‹ Les grands écrivains français des origines à nos joursChapitre 58 sur 261 · i:s (;ram>s i';cunAiNs ihançais · texte numérisé non relu

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La mort a des rig^ueurs à nulle autre pareilles;

( )n a beau la prier, 'M)

La cruelle (ju'elle est se bouche les oreilles

lA nous laisse crier.

Le pauvre eu su cabaue, où le chaume le couvre,

l'^sl sujet à ses lois ; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre X)

N'eu défoud point nos rois.

De murmurer contre elle et perdre patience

Il est mal à propos ; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science

Qui nous mette en repos. 40;

Paraphrase du Psaume CXLV (1627).

Ces vers sont la paraphrase (d'un mot grec parapbraus, qui signifie dévcloppemcvt) des strophes 2 et 3 du psaume 14): « Gardez-vous bien de mettre votre confiance dans les princes, ni dans les enfants des hommes, d'où ne peut venir le salut. Leur âme étant sortie de leur corps, ils retournent dans la terre d'où ils sont sortis ; et ce jour-h\ même, toutes leurs pensées périront. » (Trad. L. de Sacy.)

— La paraphrase, quand elle n'est pas le développement d'un lieu commun, est de nature vraiment lyrique. Un poète éprouve, à la lecture de quelques lignes, une sorte de vibration ; des impressions personnelles Jaillissent de son cœur. On peut, en parcourant l'œuvre de Lamartine, de Hugo, de Vigny, lire souvent, en épigraphe d'une pièce, une citation qui rappelle l'occasion, le choc, d'où la pièce est sortie. Ici, il faut l'avouer, Malherbe développe plutôt un lieu commun sur la fragilité des grandeurs humaines ; et si l'accent hautain et la robuste versification de ces strophes sont admirables, le poète ne renouvelle pas le thème en y introduisant sa personnalité.

N'espérons plus, mon âme, aux promesses du monde : Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde, Que toujours quelque vent empêche de calmer.

33. Chaume du latin calamum. lige de paille (Cf. chalumeau). — 3S, II, est neutre : cela est mal à propos.

2. Un verre, c'est-à-dire : n'est pas une lumière réelle, mais un reflet tel qu'il est renvoyé par le verre. — 3, Calmer, nous dirions aujourd'hui : se calmer,

X\H' SIKCI.K

Quittons ces vanités, lassons-nous de les suivre:

C'est Dieu qui nous fait vivre 5

C'est Dieu qu'il faut aimer.

En vain, pour satisfaire à nos lâches envies. Nous passons près des rois tout le temps de nos vies A soulfrir des mépris et ployer les genoux : Ce qu'ils peuvent n'est rien ; ils sont, comme nous

[sommes, 10

\'ériUiblement hommes

Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière, Dont l'éclat orf^ueilleux étonnait l'univers; 15

Et dans ces gramJs tombeaux, où. leurs âmes hautaines

Font encore les vaines,

Ils sont mang^és des vers.

Là se perdent ces noms de maîtres de là terre, D'arbitres de la paix, de foudres de la f^merre ! •20

Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de

[flatteurs; Et tombent avec eux d'une chute commune

Tous ceux que leur fortune

Faisait leurs serviteurs.

3. La réforme de Malherbe. — Mais c'est moirts par son œuvre que par ses conseils et par son influence sur ses disciples, que Maltierbe a réforme la poésie. Voici quels sont les principaux points de sa doctrine.

a] Pour le fond rncnie de la pt>ésie, Malherbe réa};;it à la l'ois contre l'imitation exagérée clea anciens, et contre {'italianisme. Sans rejeter la mythologie, il veut qu6 l'on s'inspire des événements et des sentiments contemporains. El surtout, il prend pour ^uide la raison plutôt que l'imagination.

-2o. l'i)Utlres de lu guerre. Cf. L.v. Fontaink : « jf suis dont; un foudre de (lucrre. - {Le Lièvre et le.s Grenouilles).

I5<) ||v i,|;vM.> l'i.lUVAI.N^ l UANÇAIS

h Mullic'i-bi' a ailiiiel pas datitro laiif^uc que le f'rnn<^-nis rie

I lle-de-Frnnce. Il va même jusqu'à dire : « Les crorlielenrs du l*ort-,ni-I'uin sont nos niRilres en fait de Inng.ige. » On voit à quel point il est en contradiction avec Ronsard et ses disciples, (pii écrivaient en une langue plus i*iche, sans doute, mais formée artiliciellement d'éléments héléro{^ènes.

