LIVRE PREMIER
pouvoir, M. de Polignac et M. de La Bourdonnaye s'étaient divisés sur tous les points graves de la politique. M. de Polignac croyait à l'influence du clergé ; M. de La Bourdonnaye ne croyait, disait-il, qu'à l'influence des gendarmes. Il voulait des mesures énergiques, rapides, violentes. Son collègue estimait qu'il y fallait le temps et beaucoup de prudence. Ils tendaient au même but, mais ils différaient sur les moyens à employer pour l'atteindre. Ils souhaitaient l'un et l'autre la présidence du conseil et en l'attendant, ils se disputaient l'influence sur leurs collègues. M. d.3 La Bourdonnaye se plaignait d'être entouré « d'imbéciles qui ne savaient pas prendre un parti. » M. de Polignac avouait au roi que le ministre de l'intérieur était « insociable. » Un jour vint où Charles X dut choisir entre l'un et l'autre. Il n'avait fait entrer M. de La Bourdonnaye dans le ministère que pour « essayer ces gens qui se plaignent toujours. » Il décida donc que l'autorité de M. de Polignac devait prévaloir et annonça son dessein de le nommer président du conseil. Ce fut le signal de la retraite de M. de La Bourdonnaye. Il abandonna le ministère en déclarant que « lorsqu'il jouait sa tête, il aimait à tenir les cartes. » Il les avait tenues trois mois et s'en fit dédommager en réclamant la pairie
et une pension de 12,000 francs. Charles X lui accorda l'une et l'autre. M. de Montbel, ministre de l'instruction publique et des cultes, le remplaça au ministère de l'intérieur, et eut lui-même pour successeur M. de Guernon-Uanville, procureur-général à Lyon l. Ce ne fut pas la seule modification que subit le ministère. Un peu plus tard, et quand M. de Polignac s'engagea plus à fond dans la lutte contre l'opinion et contre la Charte, MM. de Chabrol et de Courvoisier refusèrent de le suivre. Ils se retirèrent en cédant la place à MM. de Peyronnet et de Chantelauze.
Cependant les chambres s'étaient réunies le 2 mars. On attendait le ministère à cette épreuve décisive. Le discours du roi devait en effet exposer la conduite que M. de Polignac comptait tenir et dont il n'avait pas encore fait connaître le programme officiel. Charles X parla et tint le langage le moins conduite et le plus imprudent. A ses discours, la chambre des députés riposta de deux manières également éclatantes et fermes, d'abord en accordant dès le lendemain ses suffrages pour la présidence à M. Royer-
i. Né à Banville (Calvados) en 1787, mort en 1860. Il a laissé des mémoires sur son ministère et sur le procès de 1830, dans lesquels nous avons puisé d'intéres^ins détails.