I-i:S CRANDS KCKIVAINS IRANÇAIS
(1653). de l'aînt' de ses fils (1654), enfin le niariaj^e de sa plus jeune fille, Au|;élique, avec M. de Grij^nan. tout conlrihua à désenelianteret à pousser vers la retraile M'"' de Rambouillet. Klle mourut en 16G5.
j. La préciosité. — l-^i vraie jtri'ciosilë était une réaction à la fois contre la liberté dea manières et contre la licence du lan- (/age.
Le premier jrenre de réaction explique la place que tient à rilôlel de Rambouillet la galanterie. M"" de Rambouillet send)le avoir eu l'honneur d'imposer la première aux hôtes de son salon une parfaite convenance dans l'expression de l'amour. Et pour mieux y arriver, elle revient, sans s'en douter, aux ranineuients du moyen âfre courtois; elle donne la main, pardessus plusieiu's siècles de gauloiserie, à Marie de Champagne, protectrice de Chrétien de Troyes.
Mais si la marquise ne voyait qu'un aimable jeu dans cette façon d'exprimer l'amoiu'. il semble bien que sa fille Julie ait exagéré cette cnsuislique. et entraîné la conversation vers quelques-uns des défauts de la préciosité : le romanesque, le subtil, le maniéré. Julie se conduisit envers M. de Montausier, qui eut la patience d'attendre pendant quatorze ans qu'elle voulût bien l'épouser, comme l'Armande des Femmes savantes envers Clitandre. — Le troisième degré de cette fausse galanterie apparaît dans les romans de M"" de Scudéry, et devient justiciable des railleries de Molière.
Quant au langage, les précieuses de l'Hôtel de Rambouillet veulent d'abord lui donner, et légitimement, de la décence, de la délicatesse et en même temps de la propriété. Tout dire, même les choses les plus difficiles à dire, sans brutalité comme sans obscurité, tel a été l'idéal précieux. De là on passe très vite à la périphrase spirituelle, à la métaphore piquante, — d'où il n'y a qu'un pas vers l'affectation. Mais ce n'est point à l'Hôtel de RamiDOuillet que Ion pratique ce dernier genre de préciosité : c'esi dans les salons rivaux, chez M"^ de Scudéry. chez M""* de Bouchavannes. chez la conitesse de Brégis, et surtout en province, à Poitiers, à Bordeaujf, à Lyon, à Montpellier. Nous connaissons très bien les excès de la préciosité, par la Précieuse ou le Mystère des ruelle^ de l'abbé de Pure (1656 . et surtout par le Grand Dictionnaire des précieuses de Somaize (1660).
C'est Somaize qui nous a conservé, avec les noms et les surnoms des principales précieuses, les métaphores dont les plus exagérées faisaient usage dans la cor versation. On appelle la lune : le flambeau du silence; le lit. l'empire dé Morphée : les dents sont l'ameublement de la bouche : les pieds, les chers
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souffrants; la main, la belle mouvante ; une bougie, le sapplénienl du soleil ; un miroir, le conseiller des ijrnces ; un verre (l'eau, un hiiin intérieur ; la cheminée, l'empire de Vulcuin ; le soulUet, /<i petite maison d'Enle. Les précieuses se servent aussi de tours de ptirases abstraits : avoir du fier contre queliju'un (être en colère) ; donner dans le doux de la flatterie, etc. l'.nnn. elles «ponctuent » leurs atlirmations d'adverbes comme furieusement, terriblement, etc. Parmi t<jutesce3 métaphores, il eu est qui ont passé dans la lan^^ue courante, comme laisser tnmher la conversation, mellre une question sur le tapis, tra- I cstir sa pensée, etc.
Au l'ond, et quand on passe sur les exagérations puériles des fausses ou des ridicules précieuses, la préciosité est bien Ics- [M-it de politesse et iréléii:ance appliqué à la conversation. Il - l'iéve, comme une barrière nécessaire, contre renvahissemcnt ilu style par la grossièreté. I-,cs excès ont vite passé ; Molière leur a donne le coup de gràc(f en J659. Les avantages sont restés ; et Molière lui-même, qui s'était formé en province et Mii excellait dans la farce, doit à cette épuration et à celte
lucation du style, la tenue et la beauté harmonieuse du Misanthrope et des l-'emmes savantes.
11 nous faut maintenant examiner à part deux des écrivains qui ont brillé à l'Hôtel de Rambouillet, Balzac et "Voiture.