‹ Les grands Esquimaux [microforme]Chapitre 10 sur 54 · CONTINUATION DU VOYAGE · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU VOYAGE

Puanteur des huttes de neige. — Le désert arctiqne. —— Les montagnes Rouges et le cap Bathurst. — Seconde nuit de bivouac sous la neige. — Tourmente de neige. — Méfiance de mes hôtes. — L'isatis ou renard bleu. — Un village esquimau. — Costume grotesque des femmes innoit.

Combien je fus satisfait, quand le jour parut à travers le dôme de cristal qui nous abritait, de voir les rayons d'un soleil radieux en compéäétrer les murailles et se jouer délicieusement à travers cette neige transformée en glace opaline par l'effet &u suintement des parois!

Tels que des poussins sortant de l'œuf, nous éventrâämes otre «saison et nous nous trouvâmes en plein air, humant ic do" üu matin à pleins poumons.

J'ihonnai avec satisfaction l’infâme sentine, hier soir neige in.maculée, maintenant latrines puantes et nauséabondes, repaire putride comme un tloaque communal.

Les miasmes s’attachent si fort à cette neige poreuse, ils la compénètrent tellement, qu'un igloriyoark ne perd jamais l’odeur infecte qu'y ont laissée ses habitants d'une sule nuit, En vain, pour l'assainir, y établit-on un courat «as en perforant la hutte de part ct d'autre; les miasmes huileux sont indélébiles. C'est une peste qui s'attache aux murailles de neige, s’y incruste avec le dégel et résiste au froid le plus intense. 1] faut les feux du soleil et

la destruction complète du fragile édifice pour purifier cette souillure, image, hélas! bien fidèle de celle que le vice cause à l'âme.

Nous voilà donc de nouveau arpentant le lit glacé du fleuve des Inconnus. Sa vallée, étroite et tortueuse, est bordée de hautes grèves de 130 à 150 mètres d'élévation qui grandissent toujours, au fur et à mesure que nous approchons de la mer Glaciale, et prennent ensuite les proportions d’un‘ ‘ne de montagnes de granit rose ou de diorite,quiles a... nommer Chié-intsik, montagnes Rouges, par les Dindjié.

L'extrémité de ce système, parfaitement aride, est le cap Bathurst.

L'embanquement des falaises borde parfois le fleuve de son talus rapide, semblable à un rempart. D’autres fois il s'en éloigne de quelques centaines de mètres, et se trouve remplacé par des langues de terre sédimenteuse sur lesquelles poussent des sapins rabougris, des saules nains ct sans tronc, dont les rameaux flexibles s’élancent à même le sol glacé.

Ces derniers vestiges de végétation arborescente ne servent qu'à mieux faire ressortir l'extrême désolation de ces licux reculés. La mort règne ici en maîtresse. On la sent vivre. Elle y commande e{ vous domine. La gloire de leurs habitants est de lutter avec elle tous les jours de leur vie, de la dompter, de la briser comme un animal féroce. Il y à un certain plaisir, une satisfaction réelle dans ce duel pour la vie, — the struggle for life, —et c'est peut-être ce qui a ache tellement l’Esquimau aux horribles plages de cette mer solaire, aux rivages arides et nus de ses affluents glacés.

Si l'absence de végétation arborescente se fait cruellement et hideusement sentir dans ces parages arctiques, à défaut, le bois sec ne manque pas. Le fleuve Anderson en

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charrie d'immenses quantités pendant la belle saison, déposant ces arbres, arrachés et transportés depuis sa source, sur tous les bancs de vase et de sable, sur toutes les pointes de terre, les entassant surtout à la mer Glaciale, où ils forment de grands deltas entièrement composés de vase et d'arbres empâtés, dont le niveau s'élève d’une année à l'autre.

Les arbres que n’arrêtent pas les bancs dérivent jusqu’au pôle, loin, bien loin des forêts qui les ont vus naître et qui les ont nourris. Ils fournissent aux Esquimaux, perdus dans les îles, le combustible dont ils se chauffent en été, et les matériaux dont ils construisent la charpente de leurs maisons d'hiver.

De grands et nombreux fleuves ont reçu de la Providence la mission de répandre les richesses végétales de leurs rives jusqu'aux extrémités du monde. La nature est une bonne mère qui connaît et pratique admirablement le système des compensations. L'exubérance de bois de chauffage et de construction sur les plages esquimaudes sembie défier le froid mortel et les longs hivers des climats arctiques.

