, combien de bonnes villes désertes, combien de veuves et d'orphelins» combien de terres en friche 4, combien de povres mesnages à la faim? La France redeviendra forest par ce long brigandage, les Gots mangeront le résideu des Huns, et des Gots les Vandales. Sur ceste charogne * misé* rable se paistront toutes les bestes de la terre; mille vers et mille serpenteaux e en sortiront et s'en engendreront pour la ronger; petits tyranneaux en ung pays, en ung chasteau, en une ville; pour ung scorpion en somme, ung basilic; pour une couleuvre, une vipère. Mais j,e crains que je ne presche aulx sourds 7 leurs malédictions. La femme de qui estoit l'enfant, quand Salomon commanda qu'il feust parti * en deux, aima mieulx ne l'avoir poinct, mesmes qu'une • autre l'eust, que le voir départi; son sang feut troublé, et aussi étoit-ce ses entrailles. A l'aultre c'estoit tout ung de le voir mettre en pièces; elle pense avoir beaucoup gaigné d'en retenir sa part, sa part toutesfois sanglante et inutile; tant sont les naturelles affections, vives, sensibles et remarquables, et les étrangères, au contraire, mortes, insensibles
1. Iï ailleurs, croyez-vous être. 5. Il ne faut pas chercher l'atticisme