BONAVENTURE DES PERRIERS
Mort en 1544
Né a Arnay-le-Duo, en Bourgogne, valet de chambre, puis secrétaire intime de Marguerite d'Angoulême, Desperriers composa des dialogues facétieux connus sous le titre de Cymbalum mundi. Ce U- . vre qui, suivant l'expression d'Etienne Pasquier, « méritait d'être jeté au feu avec son auteur,» fut brûlé si bel et si bien qu'un siècle après, Bayle ne put en trouver un seul exemplaire. Desperriers n'était pourtant rien moins que calviniste. Il fut en prose ce que Marot devait être en poésie, un esprit flottant et libertin, mais naïf et ingénieux, un Fohtenelle de boudoir, un épicurien se moquant de la vérité, pour se dispenser de la chercher. Son persiflage blessa tous les partis. Réduit à la misère, ce gai conteur termina sa vie légère par une fin tragique. Ce sceptique, habitué à rire de tout, se perça de son épée dans un accès de désespoir. Sauvons de l'oubli quelques pages agréables qui représentent un genre tout à fait gaulois, lu Fabliau desrimé, la nouvelle.
©W JBU »■ MOT*
Un homme, devisant1 avec une femme de Paris, laquelle se vantoit d'estre la maistresse, luy disoit : « Sy j'estois vostre mary, je vous garderois bien de faire tout a vostre teste. — Vous! disoit elle; il vous fauldroit passer par là aussy bien comme2 les aultres. — Ouy, fit il, asseurez vous que jescais deux poincts pour avoir raison d'une femme. — Vites-vous3? dit-elle; et qui sont ces deux poincts là? » L'homme, en fermant la main, lui dit : « En voilà un ! » Puys, tout soubdain, en fermant l'aultre main, « et voilà l'aultre. » De quoy il fut bien ri. Car la femme attendoit . qu'il luy alloit descouvrir deux raisons nouvelles pour mettre les femmes au pas *.
1. Deviser avait d'abord le sens de 3. Gomme on dit: Voyez-vous! avi régler, traiter, échanger des propos le sens exclamatif.
(de divisare, répartir). 4 EsM1 besoin d>ajouter qu.u
2, Aussi bien que les antres. joué sur les mots point et pning t
BONAVENTURfi DBS PERR1ERS 59
l.£ BIX?R aVUN GIHfTIMIOStSft? BC BEAWCB'
Un des gentilshommes de Beauce, que Ton dît * qui sont deux à un cheval» quant ils vont par pays*, avoit disné d'assez bonne heure, et fort légèrement d'une certaine viande 5 qu'ils font en ce pays-là, de farine et de quelques moyeux* d'œufs : mais à la vérité je ne sçauroys pas dire de quoy elleee faisoyt par le menu. Tuât y a que c'est une façon de bouillie, et l'ay ouy nommer de la caudeléti. Ce gentilhomme en fit son disner, mais il mangea si diligemment, qu'il n'eust loisir de se torcher les babines 8, là il demeura de petits goheaux 9, de ceete caudelée : et en ce poinct s'en alla veoir un sien voisin, selon la coutume qu'ils avoient de voisiner en leurs maisons. Il entre privément chei luy, le trouve qui se vouloit mettre h table; et commence à parler galamment. « Comment, dit-il, vous n'avev pas encore disné ! —Mais voue, dit l'aultre, avez-vous déjà disné?— Si j'ai disné I dit-il, ouy, et fort bien, car j'ay fait une gorge chaude d'une couple l0 de perdrix, et nous n'estions que mademoiselle11 ma femme et moy : je suys marry que n'estes venu en manger vostre part,» L'aultre, qui sqavoit bien de quoy il vivoit le plus du temps, lui respondit: t Vous dictes vray, vous avea mangé de bons perdreaulx,
1. U Beanee comprenait le pays 6. Moyen, le jaune d'un œuf. Ce Chartraio, le Dqnois et le Vendômois. met se rattache au latin barbare
2. Qui, dit-on, «ont deux, mêihlus, dérivé de medim. U myeu 5. « Les aneiens proverbe» notaient ^we roue est la partie centrale.
pi trop favorable* ans jentilahomp T# Oomm ehmfçiéet 4e çltaiideau.
mes de cette province :« Les gentils- .
hommes de Beauce desjeunent de bais- •• Babines. De boboum, sorte de
1er et s'en trouvent fort bien «t n'en riQGB 91» 'en,ï»e 1ÔS ^vres d'un mou»
crachent que nueoi. » (Rabelais, 1. 1, cernent précipité.
ch. xivn.) « Un monsieur de trois an 9. Morceaux. Du mot gob, dont go-
boisseau ou trois h une espée , comme beau et gobet sont les diminutifs., Tout
en Beance. » (Noël Dufa.il, Contes tj6 g0&t qu»on prononce tout de go, si-
iïEutrapel. ) « Gentilhomme de la gnjfle tout d'un coup.
Beaace qui vend ses chien* poqr avoir JA . . ,.,,...
du pain » (Oodin, Cufiositéï (rançoi- 10« C est ™« Vil ffut dire> f
««.) . En gentilhomme de la Beauçe, f» .Pa» «f <?■¥'<. « onr s e£ ^pporte
garder le lit finie de chausse, » etc * l'etymologie copfi* (U M.)
Voyez le Lwrt des Proverbe* français, il. Autrefois fille ou mime dame
par M. Roui de Lincy, 1. 1, p. 208» » née de parents noble* \ c'eat le Iniw-
(Dibl. Jacob.) nin de damoiaeau, (gentilhomme qui
4. n se moque de leur pauvret*. n'est pas reçu chevalier) c et mol vient
B. Ce mot veut dire toute espèce de de éemkûeeUus.
voi-l'en * là encore de la plume ! » en lui monstrant ce morceau de caudelée, qui lui estoit demouré à la barbe. Le gentilhomme fut bien penaud1, quand il vit que sa caudelée lui avoit découvert ses perdreaulx. (Nouvelle LXXIV).
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Je vous veulx faire un conte d'oiseaux. C'estoit une pie qui conduisoit ses petits piaux * par les champs, pour leur apprendre à vivre ; mais ils faisoient les besiats *, et vouloient tousjours retourner au nid, pensant que la mère les dust tousjours nourrir à la bêchée : toutesfoys, elle, les voyant tout drus* pour aller par toutes terres, commença à les laisser manger tout seuls petit à petit, en les instruisant ainsi: <<Mes enfans, dit-elle, allez-vous-en par les champs; vous estes grands pour cherchervotre vie ; ma mère me laissa6 que je n'estois pas si grande que de beaucoup vous estes. — Voire , mais disoient-ils, que ferons-nous? les albalétriers* nous tueront, — Non feront9, non, disoit la mère : il fault du temps pour prendre la visée. Quand vous verrez qu'ils lèveront l'albalète et qu'ils la mettront contre la joue pour tirer, fuyez-vous-en ! — Eh ! bien, nous ferons bien cela, mais si quelqu'un prend une pierre pour nous frapper, il ne fauldra poinct qu'il prenne de visée. Que ferons-nous alors? — Et vous verrez bien tousjours, disoit la mère, quand il se baissera pour ramasser la pierre. —Voire mais, disoient les piaux, s'ils portoient d'adventure la pierre tousjours preste en la main pour ruer4'? — Ahl dit la mère, en savez-vous11 bien tant! Or, pourvoyez-vous, si vous voulez. » Et ce disant, elle les laisse et s'en va. Si vous n'en riez, si n'en pleureray-je pas. (Nouvelle LXXXIX.)
i. En voilà. 5. Du celtique drud, rigoureux,