Outre l'immense et majestueux Mackenzie, le tortueux Anderson, les pétulants Mac Farlane et La Roncière, la Coppermine blanchissante de chutes, la Natowdja qui sort du grand lac des Esquimaux, la Colville, le fleuve Back avec ses innombrables rapides, le Wiseman et autres longs cours d’ean tout aussi inconnus des géographes et dont plusieurs ont été dénommés par moi-même, roulent dans leurs eaux fougqueuses les détritus des forêts et les dégorgent dans l'océan Glacial.

Plus on se rapproche de cette mer glacée, moins la neige est épaisse, plus les glaces le sont. Lorsque l'hiver est trèssec et très-rigoureux, il n’y a même pas de neige du tout.

C'est ainsi que les extrêmes se touchent.

Ce second jour, au coucher du soleil, nous atteignimes

le confluent d'un large cours d’eau qui descend des montagnes Rouges, la Chié-intsik nillen, pour se jeter dans le fleuve Anderson. Elle y forme plusieurs grandes îles qui divisent le cours de ce fleuve sur un parcours de deux lieues environ.

— 11 y a douze ou treize ans, me dit le général Bottom, cet endroit fut le théâtre d’un drame de sang. Des Esquimaux nous y surprirent pendant la nuit ct assassinèrent cinq de mes compatriotes.

— Comment! tu te trouvais là aussi, toi? demandai-je à Sidajen.

— Oui, dit-il, et bien que je ne fusse qu’un petit enfant de quatre à cinq ans, je m'en souviens comme si c'était d'hier.

— Est-ce que tous les Dindjié de ce camp furent tués?

— Oh! non. Seulement cinq hommes qui ne se réveillèrent pas à temps pour échapper aux ennemis. À cette époque, continua-t-il, nous étions encore bétes. Il nous arrivait de chasser et de demeurer avec ces têtes pelées d'Esquimaux ; nous espérions pouvoir les adoucir. C’est ce qui me fait dire que nous manquions d'esprit.

— Tu considères donc les Esquimaux comme bien féroces?

— Ah! chef, fit-il, ce sont de vrais loups que nous n'apprivoiserons jamais. Ils sont trop sauvages pour vivre , jamais en hommes! E :

Et l'homme qui me tenait ce langage était un sauvage lui-même ! |

— N'y a-t-il jamais eu d'unions matrimoniales entre ! | vous et les Esquimaux? repris-je quelques instants après.

— Jamais de mariage proprement dit. Quant à des relations sexuelles, il y en a eu plusieurs fois. Peut-être y a-t-il À de notre sang dans les veines de quelques-uns de leurs enfants. Je ne sais. Mais parmi les Dindjié, il n’y a pas un

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L'une des principales raisons qui fit naître la haine des Esquimaux contre les Dènè-Dindjié fut que ces Peaux- Rouges appellent les Innoït Anakrén, ce qui, dans leur langue, signifie Pieds Ennemis. Mais en langue esquimaude ce même nom signifiant Stercoraires, il excite l'indignation et la colère des voisins des Dindjié.

Nous devions camper au confluent de la Chié-intsik-nillen. Mes hôtes y avaient construit, en venant au fort, une hutte dans laquelle ils comptaient coucher encore. Le vent l'ayant comblée de neige, Sidajen et moi nous la vidämes à l’aide de nos raquettes. Néanmoins, elle exhalait une telle puanteur que je me demandais comment je pourrais me résoudre à y passer la nuit.

Il le fallut bien pourtant, car on n'apercevait plus de bois nulle part.

Quand /nnonarana, que nous avions devancé, arriva, je gelais sur place, malgré le mouvement que je venais de me donner. J'avais hâte de voir la hutte garnie de ses fourrures, le bienheureux lampion allumé et la porte fermée sur nous; ce ne fut donc pas sans terreur que le chef nous apprit qu'il n'avait plus de lampe, qu'il en avait disposé en faveur des deux jeunes gens, qui, en manquant, la lui avaient empruntée, et que, si je n'avais pas de bougie dans mon bagage, force lui serait de construire une autre lampe.

Construire une lampe! mais je gelais debout; comment aurais-je jamais le temps de la voir achevée? J'allais être transformé en glaçon.

Cependant, il fallut en passer par là.

Dans l’un des portages que nous avions franchis pendant la journée, Noulloumallok avait coupé un morceau de bois. II lui donna, à l’aide du couteau, la forme d'une lampe esquimaude, y incrusta trois cailloux ramassés sur un ilot, tressa unc façon de mèche avec trois brins de peau de renne, et l’ustensile se trouva prêt pour la nuit.

