LIVRE PREMIER
Moniteur, par ses ordres, n'avait pas été remis aux dignitaires de la couronne que leur service fixait au palais. Parmi eux se trouvait le maréchal Marmont, duc de Raguse1. Bien qu'à son insu il fût désigné pour prendre le commandement des troupes, si quelque mouvement populaire éclatait, le maréchal avait été exclu, comme le général de Champagny, des confidences du roi et de celles de M. de Polignac. Il partit pour Paris sans connaître les ordonnances qu'il devait être appelé à défendre, et n'en lut le texte qu'en arrivant à l'Institut où il s'était rendu. Il ne dissimula ni sa tristesse ni son irritation. Ayant rencontré son savant collègue M. François Arago 2, il lui dit :
« Eh bien! vous le voyez, les insensés, ainsi que je le prévoyais, ont poussé les choses à l'extrême. Vous n'avez à vous en affliger, vous, que comme citoyen, comme bon Français; mais combien n'ai-je pas lieu de me plaindre, moi qui, en ma qualité de