Les mets de la muse. Mets vient 9. Il s'adresse à la i
Mais pour moy, mon amy *, je suis fort mal payô D'avoir suivy cet art. Si j'eusse estudié, Jeune, laborieux, sur un banc, à l'écolle, Galien, Hipocrate, ou Jason ou Bartolle2, Une cornette» au col, debout dans un parquet», A tort et à travers je vendrois mon caquet 5. 11 est vray que le ciel, qui me régarda naistre, S'est de mon jugement tousjours rendu le maistrc; Et bien que, jeune enfant, mon père me tansast6, Et de verges souvent mes chansons menassast7, Me disant de despit, et bouffy de colère : « Badin8, quitte ces vers, et que penses-tu faire? La muse est inutile ; et si ton oncle* a sceu S'avancer par cet art, tu t'y verras deceu.
Un mesme astre tousjours n'esclaire10 en ceste terre : Mars tout ardent de feu nous menace de guerre; Tout le monde frémit, et ces grands mouvements Couvent en leurs fureurs de piteux11 changements.
Pense-tu que le luth et la lyre des poètes S'accorde d'harmonie avecques les trompettes, Les fiffres, les tambours, le canon et le fer, Concert extravaguant des musiques d'enfer? Toute chose a son règne, et dans quelques années D'un autre œil nous verrons les fières destinées.
Les plus grands de ton temps, dans le sang aguerris, Comme en Trace seront brutalement nourris, Qui, rudes, n'aimeront la lyre de la Muse Non plus qu'une vièle »* ou qu'une cornemuse. Laisse donc ce mestier, et, sage, prends le soin