FAY CE QUE VOULDRAS
Parce que gens libères a, bien nayz, bien instruictz, conversans en compaignies honn estes, ont par nature ung instinct et aguillon qui tousjours les poulse a faictz vertueux, et retire de vice8, lequel Hz nommoyent honneur. Ieeulx, quand par vile subjection et contraincte sont déprimez et asserviz, destournent la noble affection par laquelle a vertu franchement tendoyent, a déposer et enfraindre ce joug de servitude. Car nous entreprenons toujours choses défendues, et convoitons ce que nous est dénié \ Par ceste liberté, entraient8 en louable émulation de faire tous ce qu'a un seul voyoyent plaire. Si quelqu'ung ou quelqu'une disoit beuvons, tous beuvoyent. S'il disoit jouons, tous jouoyent. S'il disoit : allons a l'esbat es champs, tous y alloyent. Si c'estoit pour voiler •, ou chasser, les dames,montees sus belles hacquenees,avecquea leurpalefroy guerrier7, sus le poing mignonnement enguantelé portoyent chascune ou ung esparvier, ou ung esmerillon : les hommes portoyent les aultres oyseaulx. Tant noblement estoyent apprins qu'il n'estoit entre eulx celluy ne celle qui ne sceust lire, escripre, chanter, jouer d'instrumens harmonieux, parler de cinq à six languaiges, et en ieeulx composer, tant en carme * qu'en oraison solue. Jamais ne feurent veuz chevaliers tant preux, tant gualans, tant dextres », a pied,
1. Une devise qui se trouvait en un 3. Oui, peuplée ainsi, Thélème est mannierrt do temps, le jeu des escheU un paradis terrestre. Mais- n'est-ce pas •oralhès, portait : « Fay ce que voul- trop d'optimisme? dras avoir faict , quand tu mourras. » 4 Ce j n,est nM nUon A eonp sur , cette devise vaut mieux tout ^rmettn ou toMlir *" que celle de Rabelais qui est anarcbjqae. Car la liberté ne va. pas sans &• H» entrèrent. U devoir et la discipline de la raison. 6# chasser au faucon. En ne prenant que la moitié d'un excellent précepte, il a fait une maxime 7- De parade. Suivant Johanneau, périlleuse. ce m0* viendrait de raupo;, fier. Cot-
Bégnard a dit : 8rane traduit ce mot par gallantt re-
Afto qn'aneiin frère n'en sorte
cherché, élégant.
Et fut* uns peine ses t©m, 8- En ver8 {carminé) et en prose (##-
Il sera pav* snr U porte : j^. &râu0Mev
Ici l'on fait ce qao l'on vent. twa orauonej.
1 De condition libre. •• Adroits. ,
et a cheval, plus verdz ', mieulx remuans, mieulx manians tous bâtons *, que la estoyent.
Jamais ne feuront veues dames tant propres, tant mignonnes, moins fascheuses, plus doctes, a la main^a Ta-» gueille 3, a tout acte muliebre honneste et libre, que la estoyent.
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Les cycnes*, qui. sont oiseaulx sacrez a Apollo, ne chantent jamais sinon quand ils approchent de leur mort, de mode * que chant de cycne est presaige certain de sa mort prochaine, et ne meurt que préalablement n'ait chanté. Semblablement, les poètes, qui sont en protection d' A polio, approchans de leur mort, ordinairement deviennent prophètes, et chantent par apolline inspiration, vaticinaus • des choses futures.
J'ay dadvantaige 7 souvent ouy dire que tout homme vieil, décrépit et près de sa fin, facillement divine * dos cas advenir. Et me soubvient que Aristophanes, .en quelque comédie, appelle les gens vieilz. sibylles'. Car comme nous, estant sur le mole '°, et de loing voyans les mariniers et voyagiers dedans leurs naufs11 en haulte mer, seullement en silence les considérons, et bien prions pour leur prospère abordement ; mais, lors qu'ilz approchent du havre13, et par parolles, et par gestes, les saluons et congratulons de ce que a port de saul veté sont avecques nous arrivez ; aussi les anges, les heroes", les bons démons ** (selon la doctrine des platonicques), voyans les humains prochains de mort, comme de port très seur et salutaire, port de repous et de tranquillité, hors les troubles et sollicitudes terriennes, les saluent, les consolent, parlent avecques eulx, et ja " commencent leur communiçquer art et divination.