‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 54 sur 261 · SEVERIN, FRONTIN · texte numérisé non relu

SEVERIN, FRONTIN

Frontin. — Quelles lamentations entends-je là? SÉvERiN. — Que ne suis-je auprès de la rivière, afin de me noyer !

2. Dépends-je, dt'pensr-jf . — î. M'amonr, poui* nui HiiioUr; cf. m'amli'. — 4. Huis, |)<irte. Le mot fait double emploi avec le jnécédent: mais il y it lii sans doute une répétition intentionnelle : Séverin veut être \>'wn sur que tout sera fermé, et il emi)loie tous les mots qui désig^nent les ouvertures d'une maison. — .i. Que. au neutre (latin ifiiod^ ce (pie. — ti. A quoi, poui" (pioi, pour (juelle raison. — 7. Tenais plus chers que... On dit aujourd'hui tenir pour, ou rcffarder comme. — s. Soûl (du lalin satulum, dérivé de .svi<wr, rassasié) A/anger so« «ou/, manger jusqu'à satis faction complète. — 'J. PVontin est le valet de Désiré, fils de Séverin. Cf. La FIécl>e, dans l'At'are de Molière.

1 i(> M;S GRANDS ÉCHIVAINS fRANÇAlS

FiiONTiN. — Je me doule que c'est '".

Sévekin. — Si j'avais un couleau, je me le planterais eu restomac * ' !

Frumin. — Je veux voir s'il dit à bon escient ^^. Que voulez- vous faire d'un couteau, seigneur Séverin ?Tenez, en voilà un.

Séverin. — Qui es-tu ?

Frontin. — Je suis F'rontin. Me voyez-vous pas?

Séverin. — Tu m'as dérobé mes écus, larron que tu es! Ça, rends-les moi, rends-les moi, ou je t'étranglerai !

Frontin. — Je ne sais que *^ vous voulez dire. ^

Séverin. — Tu ne les as pas, donc?

Frontin. — Je vous dis que je ne sais que c'est.

Séverin. — Je sais bien qu'on me les a dérobés

Frontin. — Et qui les a pris ?

Séverin. — Si je ne les trouve, je délibère me tuer moi-même ''^.

Frontin. — Hé ! seigneur Séverin, ne soyez pas si colère. #

Séverin. — Comment, colère? J'ai perdu deux mille écus.

Frontin. — Peut-être que les retrouverez ; mais vous disiez toujours que vous n'aviez pas un liard, et maintenant vous dites que vous avez perdu deux mille écus?

Séverin. — Tu te.gabes^'^ encore de moi, méchant que tu es I

Frontin. — Pardonnez-moi.

10. ûue... de ce que. — 11. Estomac, s'employait alors liouv, poitrine. Encore dass le Cid : Je vais lui pri^senter mon estomac ouvert, acte V, se. II). — 12. A bon escient, en connaissance de cause — 13. Que, ce que. — 14. Délibère, suis décidé à. — 13. Gabes. tu te moques. Le verbe gaher vient du substantif gah. plai.santerie, vantardise. Il y a dans le Pèlerinage de Gkarlemagne (xi* siècle) une célèbre scène digahs: tous les chevaliers qui accompagnent Charlemagne à Constantinople promettent, à la fin dun copieux festin, d'accomplir des exploits extraordinaires. Le roi, qui les. prend au mot, les menace de mort s'ils n'exécutent leurs gahs; ils y sont heureusement aidés par Dieu et par ses anges.

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Si;\iHi\. — Pourquoi donc ne pleurcs-lu?

FiioNTiN. — Pourcc que j'espère que les retrou\ ère/..

Sévkrin. — Dieu le veuille, à la charge de te donner rinq bons sols!

Fkontin. — Venez diner. Dimanche, vous les ferez publier au prône "' : quelqu'un vous les rapportera.

Sévi:rin. — Je ne veux plus boire ni manger; je veux mourir ou les trouver.

Fhontin. — Allons, vous ne les trouverez pas pourlant, et si *' ne dînez pas.

Séverin. — Où veux-tu que j'aille? au lieutenant criminel ?

F'rontin, — Bon I

SÉVERIN. — Afin d'avoir commission de faire empri- -<mner tout le monde ^^ ?

P'rontin. — Encore meilleur ! Vous les retrouverez. Allons ; aussi bien ne faisons-nous rien ici.

Séverin, — Il est vrai, car encore que quelqu'un de • ux-là*^ les eût, il ne les rendrait jamais. Jésus! qu'il V a de larrons en Paris !

Frontin. — N'ayez peur de ceux qui sont ici, j'en réponds, je les connais tous.

SÉVERIN. — Hélas ! je ne puis mettre un pied devant l'autre. 0 ma bourse !

Frontin. — Hoo ! vous l'avez; je vois bien que vous vous moquez de moi.

Sévrrin, — Je l'ai voirement-"; mais hélas I elle est vide, et elle était pleine!

lf>. Prône (latin prifconium. publication) ; prône se dit aujourd'hui dune instruction laite pendant la messe du dimanche, après l'évangile : c'est une sorte de sermon familier. D'après l'étymologic, le mot s'applique proprement au\ annonces que fait le prêtre, relativement aux fûtes do la seiqaino, aux quêtes, etc. Au moyen âge et au xvi' siècle, ce» annonces liturgiques étaient suivies d'annonces municipales, celles qui, plus tard, se firent sur la place de l'dgljse, par I3 vpix du orieur pillilic ou du tambour de ville. — 17. Et si, et pourtant, — 18. Cf. le diajogiie d'Harpjjgon avec le commissaire l Avare, V, 1). -^ 19. Ici, Séverin désigne les spectateurs (of. les mêmes plaisanteries dans le monologue (j'Kuclion et dans celui d'H3''pafr°o). — ^0. yolreirient. vraiment

FmiNTiN. — Si ne voulez faire autre chose, nous serone ici jusques à demain.

Si':vKRiN. — Frontin, aide-moi, je n'en puis plus, ma bourse! hélas! ma pami-e bourse !

{Les Esprits, acte III, se. m.

Des autres comédies de Larivey, on peut tirer aussi quelquei scènes d'un comique ])rofond et durable. Sans doute, il faut en féliciter les oriii;'inaux italiens qu'il a traduits. Mais son style lui appartient, et Ton éprouve une sorte de surprise à lire avec tant d'intérêt ces dialogues toujours dramatiques, piquants, justes, dont le moindre honneur n'est pas d'évoquer fréquemment la comparaison avec Molière.

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