A la première occasion où il fan- 8. Et on dira que
raîct, et non ung bon cœur ou une belle résolution. Oh! que tant d'aultres malheurs pourrois-je bien mettre par escript, qui sont advenuz et ad viennent aux cappitaines avares !
Je say bien que vous me dires : « Et que ferons-nous, si nous n'épargnons de l'argent et ne guaignons sur la paye des soldatz »? Quand-la guerre fauldra 2, nous irons à l'hospital : car le Roy ny personne ne fera compte de nous, et nous sommes pouvres de nous-mêmes.'» Mais voulés-vous croire que le cappitaine vaillant et saige, grand entrepreneur et exécuteur, aille mourir de faim à un hospital, comme s'il y en avoict en ung camp à centaines? Ce seroit une bonne chose pour le roi et pour toute l'armée, s'il y en avoict seulement une douzaine *. Doncques efforcésvous de mettre une jambe dans ceste douzaine, et efforcésvous d'y entrer par vostre hardiesse, sagesse et vertu : car ces douze ne peuvent pas tousjours vivre; et, mort ung % si vous n'y pouvés mettre encores tout le corps, vous y en mettrés pour le moingla moitié, et au premier qui mourra après, vous estes dedans. Et voulés-vous doncques croire que le Roy ny 8 les princes qui auront eu cognoissance de vostre valeur, vous laissent aller à l'hospital? 0! cest, crainte ne doibt être mize en avant par les saiges et vaillants cappitaines, mais par les yvroignes, par les joueurs et par les avares, et par les gens qui ne vallenl rien : car s'ilz occupaient leur exercice aux chozes grandes, esloignant tous ces vices avecques leur diligence et vigilance, rien ne leur peult manquer. J'ay dit que ce seroit beaucoup, s'iî ^ en avoict une douzaine 7 en ung camp : mais quand bien il y en auroict une centaine, le Roy est prou8 riche pour garder que telles gens aillent à l'hospital; et quand bien le Roy promptement n'y pourroict suppléer, il n'y a prince ny seigneur qui auroict esté aux guerres où vous vous sériés marqué de la marque d'ung homme de bien,
1. Le conseil allait à bonne adresse. 4. Il y a une gaieté triste dans cette
On le voit par ce trait qui est une ré- ironie.
▼élation historique, 5. L'un une fois mort.