‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 36 sur 146 · LIVRE PREMIER. Gl · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. Gl

Les ministres reprirent leur délibération sous l'influence de ces nouvelles désastreuses. Il tombèrent d'accord sur la nécessité de retirer les ordonnances. M. de Sémonville et M. d'Argout avaient dit au roi que cette mesure et la démission du cabinet faciliteraient une conciliation honorable. Seul, M. de Guernon-Ranville déclara que disposé, quelques heures avant, à conseiller au roi le retrait des ordonnances, afin de suspendre les malheurs de la guerre civile, i! ne pouvait plus voir maintenant dans une semblable mesure qu'un acte de faiblesse, qui n'aurait d'autre effet que de légitimer la révolte, en enlevant à la couronne toute dignité , sans donner satisfaction à l'émeute. Selon lui, il ne s'agissait plus ni du minitère, ni des ordonnances, mais du pouvoir royal tout entier. La lutte était engagée entre la légitimité et la révolution; la capitulation proposée par des

négociateurs sans pouvoirs ne serait pas acceptée par les vainqueurs. Il conseillait donc de maintenir les ordonnances, à l'exception de celle qui prononçait la dissolution de la chambre nouvellement élue, et de convoquer cette chambre ailleurs qu'à Paris. Le dauphin, qui assistait à la délibération, approuva cet avis et exprima le regret que la majorité ne l'adoptât pas. Décidé à mourir les armes à la main, il croyait d'ailleurs pouvoir compter sur la fidélité des provinces.

La révocation des ordonnances fut donc décidée et le roi fit connaître à ses ministres le dessein où il était de charger le duc de Mortemart de former un ministère, en l'autorisant à y faire entrer avec lai quelques membres de l'opposition tels que M. Casimir Perier et le général Gérard. C'est M. de Vitrolles i, parent de ce dernier, qui lui avait suggéré ce

1. Né en Provence en 1774, mort en 1854, émigré et ami du comte d'Artois. Il s'employa activement, en 1814, auprès des coalisés, et déploya au profit des Bourbons le génie d'intrigue qui était en lui. Pendant les cent-jours, il tenta d'organiser la résistance dans le midi, fut arrêté à Toulouse et menacé un moment d'être fusillé. La Restauration l'avait fait miuistre d'état. En 1815, il fut élu député, et à l'extrême droite, où il siégeait, poussa si loin la violence et l'intrigue, qu'en 1818 son titre de ministre d'état lui fut retiré. Mais Charles X, à son avènement, le nomma ambassadeur en Sardaigne. En 1830, M. de Vitrolles quitta la scène politique et n'y reparut plus. Il a laissé des mémoires encore inédits.

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