LIVRE PREMIER. /l
pour appeler les bons citoyens au secours de la monarchie.
Ces actes étaient presque terminés, et les ministres se préparaient à les soumettre à la signature du roi, quand on vint les avertir que la cour allait partir pour Rambouillet. C'est M. Capelle que le roi avait chargé de leur faire connaître ses desseins, de les engager à pourvoir à leur sûreté, et de leur offrir, avec des passeports en blanc, quelques secours d'argent, car il les supposait avec raison dépourvus de toutes ressources. M. de Montbel distribua une somme de (5,000 francs entre les membres du conseil. Tandis que M. de Polignac se rendait auprès du roi, ses collègues se hâtèrent de détruire les actes qu'ils venaient de rédiger et qui auraient pu témoigner contre eux des moyens de défense qu'ils avaient préparés. Puis ils songèrent à se mettre en sûreté, sans se résigner cependant à s'éloigner encore, et attendant que le roi leur fît tenir de nouveaux ordres. M. de Peyronnet hésitait à aller les chercher, quand Charles X le fit demander. En présence de M. de Polignac et de deux autres témoins, il lui enjoignit avec bonté de pourvoir par une prompte fuite à son salut. 11 répéta le même ordre, sur le ton de la plus vive sollicitude, à M. d'Haussez, qui se présenta au moment où finis-
fait l'entretien avec M. de Peyronnet1. Mais c'est surtout clans ses adieux au prince de Polignac que le roi mit un accent particulier de paternelle tendresse. Comme son premier ministre, dont on ne saurait contester la longue et inébranlable fidélité à la maison des Courbons, offrait de verser son sang pour la
1. En quelques traits, dignes d'être retenus par l'histoire, M- de Peyronnet a résumé plus tard, dans une lettre écrite le 20 avril, et datée du fort de Ham, à M. Casimir Perier, la physionomie du ces heures dramatiques. M. de Montbel, réfugié àVienne et condamné par contumace, avait adressé un mémoire à la chambre des pairs pour exposer sa conduite et se justifier.
« On pourrait induire d'un passage assez équivoque de ce mémoire, écrivait l'ancien ministre de l'intérieur, qu'à l'exception de M. de Montbel et d'un autre ministre seulement qui avait suivi le roi Charles X jusqu'à Rambouillet, les autres s'étaient déjà éloignés et étaient partis volontairement.
« Ce serait une cruelle injustice. Pour moi, qui n'ai quitté Charles X qu'à Rambouillet, comme M. de Prades, entre autres, pourrait l'attester, je ne m'y suis déterminé que sur l'ordre formel que m'en a donné ce malheureux prince, à Trianon, dans son cabinet où il m'avait lui-même appelé. Deux personnes dignes do foi, le premier écnycr et l'huissier de la chambre, ont assisté à une bonne partie de ce douloureux entretien.
« Comme il finissait, M. d'Haussez est venu et j'ai entendu lorsque Charles X lui a dit de se retirer. Cet ordre n'a pas été donné directement à MM. de Chantelauze et de Guernon-Ranville; mais il leur a été transmis, de la part de Charles X, par M. Capello.
« Quant à M. de Polignac, l'affection et le dévouaient dont il a donné tant de preuves dans toute sa vie me dispensent de confirmer ce qui ne peut être douteux pour personne. Puisqu'il s'est séparé do son roi en un tel jour et en un tel lieu, on peut bien croire que ce n'était que pour obéir. » — [Documens inédits communiqués à l'auteur.)