‹ Les grands épisodes de la monarchie constitutionnelleChapitre 51 sur 146 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

vin.

Dans cette même matinée du 27 août, le prince de Polignac, arrêté le' 15 à Granville, au moment où il se préparait à passer à Jersey, fut également écroué à Vincennes.Ses tentatives pour échapper aux poursuites dirigées contre lui n'avaient pas été plus heureuses que celles de ses anciens collègues , que l'accusation appelait déjà des complices1. Ainsi

1. Eq essayant de reconstituer les circonstances de sa fuite, soit à l'aide de renseigoemens verbaux ou de relations écrites, soit à l'aide des documens déposés aux archives du département de la Manche, nous avons rencontré plusieurs versions assez différentes les unes des autres, sinon contradictoires. Nous les avons comparées, et nous croyons être parvenu, en les coordonnant entre elles, à en faire jaillir la vérité. Aous la devons en grande partie aux renseignemens qui nous ont été fournis par M. le comte de Semallé, fils de celui à qui Charles X avait confié le prince de Polignac. Ces renseignemens dont l'authenticité ne saurait être mise en doute rendent absolument invraisemblable la version adoptée par M. de Lamartine et d'après laquelle l'ancien président du conseil aurait traversé la Normandie insurgée sur le siège de la voiture de Mme de Mortfontaine et déguisé en domestique.

qu'on l'a vu, il avait quitté Trianon le 31 juillet, sous la sauvegarde du comte de Semallé à qui le roi l'avait confié. Marchant à cent pas derrière lui, il entra dans une maison de la rue de Maurepas où il le vit entrer, et c'est là qu'il attendit pendant que son guide procédait aux préparatifs du départ. M. de Semallé avait gardé à sa disposition une voiture du ministère de la guerre, avec laquelle il s'était rendu à Évreux pour une mission militaire. C'est dans cette voiture et avec des chevaux de poste que le prince de Polignac et son compagnon quittèrent Versailles. Au moment où ils se mettaient en route, M. le comte de Semallé dit au ministre :

« Êtes-vous décidé à vous défendre? Pour moi je suis résolu, si nous sommes attaqués, à défendre chèrement ma vie.

— Et moi, je vous défendrai, » répondit simplement M. de Polignac.

Une relation que nous avons sous les yeux J nous a permis de suivre étape par étape le voyage des deux fugitifs. Elle nous révèle en même temps les perplexités et les angoisses de M. de Semallé. Il avait accepté sans hésiter la mission périlleuse de sauver le plus compromis des ministres de Charles X; mais

1. Elle est extraite des Mémoires inédits du comte de Semallé.

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