‹ Les Grands Philosophes: KantChapitre 96 sur 139 · Sur ce proverbe, elc., p · texte numérisé non relu

Sur ce proverbe, elc., p

. Projet de paix, p. 455 (327). Cf. Conflit des Facullés, t. I, P. 295-296.

Eh

quels qu'ils soient, la pureté de l'intention, c’est-à-dire la conformité du mobile de l’action avec la seule maxime de l’impératif catégorique. Cette adhésion de la bonne volonté au devoir pur, à l'exclusion de tout mobile de cœur ou d'intérêt, nous oblige à une lutte de tous les instants contre les inclinations les plus naturelles de notre sensibilité; aux difficultés de l’épreuve, à la vigueur du combat, se mesure l'énergie du combattant, et l'on appelle vertu le courage moral avec lequel nous résistons aux penchants üe la nature sensible, pour n'obéir qu'à la seule loi du devoir!.

En un sens, tout devoir de droit est aussi un devoir de vertu en tant qu'il peut ètre accompli par pur respect de la loi, et l'on peut ajouter que tout devoir implique en nous un droit de l’accomplir; cependant Kant n’étudiera sous le titre de devoirs de vertu que ceux auxquels ne correspond aucun droit chez autrui ?.

Le devoir exige de nous la renonciation à tout mobile sensible. Est-ce à dire qu'il interdise à notre volonté de rechercher aucune fin? Une pareille loi morale serait une forme abstraite et vide, et l’on ne peut concevoir une volonté libre qui se déciderait sans se proposer une fin. Il importe seulement que la fin à laquelle la volonté s’imposera l'obligation de tendre, soit une fin de valeur absolue, rationnelle et non point sensible; et, l'Établissement de la Métaphysique des mœurs nous l'a

IUT ON, p-202111)}etssuiv.

appris déjà, cette fin ne peut être que la dignité de la personne humaine.

De là cette double fin morale de la volonté : /a perfection de soi-même, — le bonheur d'autrui.

Perfection de soi-même, et non pas bonheur personnel: car le bonheur est une fin de la nature et non de la 2berté et ce ne peut être une obligation de rechercher ce que tout le monde veut naturellement; il s’agit, au contraire, pour l'homme de se donner librement ce que la nature ne lui assure point d'elle-même : la culture des facultés, le savoir, l’adoucissement des mœurs, l’habitude de l’action morale.

Bonheur, et non pas perfection d'autrui; c’est la dignité de l'homme de ne devoir qu’à lui-même sa perfection; au contraire, le bonheur ne dépend pas de la volonté, et nous devons, sinon imposer à autrui certaines formes de bonheur (car il est seul juge de ce qui est propre à le rendre heureux), du moins écarter de lui, en vue de son bien moral, la douleur, l’indigence, qui sont « mauvaises conseillères!. »

Ces deux maximes : « recherche ta propre perfection » et « travaille au bonheur d'autrui », ne comportent point la rigueur et la précision des formules juridiques. Celles-ci, ne déterminant que la conformité extérieure des actes à la Loi, établissaient une distinction tranchée entre le tien et le mien. Les devoirs de vertu, dans le détail, ne s’accommodent pas d’une pareille exactitude.

Sans doute la maxime générale : « Cultive les facultés de ton corps et de ton esprit de facon à les rendre propres à toutes les fins qui peuvent s'offrir à toi », exprime un devoir strict. Mais quelles seront ces fins particulières? Elles varieront selon les positions sociales, les circonstances. La perfection intérieure elle-même ne peut être l'objet que d’un commandement général. Car « qui peut se flatter de pénétrer avant dans les profondeurs de son propre cœur? > Qui peut juger du degré de perfection auquel il estarrivé ? Combiende vies extérieurement pures cachent au dedans une profonde médiocrité morale ? De même, qui déterminera à priori les limites auxquelles doit s'étendre le sacrifice de mon bien-être au bonheur d'autrui? Dans les deux cas, l’obligation consiste simplement à travailler dans la mesure du possible à la réalisation de la. loi. Quant au détail des cas moraux, il est affaire, non de science, mais de casuistique ; celle-ci s'ajoute à la science, comme les applications s'ajoutent aux théorèmes et résolvent les problèmes posés par l'expérience‘, Ainsi la morale kantienne, malgré la simplicité et la rigueur de ses formules initiales, se pliera sans effort aux nécessités et à la diversité de la vie réelle; Kant lui-même, dans maint chapitre de la Doctrine de la vertu, nous apparait comme un casuiste avisé, qui n’ignore rien des subtilités de la conscience et de la complexité des problèmes pratiques.

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