Sur les différentes races humaines, L. X, p
dû
et se transmettre par l’hérédité; les uns s’effacent avec le temps ou par le mélange, les autres peuvent bien se combiner, s’atténuer par le mélange, mais demeurent indélébiles : ces derniers différencient les races !.
Les races sont au nombre de quatre : blanche, noire, hindoue et hunnique (mongolique); à cette dernière se rattachent les peuplades américaines. Ces races correspondent, d’après leur répartition géographique, aux quatre principaux climats terrestres, et, de cette coïncidence, on peut conclure que la variété des races est précisément due à l’accommodation de certains caractères physiologiques extérieurs, notamment de la couleur de la peau, aux conditions climatériques. Ainsi un climat sec et froid exige, pour empêcher le refroidissement du sang, une circulation plus rapide, une stature plus petite; les humeurs se dessèchent : de là la pauvreté du système pileux; les yeux doivent clignoter pour se défendre de la blancheur fatigante de la neige. On reconnait à cette description le type mongol, merveilleusement approprié aux conditions de vie des grands plateaux du centre asiatique. Le nègre, au contraire, avec ses membres charnus, sa sueur abondante, ses cheveux crépus, la couleur même de sa peau, est bien fait pour résister à l'humidité chaude de la zone torride ?.
Toutefois ces modifications ne sont point dues à l’action mécanique du dehors sur l'organisme. L'influence du milieu peut bien déterminer une différenciation acci-
1. Définit. du concept de race humaine, t. X, p. 57-58. 2. P. 31-42 et 49 et suiv.
dentelle et passagère, mais non pas un caractère définitif et héréditaire. Il faut donc admettre que le climat a simplement développé une disposition naturelle, un germe inhérent à l'humanité tout entière; il n’a été que l'instrument de la finalité.
Cette théorie des races fut vivement critiquée, dans le Mercure allemand de Wieland (oct. et nov. 1786) par G. Forster. Avec une hardiesse que n’ont point dépassée les théoriciens modernes de la génération spontanée, le savant naturaliste, non content de nier l'unité génétique de l'espèce humaine, prétendait expliquer l’origine de l’homme et de la vie en général par des causes purement géologiques, à l'exclusion de tout recours à la finalité. Que vaut cette dernière hypothèse ? C’est ce que Kant ne tarda pas à examiner dans un important article du Mercure allemand (janv.-févr. 1788). Cet article, sur l'Usage des principes téléologiques en philosophie, marque, dans la dernière période de l'histoire des idées de Kant, une date importante. Pour la première fois nous trouvons dans son œuvre un examen approfondi de l’idée de finalité et l’esquisse précise de la théorie que nous trouverons deux ans plus tard dans la Critique de la faculté de juger. L'analyse de cette conception viendra en son temps et nous indiquerons simplement ici le sens général de la critique adressée à Forster. Sans doute l'hypothèse d’une génération spontanée n’est point absurde en soi, mais elle est indémon-
trable et inconciliable avec les conditions de la connaissance. D'une part, en effet, l'organisation harmonieuse des vivants nous oblige à voir dans les parties des moyens par rapport à une fin d'ensemble, qui est la vie; mais d'autre part, l'expérience nous révèle en nousmême, dans notre volonté créatrice du beau ou du bien, l’existence d’un pouvoir agissant en vue de fins. Or nous ne pouvons attribuer à la matière un pouvoir d'organisation intelligente, et nous sommes acculés à cette étrange extrémité, de ne pouvoir à priori accorder à la nature vivante la finalité que nous croyons y découvrir par l'expérience. Conservons donc l'explication finaliste, mais sans oublier qu'elle n’a qu'une valeur purement empirique. C’est, au contraire, en faire un usage métaphysique absolument illégitime que d'accorder à la matière brute le pouvoir d'organiser spontanément
la vie {.
5 2. — Le Progrès de l'humanité.
L'histoire naturelle ne détermine que l’origine physiologique de l'humanité, l’histoire morale envisage son origine et sa fin en tant qu'être libre.
À quel moment et dans quelles circonstances à commencé l'existence morale de l'homme, c’est sans doute ce que l’histoire documentaire ne saurait déterminer. Mais il est permis d'émettre des Conjectures sur l'effet logique,