‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 15 sur 146 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

je vais acheter une propriété en Suisse! » Un autre jour, il recevait de M. de La Ferronnays, son prédécesseur au ministère des affaires étrangères, devenu ambassadeur de France à Rome, une lettre qui se terminait comme suit : « Adieu, cher Jules; quand tu recevras cette lettre, tu seras au milieu de grands embarras. Puisse le ciel le bien inspirer, et le résultat justifier tes mesures et réaliser tes espérances. J'avoue, mon ami, que je ne les partage pas, et je trouve dans les craintes que me fait concevoir notre avenir un motif de plus pour désirer avec ardeur que tu ne te trompes ni sur tes forces, ni sur tes moyens, et que tu sortes heureux et triomphant du grand et dangereux combat que tu as cru devoir engager1. » Mais que pouvaient ces conseils sur un esprit profondément pénétré de sa supériorité, nous allions dire de son infaillibilité, qui se sentait fort de l'appui du roi et qui croyait voir dans ses rêves la sainte Vierge descendre vers lui et lui promettre assistance, en lui enjoignant de persévérer dans ses desseins?

Les objections mêmes qu'y faisaient ses collègues le touchaient peu. Il assistait à leurs délibérations, souriant, un peu dédaigneux, exprimant par son 1. Archives nationales.

attitude qu'il ne partageait ni leurs inquiétudes, ni leurs scrupules, et qu'il attendait tout, non des mesures qu'ils proposaient, mais de la force surnaturelle qui l'inspirait. Il ne semblait s'arracher à ses rêveries que pour s'occuper de l'expédition d'Alger, alors en préparation, et tenir tète à l'Angleterre, qui s'efforçait de l'entraver. L'attitude du prince de Polignac vis-à-vis du cabinet de Saint-James est le seul trait de sa carrière politique qui puisse lui être compté comme un titre d'honneur.

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