POÈMES ALLÉGORIQUES
Car vous oyez dire à la gent :
« À la porte! qui n’a argent ».
Luxure, qui est si grand dame, Qui bien détruit le corps et l'âme, Prent bien le loyer de son hôte, Détruit le corps, la richesse ôte, Et, quand elle a bien tout ôté, ‘Ote l'hôte de son hôtel.
Le bonhomme Pitié recommande à Rutebeuf d'éviter avec soin la route où habitent tous ces personnages, et lui indique la droite voie pour aller à Confesse. On y rencontre d'abord Humilité, tante de Pitié. Elle est vêtue d’une cotte blanche, faite d'un drap qu'on nomme bonheur. Les fondements de sa maison sont de concorde, le seuil est de patience. Les murs sont d'amitié, les chevrons et les poutres du toit sont faits de bonne aventure. Parmi les verrières, deux, qui sont de loyauté et de foi, sont brisées depuis longtemps. À la porte
se trouve Largesse, nièce de Pitié :
Elle a langui un si long temps
Que je crois bien qu'elle soit morte...
C'est là qu'on voyait se loger
Et empereurs et rois et comtes, L Et ces autres dont l’on vous conte, Qui d'amours ont chanson chanté.
Mais Avarice a enchanté
Si bien les jeunes et les vieus
Et tous les bacheliers errants
Et chanoines et moines noirs,
Que tout est gâté le manoir.
L'on savait pour amour aimer,
L'on savait trésors entamer,
L'on savait donner et promettre :
Nul ne s’en veut plus entremettre.
Le poète nous parle encore de Débonnaireté, de Charité, d'Abstinence, de Chasteté qui guide Rutebeuf à travers la cité. Rutebeuf ne pourrait raconter toute l’histc're de la cité de Repentance, même si le Roi de gloire lui avait donné autant de langues que de dents. L'une des quatre portes est faite d'amour fine. C'est celle qui conduit à Confesse, qui tout nettoie. Le poème s'arrête brusquement à la porte de Confesse. À
Le Voyaye du Paradis et le dx d'Hypocrisie sont les seules pièces de Rutebeuf où l’ailégorie règne d'un bout à l’autre, mais il introduit à chaque instant, dans ses autres poésies, des personnages allégoriques. C'était la mode de son temps, mode persistante dont on retrouve encore l’abus au commencement du siècle de Louis XIV, avec Clélie et la carte du Tendre.