CHAPITRE IV
A. Les Sources. — Il n’est pas douteux que Kant n'ait eu l'intention et l'espoir de réaliser à bref délai cette Métaphysique de la nature qui, dans sa pensée, devait faire suite à la Critique de la raison pure. La préface de la première édition de ce grand ouvrage ! contenait une promesse formelle qui n’avait pas manqué d’éveiller la curiosité des lecteurs. Il le savait et il écrivait, le 13 septembre 1785, à Christian Gottfried Schütz que l’ « attente du public ne serait pas trompée ? ».
Elle l’a été cependant; tandis que, plus que septuagénaire, Kant devait publier la Métaphysique des mœurs qui allait former avec la Critique de la raison pratique, toute la Phrlosoplue de la liberté, il n’a traité par écritaucune des quatre parties de la métaphysique de la nature que l’Architectonique faisait pressentir : ontologie, physiologie (physique et psychologie), cosmologie et théo-
2, Cf. X, p- 497
logie rationnelles. Tout au plus a-t-il esquissé une introduction à la physique rationnelle dans les Premiers principes métaphysiques de la science de la nature qu'il écrivit pendant l’été de l’année 1785 ! et que nous analyserons plus loin.
Comment expliquer cette lacune si grave dans une œuvre qu’on aurait pu croire arrêtée d'avance dans l’esprit de son auteur? La faute en est d’abord à l’affaiblissement de l’âge. « Je ne suis plus jeune, écrit-il encore dans la même lettre et je n'ai plus la même facilité qu’autrefois pour me mettre rapidement au ton de travaux différents. Je suis obligé de tenir mes pensées en un faisceau serré si je ne veux pas perdre le fil qui relie tout le système ?. » Or les circonstances l’amènent plus d’une fois à rompre la suite logique de ses méditations. IL lui faut répondre aux objections suscitées par la Critique, résumer celle-ci sous une forme analytique, partant plus claire, dans les Proléjomènes (1783), rééditer la Critique avec une introduction nouvelle et d'importants remaniements (1787). Il se plaint en outre, dans une lettre à Reinhold du 7 mars 1788, de la surcharge que lui imposent depuis trois ans ses fonctions de doyen ou de recteur.
Mais à ces raisons tout extérieures, qui suffiraient à justifier de moins laborieux, il en faut joindre, croyonsnous, deux autres plus profondes. La première critique