Il était temps que nous nous missions à l'abri ; mes pieds ne pouvaient plus endurer le froid de la glace qui nous portait.

Moins comprimé que la nuit précédente, je pus goûter dans cette hutte un sommeil réconfortant et ininterrompu.

Avant de me coucher j'avais donné à Zyoumatounak de la pommade camphrée pour qu'il en oignit sa tête galeuse. Quel compagnon de chambre et de lit! grands dicux!

Pendant la nuit, il venta très-fort. Le vent descendait d'aplomb et par rafales des hautes montagnes blanches de neige. Ne rencontrant aucun obitacle dans cette vaste expansion du fleuve, large comme une petite mer, il fit table rase sur la glace, il en bAlaya toute la neige et en accumula un banc de trois mètres de haut sur trois côtés de notre hutte, enfouissant hommes et chiens dans ses strates glacés.

La glace du fleuve, secouée et pressée par le vent, oscilla tellement que nous craignimes bien des fois qu'elle ne s'entr'ouvrit sous nos personnes. Le cas n’est pas rare. J'ai vu une de ces larges crevasses se former presque sous nos pas, sur le grand lac du Carcajou, au mois de novembre suivant. L'eau en jaillit comme d’un puits artésien, mais avec l'apparence ct le développement d’une large et longue vague qui vint se répandre sur la surface de la glace. Nos chiens durent se mettre à la nage, et nous-mêmes ne pûmes traverser la fissure qu'en nous jetant à plat ventre sur nos traîineaux et en nous laissant atteindre par l’eau. |

Dans la présente circonstance, nous en fûmes quittes pour la peur. Les protocarbures d'hydrogène enfermées

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entre le fleuve et la glace y occasionnèrent toute la nuit des roulements et des détonations semblables à ceux du tonnerre. La glace craquait, tremblait et se secouait comme si elle allait s'entr'outvrir, mais aucun autre phénomène ne se produisit. J'eus seulement l'avantage d'obtenir une démonstration prise sur le fait de la formation des phénomènes volcaniques.

Le soleil était haut dans le firmament quand nos paresseux d'Esquimaüux se résignèrent à sortir de notre clapier. À cet effet, nous dûmes creuser un véritable tunnel sous la neige qui l'encombrait, opération qui nous fit découvrir nos chiens, que la poudrerie avait littéralement ensevelis vivants. Les pauvres bêtes n’en paraissaient nullement fâchées. Jamais elles n'avaient dormi plus chaudement et plus moelleusement que sous cette neige foulée par l'ouragan.

Durant la troisième journée, nous dépassämes une bifuration des bouches du fleuve Anderson, que nous laissâmes à gauche pour suivre la branche mère. Cette bouche se jette, au dire des Esquimaux, dans un grand canal naturel d'eau salée ou tkaratsark qui sépare la prétendue île Nicholson de la terre ferme. Je donnai à ce canal le nom du grand empereur Napoléon ilf, lequel était alors dans toute sa gloire.

Ce canal n'a encore été vu ni exploré par aucun voyageur. En ce lieu, nous fimes un nouveau portage.

Le pays que nous parcourions était devenu d’une stérilité affreuse. Pas un seul vestige d'arbre, pas un saule, pas un buisson, mais des pentes neigeuses à droite et à gauche, des falaises escarpées s’élevant par rangées superposées dans une aridité sépulcrale, des montagnes désolées qui ressemblent à une chaîne de gigantesques glaçons, avec leurs pointes acérées, leurs aspérités tranchantes, leurs déclivités rapides, leurs précipices presque perpendiculaires.

C'est plus qu'un deuil de la nature; c'en est la mort, mais une mort vivante, animée, mille fois plus horrible que celle du tombeau.

La vie, par le fait, s'affiche dans cette mort par cette multitude d'empreintes de carnassiers dont la neige trahit le passage ou le séjour. Le sol est jonché de leurs pas, de leurs pistes : arvicoles jaunes, gerboises du Nord, martres, hermines, renards de toutes les variétés, loups. Ces derniers, à en juger par l'écartement et la largeur des empreintes, accusaient une haute stature,

Ces pistes nombreuses font tressaillir de joie les deux Esquimaux, qui y voient l'espoir d’une chasse abondante et d'une brillante campagne pour le printemps.

