‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 145 sur 261 · I. — Le roman · texte numérisé non relu

I. — Le roman

Le roman, déjà très en faveur au xvii" siècle, se développe, au \viii*, sous toutes les formes : tantôt il a douze volumes,»^ et tantôt c'est un conte de cent pages. — Nous parlons ailleurs des romans de ^'oUaire, de Rousseau et de Bernardin de Saint-Pierre. Il nctu.s reste à étudier : Le Sage. Marivaux, labbé Prévost.

1. Le Sage '1668-1747). — Le Sage, également célèbre comme auteur dramatique fcf. p. 5il) a publié deux romans : Le Diahfe boiteux (1707), et Gil Blas (1715-173o).

a; Le Diable boiteux est imité de l'espagnol. Le diable Asmodée transporte don Cléophas au-dessus de Madrid, ôte aux maisons leur toit, et lui permet de voir tout ce qui se passe à l'intérieur. — cadre commode pour la peinture de la société et des mœurs. L'ouvrage est intéressant, entre les Caractères de La Bruyère et les Lettres persaneu de Montesquieu.

b^ Gil Blas^ se passe aussi en Espagne. Le héros est im jeune homme, appartenant aune très modeste famille dOviédo. et qui s'en va étudier à l'Université de Salamanque. Il est arrêté en route par des voleurs, dont il reste six mois le prisonnier. Il s'évade, se fait laquais, sert différents personnages dans lesquels Le Sage incarne des types très bien observés, depuis le petitmaître don Rafaël et le médecin Sangrado, jusqu'à l'archevêque de Grenade); devient secrétaire, jjuis favori du duc de Lerme, premier ministre; monte au comble de la puissance et de la richesse ; puis est disgracié , roconc{uiert la fortune, rentre à la cour comme secrétaire du comte tr(.^livarès, et se retire dans son château, où il se marie et finit paisiblement une existence si agitée.

C'est un tableau très vivant vi très piquant d'une société qui n'a d'espagnol que le nom, et d'une telle variété cju'on le lit sans fatigue, en dépit île sa longueur et de sa cc^mplexité. — Gil Blas,

malpré sa faiblesse de l'ai-aetère et ses fautes, ne perd jjoint !a notion du bien et du mal. Mais, ce qui nous inquiète en lui^ c'est son exeès de docilité à rr'ir<i''d des hommes et des événements. Il représente cette humanité moyenne et médiocre qui se laisse mener par la volonté l)oiuie ou mauvaise dautrui ; et, sans être ni ciùminel ni tout à fait un malhonnête homme, il est de ceux qui n'inspireraient aucune confiance.

Le style de Le Saj^e, dans Gil Blas est simple et varié. Il a aus!*i des qualités « dramaticjues » : chaque personnage y parle au naturel le langage de son caractère et de sa condition.

Le Parasite ^1715).

Gil Blas, âgé de dix-sept ans, vient de quitter Oviédo. Monté sur une mule que lui a donnée son oncle, le chanoine Gil Ferez, il arrive d'abord au village de Peiiaflor, et descend à l'hôtellerie. — L'analyse de ce morceau doit porter successivement sur deux points : i° Etude de la narration, qui a son exposition, son nœud, son dénouement, et qui est un modèle de clarté et de simplicité savante ;

2° Etude des caractères : c'est une scène de comédie. On en fera ressortir la moralité, toute d'expérience. La leçon formulée au dénouement par le dupeur, est analogue à celle que le Renard donne au Corbeau, dans la fable de La Fontaine.

Je demandai à souper dès que je fus dans Thôtellerie. C'était un jour maigre : on m'accommoda des œufs. Pendant qu'on me les apprêtait, je liai conversation avec rhôtesse, que je n'avais point encore vue. Lorsque l'omelette qu'on me faisait fut en état de m'être servie, je m'assis tout seul à une table. Je n'avais pas mang-é le premier morceau que l'hôte entra suivi de l'homme qui l'avait arrêté dans la rue. Ce cavalier portait une longue rapière ^, et pouvait bien avoir trente ans. 11 s'approcha de moi d'un air empressé : — « Seigneur écolier, me dit-il, je viens d'apprendre que vous êtes le seigneur Gil Blas de Santillane, l'ornement d'Oviédo et le flambeau de la philosophie. Est-il bien possible que vous soyez ce savantissime, ce- bel esprit dont la réputation est si grande en ce pays-ci? Vous ne savez pas,

Page 1