‹ Les Grands Philosophes: KantChapitre 68 sur 139 · T. I, p. 356 (trad. Tissor, p · texte numérisé non relu

T. I, p. 356 (trad. Tissor, p

1775-1795 !. Mais ces notes, jointes à quelques passages des trois Crifiques et à quelques opuscules postérieurs à la Raison pure ?, nous permettront-elles de nous faire une idée précise de la métaphysique kantienne? L'abondance des matériaux nous aide moins ici que leur diversité ne nous déconcerte. On a peine à reconnaitre dans telle lecon de métaphysique l’auteur de la Critique. Sans doute l’inintelligence des auditeurs et l'imperfection-de leurs notes expliquent dans une certaine mesure la discordance du cours et du livre; on peut admettre aussi que l’assujettissement au texte de Baumgarten, d'après lequel Kant professait la métaphysique, ait introduit quelque confusion dans l'esprit des auditeurs et gèné le maître Ini-même dans le développement de sa propre pensée; il est possible enfin, comme le croit Arnoldt, que notre philosophe se soit fait scrupule de rompre radicalement avec la métaphysique traditionnelle devant de jeunes intelligences prédisposées, peut-être, à n’en saisir que l'aspect négatif :

1. Vorlesungen über die Metaphysik (1821); Vorlesungen über die philosophische Religionslehre (1817), publiées par PôLirz, aux dates cidessus mentionnées. Les premières ont été commentées abondamment par E. ArNoLpr dans ses AXril/ische Excurse im Gebiete der Kant-Forschung, Kænigsberg, 1894, et par M. Heinze, Vorlesungen Kants über Metaph. aus 3 Semestern, extrait du tome XIV des Abhandl. der hünigl. sächs. Gesellsch. der Wissensch., où l’on trouve en outre l'analyse et des extraits importants de manuscrits inédits, Leipzig, 1894.

2, Notamment : Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée (1786) ; Sur l’échec de toute tentative philosophique en théodicée (1791); Les progrès réels de la métaphysique enAllemagne depuis Leibniz et Wolff (1791 publié en 1804); Logique (publiée en 1800).

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toujours est-il que les /eçons qui nous sont parvenues présentent un singulier mélange de hardiesse critique et d'assurance dogmatique. Il convient donc de n'user de ces textes qu'avec une extrême réserve et nous nous contenterons de résumer les conceptions métaphysiques de Kant qui se dégagent comme bien définitives dans sa pensée. Il va sans dire que nous insisterons davantage sur la physique rationnelle, que deux documents au-

thentiques nous permettent d'exposer.

B. Valeur générale et méthode de la métaphysique. — La Critique de la raison pure a par avance délimité le domaine de la métaphysique. A cet effet, elle s'est livrée à trois opérations successives : la première est ja théorie de la science, qui démontre la nature phénoménale du monde physique, et, du même coup, ruine à jamais, au profit de l’idéalisme transcendantal, les prétentions du matérialisme qui prétend ériger les corps en choses en soi; la seconde est l’anéantissement de la métaphysique dogmatique, qui prétend vainement étendre à des objets suprasensibles l'exercice de l’entendement; la troisième enfin, tout en déniant à la raison spéculative le pouvoir d'atteindre l'absolu, reconnait en elle une tendance irrésistible à concevoir à priori l'unité systématique et totale du réel, à construire un monde intelligible par-delà le monde sensible. Mais il reste bien entendu que cette construction n'a qu'une valeur idéale. Dieu et l’âme ne pourront à aucun prix être considérés comme des objets que l'entendement puisse apercevoir au

même titre que des objets naturels. Ces réserves formulées, rien n'empêche la raison de concevoir un monde intelligible. Elle n’est pas, comme l’entendement, limitée dansson usage par la sensibilité : elle limite la sensibilité, mais elle ne l’est pas par elle. Construire par la raison un monde idéal, qui soit comme le prolongement à l'infini du monde phénoménal, mais interdire à l’entendement de se prononcer pour ou contre la valeur objective de ces constructions, tel est l’objet et telle est la méthode de

la métaphysique kantienne!.

C. Ontologie rationnelle. — L'ontologie, d’après l'Architectonique, « considère seulement l’entendement et la raison mème dans un système de tous les concepts et de tous les principes qui se rapportent à des objets en général, sans admettre des objets qui seraient donnés? ». Kant l'appelle dans son cours une « Logique transcendantale »*. Aussi n’y trouverons nous guère plus qu'un résumé de la Critique de la raison pure, y compris l'esthétique. N'oublions pas, d’ailleurs, que les cadres traditionnels du vieil enseignement académique ne permettaient pas à l’auteur de la Critique de consacrer un ou plusieurs semestres à l'exposition de ses

recherches personnelles. L’ontologie est donc pour lui

1. V. notamment : Crit. de la Raison pure et Prolégomènes, passim; Les progrès réels de la métaphysique, etc., t. TT, p. 413-430.

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