Après avoir traversé une lagune, nous redescendimes sur le fleuve, où nous trouvâmes encore une toute petite oasis de sapins rachitiques ct clair-semés. Ces arbres n'y avaient pas plus de trois mètres de haut. Nous nous y réfugièmes pour prendre notre repas de midi.

À diner, je remarquai avec un certain étonnement que mes hôtes refusaient avec obstination le thé, les galettes et même le beurre. Le galeux Zyoumatounak ne voulut plus s'oindre la tête de mon onguent à dartres. Quel revirement mystérieux l'esprit étroit de ces sauvages avait-il donc subi tout à coup? Avaient-ils reçu quelque important avis de leurs génies, ou bien avaient-ils fait quelque rêve cffrayant à mon endroit? L'Esquimau est demeuré enveloppé de tant de superstitions!

Sidajen, qui reçut cette observation, répondit :

« C’est parce qu'ils se trouvent tout à fait chez eux qu'ils en agissent ainsi. Il ne faut pas t'en étonner et encore moins t'en formaliser.

« Tant qu'ils étaient en pays neutre, sur un territoire depuis longtemps consacré aux échanges, ils se croyaient permis de vivre comme les Indiens et les Blancs.

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« Maintenant, ils sont sur leurs terres, où jamais Dindjié ni Dènè n'ont mis le pied. Ils croiraient offenser leur bon dieu en se conformant à nos communs usages. C'est à nous maintenant de les imiter. »

C'était bien le cas de se rappeler le dicton des ancien: : « Romæ vivile sicut Romæ. »

Nous repartimes en longeant le pied des montagnes Rouges, lesquelles nous accompagneront désormais jusqu'à la mer.

Sur le fleuve, j'aperçois et examine une trappe à renards entièrement faite de glaçons. Elle me fait admirer le génie des Ésquimaux une fois de plus. Aucune difficulté n'arrête ce peuple. Il surmonte tous les obstacles.

Des pas nombreux de pichoukté, l'isatis des Russes, se font remarquer sur la glace, dans ce pays des fourrures chanté par le romancier Jules Verne. En effet, nous longeons le prolongement du cap Bathurst, ce fameux cap de granit que son imagination fit se détacher du continent pour aller se promener, je crois, dans le Pacifique!

Que les lecteurs se désabusent, le cap Bathurst est toujours à sa place, et la diorite dont la nature l’a bâti subsistera autant que le monde.

Ilexiste plusieurs variétés de renards en pays csquiruau, mais elles n'appartiennent qu’à deux espèces, la jaune ou vulgaire, et l’arctique, qui donne des sujets de cinq ou six couleurs : le tériennak ou renard blanc de neige, la plus abondante et la plus commune des fourrures; elle ne vaut ici que 2 fr. 50; le kéatsarolik, qui est noir avec l'extrémité des poils blanche : c'est le renard argenté des Canadiens. Une autre variété de même nom est le renard croisé, dont le pelage noir est coupé, le long du dos, par une raie blanche. Le renard bleu, ou isatis, qui, à mes yeux, est gris de plomb avec de: reflets métalliques, porte le même nom que le renard blanc et est encore moins estimé. Quant au

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superbe érénertork ou renard noir, le plus rare de tous, qui a la couleur et le lustre du corbeau, sa peau est payée 15 francs aux Esquimaux, cette peau que la Compagnie d'Hudson vendait alors jusqu'à 1,000 francs la pièce aux mandarins du Céleste Empire!

Depuis que les Américains ont trouvé le secret de teindre les fourrures d'une manière qui défie l'œil le plus exercé, on fabrique des fenards noirs du plus beau pelage, ctles véritables Ærénertork ont perdu de leur ancienne valeur.

Le soleil se couche. Il cat temps de camper, et cependant Innonarana ne parle pas de bivouac, ni de lampe; mais il s'est singulièrement rembruni et presse le pas, soucieux. Quelle préoccupation agite donc le noble chef?

Nous quittons une quatrième et dernière fois le lit du fleuve des Inconnus pour gravir la rive gauche ct nous enfoncer dans l'intérieur, un autre grand circuit de l’Anderson nous obligeant à ce nouveau portage dans un steppe aussi désolé, aussi morne que les précédents. Les hauteurs du canal ou tkaratsark, dont j'ai parlé plus haut, le bordent à gauche. C’est pour la première fois que nous apercevons cette chaîne de collines qui nous annonce l'approche de la mer Glaciale.

Tout à coup, au bout de deux heures de marche, le sol manque devant nous. Il descend par plusieurs terrasses rapides jusqu'au rivage. L'Anderson reparait de nouveau, mais élargi, formant une vaste et dernière expansion dont le terminus est son déservoir dans la baie Liverpool. (Fig. 4.)

