‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 138 sur 146 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

seil le parti conservateur du nouveau gouvernement. M. Odilon Barrot, qui se sentait atteint par les démissions de M. de Lafayette et de M. Dupont, prononça le 28, à la chambre des députés, un discours habile où il semblait donner sa démission de préfet de la Seine, quand en réalité il offrait seulement sa démission de la magistrature politique dont il s'était emparé et qu'il avait exercée avec d'excellentes intentions sans doute, mais aussi avec une faiblesse favorable aux progrès de l'anarchie.

« Quant à moi, dit-il, qui suis bien loin de m'attribuer la dixième partie de l'influence que peut avoir un si grand citoyen, je n'ai pas pu oublier qu'ayant, dans un temps, signalé mon opposition à quelques actes de la majorité de cette chambre, et cette opposition ayant continué, je pouvais être dans le sein du gouvernement un point d'irritation, un obstacle à la réalisation de tous les vœux patriotiques de l'administration de sa majesté. J'ai senti que peut-être le moment était venu de me retirer

. . . J'ai cédé à l'opinion que j'ai de l'intérêt même de l'administration du roi. Je l'ai supplié de vouloir bien marquer un terme à cette mission que je n'avais pas recherchée, et me rendre à ma liberté, à mes travaux. J'espère que sa majesté entendra mon

vœu, et qu'elle sentira enfin que le moment est venu de faire rentrer tous les pouvoirs dans leur véritable sphère. Si l'empire des circonstances, la nécessité plus forte que les lois et même que les volontés individuelles, a fait du préfet de la Seine un homme politique, l'a enlevé à ses attributions purement civiles pour l'investir en quelque sorte d'une magistrature populaire et de police, il est temps de faire cesser cet état de choses ; il est temps que le magistrat politique disparaisse , pour être remplacé par l'administrateur. »

Le ministre de l'intérieur commit alors la faute de ne pas saisir l'occasion et de ne pas s'efforcer de faire accepter la démission de M. Odilon Barrot comme préfet; mais, aurait-il réussi avec MM. Laffitte et Méiïlhou et les hésitations du maréchal Soult, du général Sébastiani et même du roi, qui avait à ses côtés, dans la personne du prince royal et de sa sœur, de chauds partisans de M. Barrot? Pour en arriver là, il fallait tomber, de chute en chute, jusqu'aux funestes journées de février 1831 et jusqu'à l'anarchie de ce mois déplorable, pendant lequel les désolantes faiblesses du gouvernement pâlirent devant l'incapacité gouvernementale du préfet de la Seine.

Page 1