‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 111 sur 146 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

lire pour l'admirer. M. Sauzet plaida la nécessité, et, avec un art consommé, s'attacha à démontrer que la Restauration devait fatalement faire ce qu'elle avait fait, qu'elle ne pouvait pas ne pas le faire. Il y avait guerre entre les Bourbons et la France, et la liberté de la presse était incompatible avec leur gouvernement. C'est là ce qui justifiait M. de Ghantelauze. « Il n'est pas de charte sans article lli, s'écria l'orateur; quand il n'y est pas, la nécessité peut forcer un jour à l'y mettre. C'est la nécessité qui est l'interprétation vivante des chartes. Il faut toujours un pouvoir prédominant. Cette vérité de l'histoire s'appellera : ostracisme, dictature, lits de justice, et chez nous régime des ordonnances. » Puis il développa cette pensée que, la royauté ayant été frappée, les ministres ne pouvaient plus être responsables. Il demandait donc leur acquittement, au nom de la justice et de la pacification des esprits.

Cette plaidoirie, commencée dans la séance du 19 décembre, ne s'acheva que dans la séance du 20. M. Crémieux, défenseur de M. de Guernon-Ranville, eut alors la parole. Il y avait déjà en faveur de son client une réaction générale. Il ne songea donc qu'à le faire absoudre d'un moment de faiblesse, de cette fatale signature, « erreur de son esprit ou con-

cession de son cœur. » Si M. de Guernon-Ranville avait signé les ordonnances, du moins, loin de les conseiller, il les avait combattues.

L'orateur touchait au terme de son discours, quand tout à coup une clameur que dominait le bruit du tambour se fit entendre au dehors; bientôt on apprenait que le palais était menacé par la populace et le rappel battu dans les rues de Paris. En même temps, sufloqué par la fatigue ou l'émotion, M. Crémieux s'évanouit ; il fallut l'emporter hors de la salle. La séance se poursuivit au milieu d'un grand trouble. La foule, rassemblée dans la rue de Tournon, poussait des cris stridens. Un moment même, elle parvint à forcer les portes de la grande cour, d'où elle fut expulsée par la garde nationale. Pendant ce temps, M. Bérenger répliquait à la défense. Le baron Pasquicr recevait du dehors des informations qui lui étaient apportées de minute en minute, et dont M. Mole, qui les lui transmettait, exagérait encore, sans s'en douter, la portée et la gravité.

« Vous n'avez pas un instant à perdre pour lever la séance, » dit tout à coup M. Mole au président.

Ce dernier manda près de lui au fauteuil le colonel Lavocat et l'interrogea.

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