Entre ses rives de 60 à 70 mètres, qui ne sont plus des falaises, mais de simples rivages sédimenteux, j'aperçois une douzaine de grandes huttes de neige disséminées, comme des nids de rats musqués, sur le bassin du Xraksitorméork. C'est le village le plus méridional et le plus. oriental des Esquimaux Tchiglit. 11 appartient à la tribu

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Sitôt que les chiens esquimaux aperçoivent leurs huttes, ils font entendre des hurlements de joie, échappent à leurs conducteurs et, s'élançant à fond de train sur les déclivités du sol, ils roulent pêle-mêle, leur traîneau sur les talons, jusqu'au bas de la côte, et atteignent les premiers la plus rapprochée des huttes.

Tout paraissait congelé et mort à notre approche : point de cris d'enfants jouant et se vautrant dans la ncige; pas de jeunes gens faisant rebondir leurs légers fuseaux sur la surface du fleuve; pas un seul panache de fumée blanche au-dessus de ces dômes blancs et mornes. Mais, aux cris des chiens, plusieurs êtres étranges surgissent de terre à quatre pattes, et se dressent comme des ours sur leurs

jambes de derrière ; puis ils lèvent vers le ciel leurs pattes

de devant et font entendre des AXrayanapa! Krayanana ! répétés. La plus âgée de ces bêtes singulières, douées de queue, de poils et d'oreilles pointues, se frappe sur la cuisse dans un enthousiasme inexplicable : « Æratsia! kralé ! Merveille! merveille! » répète-t-elle.

Mes lecteurs ont deviné. J'avais sous les yeux the femelles, les femmes et la fille de mes hôtes : des femmes vêtues comme des ours avec des sayons de poil, des pantalons velus, des bottes velues, et la tête renfermée dans un affreux ct immense capuchon semblable au chapeau à claque d’un suisse que l'on aurait garni d’une auréole de longs poils l'OUX.

On aurait dit une mascarade.

Mon apparence grave ct mon vêtement noir firent expirer sur les lèvres de ces dames les rires et les exclamations de joie. Elles prirent un air sérieux et presque farouche.

J'allai à elles en souriant, et je leur tendis la main avec toute la gentillesse possible. Elles ne comprirent rien à

mon geste et se défendirent de me donner la leur, cachant leurs bras derrière le dos comme autant de petits enfants craintifs et boudeurs.

Cependant Nouiloumallok et son galeux compagnon, plus hargneux, plus refrognés que tantôt, s'époussetèrent pour la dernière fois et se jetèrent l’un après l’autre dans le trou ténébreux et visqueux qui avait vomi leurs compagnes. Celles-ci les y suivirent, et nous demeurâmes seuls, le général Bottom et moi, à nous morfondre au dehors, avec les chiens pour compagnons.

C'était une réception sinon discourtoise, du moins bien étrange : de grands éclats de rire, un refus 2bsolu de nons donner la main, des regards maussades, puis une éclipse totale de l’une et de l'autre nymphe. Peste de l’entrevue!

Cependant tout celas'expliquait. A l'aspect desa demeure, plus semblable à un grand nid de castors qu’au palais d'un chef puissant , le grand-homme des Tchiglit Kragmalivéit venait d'éprouver cette dépression d'esprit que ressent le pauvre qui reçoit le riche, cette gène, ce malaise de l’humble qui héberge le puissant; car, il ne faut pas se le dissimuler, dans ma pauvreté et mon dénûment, j'étais encore un riche et un potentat aux yeux de ces déshérités de la nature.

Le visage d'Znnonarana s'était donc assombri; il avait témoigné une tristesse manifeste, que son sourire forcé n'avait pu déguiser, en me disant :

— Aralélsey, chef, ma maison est petite, bien petite, trop petite pour tant de monde!

C'est ainsi que j'expliquai plus tard la scène peu hospitalière que venaient de nous donner nos hôtes. Mais alors et de prime abord, je ne compris pas cette réception si peu cérémonieuse. Combien elle différait de la franche gaieté, de l'empressement jovial, de l'enthousiasme enfantin que me témoignaient les Dènè et les Dindjié.

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EXCURSIONS D'H1i

Sidajen, le pauvre général, ment flatté.

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Je ne devine pas pourquoi.

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avoir mis cn sûreté mon traineau et s J'imitai Sidajen dans cette march apprentissage, ma foi ! peu glorieux

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