‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 103 sur 261 · I. — La Rochefoucauld · texte numérisé non relu

I. — La Rochefoucauld

1. "Vie. — François VI, duc de la Rochefoucauld, appartenait ù l'une des plus grandes familles de France. A seize ans, il entra au service et, de 1635 à 1(3 i8, il se battit bravement. Vers la fin du ministère de Uichelien, il sert, en galant chevalier, Anne d'Autriche alors en disgrâce; il va jusqu'à se mettre dans un complot, ourdi par M'"" de Chevreuse, pour enlever la reine, et il se fait enfermer à la Bastille, puis exiler dans ses terres. De 1612 à 16i8, il vit dans son château de Verteuil. La F'ronde séduit son humeur romanesque. Il ne retire de cette équipée qu'une blessure, dont il faillit perdre la vue, et une nouvelle expérience de l'ingratitude humaine. Après une retraite volontaire de trois ans, il revient à Paris, en 1656. C'était le plus beau moment peut-êtfe de la société française. Si l'hôtel de Uambouillct avait quehiue peu dégénéré, d'autres salons s'étaient ouverts, ceux de M"" de Scudéry, de M™^ de hi Fayette, de M"'" de Sablé, etc. C'est chez M"'" de Sablé que La Rochefoucauld fréquente le plus vcdontiers ; c'est là qu il compose ses Maximes, tout en achevant de rédiger chez lui ses Mémoires.

L'influence de M""" de la Fayette, succédant à celle de M""" de Sablé, semble avoir adouci peu à peu la misanthropie du duc

IIS CliAMtS i;t:i{l\ AINS IHANÇAIS

vieillissant. 11 revoit et cM>rrij;e ses Mu.riines. qui lui actiuièrent une répuLaLioii universelle. Pressé de se présenter à rAcadémie française, il refuse. Il meurt, assisté par Bossuct, le 17 mars KiHO. 2. Comment La Rochefoucauld a composé ses Maximes. Les éditions. — Kn ICrMi, quauil La Uocliefoucauld revint à Paris, M'"" de Sablé habitait place Royale (place des \'os^'cs). Elle avait été mêlée à la Fronde. Mais son humeur politique s'était assaj;ie; elle n'était plus que malade imaginaire, excellente maîtresse de maison, et femme d'esj)rit. Son salon réunissait des hommes de lettres, des savants, des théologiens et de grandes dames : Tabbé Esprit, l'abbé d'Ailly, le jtn'isconsulte Domat. la maréchale de Schomberg (M"'' de Hautefort), M. et M""" dé Montausier, la comtesse de Maure, la duchesse de Longueville, etc. En 1659, M""® de Sablé se retira au faubourg Saint- Jacques, dans un hôtel attenant à Port-Royal. Les habitués de son salon en apprirent vite le chemin, et plusieurs de ces messieui'S riionorèrent de leur présence : on y vit Arnauld, Pascal et Nicole.

Chaque salon avait son genre ou sa manie. Chez la Grande Mademoiselle, on faisait des portraits ; chez M™* de Sablé, des maximes. On proposait une opinion, sur un sujet de morale courante; chaque invité la discutait. Puis on s'exerçait, entre deux séances, à mettre par écrit son sentiment, et à lui donner un tour bref et piquant. Tous s'y appliquèrent. C'est ainsi qu'on vit paraître plus tard Les Maximes de M™^ la marquise de Sablé, publiées par l'abbé d'Ailly qui y ajouta les siennes; celles de l'abbé Esprit; celles de Domat, de Méré, etc. Tous y réussirent plus ou moins. La Rochefoucauld y réussit mieux que les autres, voilà tout.

La première édition des Maximes parut en 1665, sans nom d'auteur. Elle était précédée d'un Discours (longtemps attribué à Segrais;.

3. La morale des <■ Maximes ». — Le fond de ce système est résumé dans la maxime n" 171 : « Les vertus se perdent dans l'intérêt comme les fleuves se perdent dans la mer. » — Et voici quelques applications : N° 17 : « La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur. » — N'^ 78 : « L'amour de la justice n'est que la crainte de souffrir l'injustice. » — N° 122 : « Si nous résistons à nos passions, c'est plus par leur faiblesse que par notre force. » — N° 13S : « On aime mieux dire du mal de soi-même que de n'en parler point. » — N° 149 : « Le refus des louanges est un désir d'être loué deux fois. » — N° 200 : « La vertu n'irait pas si loin, si la vanité ne lui tenait compagnie. » Bref, ce que le monde, ce que nous-mêmes nous prenons povu' des \)erlus. n'est que vices

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déguisés : raiiiour-|)r«>pre, au sens d'unuxir de soi, nous (loiine k' chanjiC sui" les mutil's de nos actions.

La Kochefoucaukl pèche, dans ce système, par (jénérulisulion. De ce que, trop souvent, nos prétendues vertus ne sont, au fond, que des vices dèç/iiisés, eu est-il toujours ainsi ? La Hoclieroucaukl i)ul)Ue (juc si les houinies, l'aibk^s l'I bornes, sont exposés sans doute à mêler des motifs intéressés à leurs meilleures aetiiuis, ces mêmes hommes peuvent avoir le mérite de choisir enti-e plusieurs motifs et de préférer souvent le bien au mal : la vertu est un combal, et notre victoire n'est pas toujours lomplète; mais ce serait découraj^er la volonté, et ce serait nier un fait inornl que deconclui'e à la fatalité du vice et à la tyi'annie de Vunioiirpropre. — Du moins La Rochefoucauld a-t-il raison de nous inspirer une certaine défiance de nous-mêmes, et de nous obliger à faire un examende conscience scrupuleux, pour bien peser les molifs de nos actions. Et, d'ailleurs, il semble avoir reconnu son erreur, puisqu'il a atténué la plupart de ses maximes, en y ajoutant : troji souvent, la jilnpart du temps...

Choix de maximes.

Nous groupons ici un certain nombre de maxiines. dont cliacune pourra devenir un texte à'explication ou de dissertation.

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