‹ Les grands écrivains françaisChapitre 56 sur 84 · Voir la note · texte numérisé non relu

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355. Sur l’attitude de Bourdaloue envers le Jansénisme, Sainte-Beuve écrit, au t. II de Port-Royal : « Bossuet, aussi bien que Bourdaloue et les autres vrais Chrétiens de la seconde moitié du siècle, profitait de cette réforme dans la pénitence qui valait tant d’injures et de persécutions au grand Arnauld et qui, tout en triomphant jusqu’à un certain point, laissait au premier qui l’avait prêchée le vernis d’innovateur. En morale chrétienne, Bossuet adhérait donc volontiers à un côté du Jansénisme; mais, d’autre part, sur la dogmatique il s’en séparait profondément... Bourdaloue aussi, l’un de ceux qui, dans la pratique, usèrent le plus des maximes de la pénitence restaurée par Port-Royal et professée d’abord par le livre de la Fréquente Communion, Bourdaloue qui, en prêchant, satisfaisait si bien les amis des solitaires et les lecteurs de Nicole, se crut obligé, en plus d’un endroit, de noter le Jansénisme et de s’élever contre le dogme restrictif de la Prédestination, contre le Christ aux bras droits. Ainsi, dans cette Exhortation éloquente sur le Crucifiement : « Ce n’est pas sans mystère qu’un Dieu mourant ou qu’un Dieu mort y paroît les bras étendus et le côté percé d’une lance. Il veut, en nous tendant les bras, nous embrasser tous; et dans la plaie de son sacré côté il veut, comme dans un asyle certain, nous recueillir tous : je dis tous, et c’est ce que je ne puis trop vous redire afin que nul ne l’ignore; car, malheur à moi, si par une erreur insoutenable, j’entreprenois de prescrire des bornes aux mérites et à la miséricorde de mon Sauveur !... » (II, 154-156). [Cf. Œuvres compl. de Bourdaloue, IV, 285-286.]

Plus loin : « Dans l’affaire spéculative de la Grâce, le Jansénisme fut battu et condamné : dans l’affaire pratique de la Pénitence, qui concernait la discipline et touchait la morale, il s’en tira avec plus d’honneur et de fruit... Bourdaloue en particulier, le plus solide, le plus scrupuleux, le plus jansé~

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niste des Jésuites, et de qui l’on a pu dire que c’était Nicole éloquent, lui que Boileau associait et subordonnait à la fois si délicatement à son amitié pour le grand Arnauld, en ces nobles vers :

* Enfin, après Arnauld, ce fut l’illustre en France

Que j’admirai le plus et qui m’aima le mieux »

et qui traçait pourtant d’Arnauld le portrait que nous avons vu. » [Ces vers sont dans une courte pièce : A Mme La Présidente Lamoignon, sur le portrait du P. Bourdaloue, qu'elle m’avait envoyé (Œuv. de Boileau, annotées par G. Mongrédien; Garnier frères, édit. p. 245.) Sainte-Beuve les a encore rappelés au t. V de Port-Royal, p. 13 et 500 n. et dans son deuxième article sur Bourdaloue (voir p. 236); quant au portrait d’Arnauld, qui, en effet, au t. II du même ouvrage précède le texte que nous recueillons ici, on le trouvera dans la suite de cette note.] Mais Sainte-Beuve, que nous avons interrompu, continuait ainsi : « Bourdaloue, dans un endroit même de ses Pensées où il croit devoir se séparer de la doctrine réputée janséniste en la forçant un peu et la grossissant pour la mieux réfuter, — dans le célèbre chapitre sur le petit nombre des Elus, — s’écrie : « Non certes, il ne s’agit point seulement de les recevoir, ces sacrements si saints en eux-mêmes et si salutaires, mais il faut les recevoir saintement, c’est-à-dire qu’il faut les recevoir avec une véritable conversion de cœur; et voilà le point de la difficulté. Je n’ entreprendrais pas d’approfondir ce terrible mystère et j’en laisserais à Dieu le jugement; mais, du reste, n’ignorant pas à quoi se réduisent la plupart de ces conversions de la mort, de ces conversions précipitées, de ces conversions commencées, exécutées, consommées dans l’espace de quelques moments où l’on ne connoît plus guère ce que l’on fait, de ces conversions qui seroient autant de miracles, si c’étoient de bonnes et de vraies conversions; et sachant combien il y entre souvent de politique, de sagesse mondaine, de cérémonie, de respect humain, de complaisance pour des amis ou des parents, de crainte servile et toute naturelle, de demichristianisme, je m’en tiendrois au sentiment de saint Augustin, ou plutôt à celui de tous les Pères, et je dirois en général qu’il est bien à craindre que la pénitence d’un mourant qui n’est pénitent qu’à la mort, ne meure avec lui et que ce ne soit une pénitence réprouvée. » [Le petit nombre des Elus ; Opuscules à la suite des chefs-d’œuvre oratoires, p. 519-520.] « Or, je le demande, que disait autre chose M. de Saint-Cyran à saint Vincent de Paul, qui pourtant, à ce qu’il paraît, s’en choquait comme d’un échec porté à l’efficace des sacrements? que sentait autre chose M. Le Maître, en entendant M. de Saint-Cyran en prière près du lit de mort de Mme d’Andilly? que faisait Arnauld enfin, dans le livre de la Fréquente Communion, sinon ruiner la suffisance de ce demi-christianisme de bien des confrères de Bourdaloue? Bourdaloue, Bossuet, Massillon, sont donc, sur l’article de la Pénitence, des disciples certainement de saint Paul et des Pères, mais aussi du plus grand Arnauld, qui le

