‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 129 sur 146 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Les conséquences de l'arrêt du 21 décembre et du grand et beau spectacle qu'avait donné à l'Europe le triomphe de la justice sur l'esprit de vengeance et du gouvernement sur les passions anarchiques ne se firent pas longtemps attendre. Par un accord tacite, les dissidences politiques s'étaient momentanément effacées dans le sein du cabinet du 3 novembre, au nom des intérêts les plus graves et les plus sacrés, engagés dans le procès des ministres de Charles X, au nom du salut de l'avenir et de l'honneur même de la France. Cet accord y avait été rendu plus facile que dans le cabinet du 12 août, par le petit nombre de ses membres et par sa composition qui laissait peu de défiance aux amis passionnés du drapeau tricolore. Mais l'union y existait uniquement à l'état de transaction patriotique qui devait cesser avec la crise aiguë dont elle avait été le résultat.

'2iC LE PROCÈS DES MINISTRES.

Les symptômes de la fin de cette union, le ministre de l'intérieur avait pu les découvrir, le soir du 21 décembre, sous les murailles du château de Vincennes, dans les paroles que lui adressait le général Fabvier. Le langage de M. de Lafayette au général Sébastian!, à l'issue de la conférence du 20 décembre, les discours tenus à l'état-major de la garde nationale et dont les échos parvenaient au Palais-Royal, confirmaient ces symptômes. Malgré sa crédule confiance dans les élémens populaires dont nous venons d'exposer la funeste influence et les méfaits, le gé néral de Lafayette avait tenu, durant le procès, un rôle aussi loyal qu'important. La générosité naturelle de son cœur, la droiture de ses intentions, en dépit de quelques imprudences, s'étaient affirmées avec éclat. Mais il avait maintenant la faiblesse de ne pas se montrer satisfait de l'interprétation donnée de tous côtés à un dénoûment auquel pour sa part il venait de noblement concourir, et à la victoire du gouvernement à qui, de concert avec MM. Dupont de l'Eure, Odilon Barrot et quelques autres, il reprochait souvent de renier son origine et d'oublier ses promesses. Ses propos, comme ceux de son enourage, faisaient prévoir de graves résolutions de sa part. La loi sur la garde nationale que la chambre

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