(• Malherbe exi}i:e que le poète c fusse dif fie il emeni des vers faciles ». Il usa. dit-on, une rame de papier pour écrire une strophe: peu importe, si la strophe est belle.

d) En versification, Malherbe proscrit les rimes trop faciles, — le vers ne doit pas enjamber sur le vers suivant. — il faut une césure principale après le sixième pied de l'alexandrin. — point d hiatus (rencontre d'une voyelle linale et d'une voyelle initiale;.

H. — Les disciples de Malherbe.

L'influence de Malherbe fut durable, parce qu'elle répondait aux besoins mêmes de l'esprit français à cette époque. Elle fut d'ailleurs atTermie et soutenue par ses disciples, dont les plus célèbres sont Maynard (1582-1646 et Racan.

Racan (1589-1670) a publié beaucoup de vers où l'on découvre un sincère sentiment de la nature et une douce mélancolie. De plus, il écrit avec fermeté et simplicité. La plus connue de ses pièces est consacrée à la vie champêtre, sujet que Malherbe n'avait point développé.

Stances sur les douceurs de la vie champêtre 1648j.

Ces stances sont encore une variante du lieu commun traité par tous les poètes, depuis Horace jusqu'à Malherbe, sur la vanité des grandeurs et les avantages de la médiocrité. Il y a là peu de persontinlité ; mais le sentiment de la nature donne à Racan son originalité.

Tircis, il faut penser à faire la retraite :

La course de nos jours est plus qu'à demi faite ;

L'âge insensiblement nous conduit à la mort.

Nous avons assez vu sur la mer de ce monde

Errer au g-ré des flots notre nef vagabonde : 5

II est temps de jouir des délices du port.

1. On dirait aujourd'hui ou : faire retraite ou .se retirer. D'un fonctionnaire qui a dépassé l'âge du service actif, on dit qu'il est mis à la. retraite ou qu'il prend sa retraite. — 6. On retrouve cette comparaison rajeunie dans Lamartine f Méditations).

WlT SIKCLE 157

Le bien de la lortinR' est un bien périssable ;

Quand on bâtit sur elle, on bâtit sur le sable ;

Plus on est élevé, plus on court de dan^^ers ;

Les «^a-andspins sont en butte aux coups de la lempéte,

l't la raj^e des vents brise plutôt le faîte 10

I )es maisons de nos rois que les toits des bergers.

< > bienheureux celui qui peut de sa mémoire

LlFacer pour jamais ce vain espoir de g-loire,

l>(»nt l'inutile soin traverse nos plaisirs, L"i

l't qui. loin retiré de la foule importune,

\ ivanl dans sa maison, content de sa fortune,

A selon son pouvoir mesuré ses désirs.

II laboure le champ que labourait son père.

Il ne s'informe point de ce qu'on délibère '20

I >ans ces graves conseils d'affaires accablés.

II voit sans intérêt la mer grosse d'orage l'A n'observe des vents le sinistre présage Que pour le soin qu'il a du salut de ses blés.

Hoi de ses passions, il a ce qu'il désire ; ^.^

Son fertile domaine est son petit empire,

Sa cabane est son Louvre et son Fontainebleau :

Ses champs et ses jardins sont autant de provinces,

VA sans porter envie à la pompe des princes.

Se contente chez lui de les voir en tableau. . . 30

12. Imitalion «le Lk.u'oce (III, G; cld'Hou.vcB ((Jtlos, IV. i;. — 15. Soin a un Si ns plus fort au xvii" siècle: il signilio souvent le souci. Variniinislralion. etc.. Racine, /phigraie. II, i. « D'un soin cruel nu» joie est ici combattue. » On sentira dans cet exemple la l'orce du mot soin, si l'on songe •piWg'amemnon se prépare à sacrifier sa fille aux dieux. — 10. Loin retiré, retiré loin de... — 24. Il y a là un souvenir de Luckèce liy. l) : Suave ma.ri niaç/no... mais la fin de la strophe est d'un accent original. — 27. Deux résidences royales.

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