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premier en rouvrit le canal dans le siècle, et en remit en circulation les maximes. » ( Port-Royal , II, 189-191.)

Plaçons ici, entre parenthèses, un passage de la XIe Chronique parisienne du 18 mai 1843, où Sainte-Beuve a écrit : “ Âu^?ur ^es trois ou quatre points de droit qui constituaient a jurisprudence gallicane, il s’était formé, à l’abri des parlements et de l’ancienne Université, une sorte d’esprit religieux modéré, assez libre, tout à fait tempéré, dans lequel de beaux génies avaient pu vivre et qui convenait aux raisons droites et modestes. On était soumis, on était croyant, et l’on discutait pourtant, on critiquait et on rejetait dans une certaine mesure. On n’était ni fanatique, ni superstitieux, tout en restant bon catholique. Vous voyez bien que je retrace un peu un idéal dont on s’approchait pourtant à ces époques de Bossuet, de Bourdaloue, de Nicole, de l’abbé Fleury, de Massillon. Les jésuites sages, comme Bourdaloue, étaient eux-mêmes gagnés par cet esprit, par cet air général qu’on respirait. ( Chroniques parisiennes, p. 43.)

— Et, revenant à Port-Royal, voici le portrait d’Arnauld, qui se trouve au t. II en note aux pages 168 et 169, portrait « peu à son avantage, en laid, dit Sainte-Beuve, mais ressemblant, tracé de main de maître par Bourdaloue dans un sermon sur la Sévérité chrétienne »; portrait « dans lequel la description, d’abord assez générale, se particularise peu à peu et finit par accuser, à ne pouvoir s’y méprendre, la figure d’Arnauld ». Bourdaloue dit donc : « On est sévère, mais, en même temps, on porte, dans le fond de l’âme, une aigreur que rien ne peut adoucir, on y conserve un poison mortel, des haines implacables, des inimitiés dont on ne revient jamais; on est sévère, mais, en même temps, on entretiént des partis contre ceux qu’on ne croit pas favorables, on leur suscite des affaires, on les poursuit avec chaleur, on ne leur passe rien, et, tout ce qui vient de leur part, on le rend odieux par les fausses interprétations; on est sévère, mais, en même temps, on ne manque pas une occasion de déchirer le prochain et de déclamer contre lui. La loi de Dieu nous défend d’attaquer même la réputation d’un particulier; mais, par un secret que l’Evangile ne nous a point appris, on prétend, sans se départir de l’étroite morale, qu’on professe, avoir droit de s’élever contre des Corps entiers, de leur imputer des intentions, des vues, des sentiments qu’ils n’ont jamais eus ; de les faire passer pour ce qu’ils ne sont point, et de ne vouloir jamais les connaître pour ce qu’ils sont; de recueillir de toutes parts ce qu’il peut y avoir de mémoires scandaleux qui les déshonorent, et de les mettre sous les yeux du public avec des altérations, des explications, des exagérations, qui changent tous les faits, et les présentent sous d’affreuses images. (Cela rejaillissait à la fois sur Arnauld et sur Pascal, mais ce qui suit s’adresse au seul Arnauld : ) On est sévère, mais en même temps on est délicat sur le point d’honneur jusqu’à l’excès ; on cherche l’éclat et l’ostentation dans les plus saintes oeuvres, et l’on y affecte une singularité qui distingue; on est possédé d’une ambition qui vise à tout et qui n’oublie rien pour y parvenir; on est bizarre dans ses volontés, chagrin dans ses humeurs;, piquant

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dans ses paroles, impitoyable dans ses arrêts, impérieux dans ses ordres, emporté dans ses colères, fâcheux et importun dans toute sa conduite. Ce qu’il y a de plus déplorable c’est qu’en cela souvent on croit rendre service à Dieu et à son Eglise, comme si l’on était expressément envoyé dans ces derniers siècles pour faire revivre les premiers, pour corriger les abus imaginaires qui se sont glissés dans la direction des consciences, et pour séparer l’ivraie du bon grain. Si un jour nous entendons Arnauld s’exprimer à son tour sur le compte de Bossuet avec une vivacité injuste nous ne nous étonnerons pas. »

356. Sermon Sur la Sévérité de la Pénitence. ( Lectures spirituelles pour le temps de l’Avent; édit. Garnier frères, p. 271.)

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