AZOTE
ACIDE CARBONIQI'B.
lo 3,8
Il résulte donc de là qu<» la proportion d'oxyg^ène contenu dans le sanf^ artériel s'accroît quand Tair ambiant se rofroidil, et que cette proportion diminue quand il s'échaulTo. Ce fait, suivant les expressions mêmes de Matliicu et l'rbain, s'accuse aux changement^ de saison, et même à la suite des oscillations journalières de la température. Dès lors on peut comprendre comment le séjour prolonj^é dans un milieu dont la température est excessive peut amener à sa suite une anémie analogue à l'anoxyliémie de Jourdanct. Dés lors on conçoit Tinfluence sur la santé de Thomme de l'habitation dans les climats chauds et plus spécialement dans les climats tropicaux, dont la moyenne thermique est toujours supé-
(1) Ces deux tableaux proviennent «les exp>'Tience^ citées de Mathieu et Urbain.
rîeurc à 20 degrés. Dans ces climats, comme Ta encore montré t. Sullivan (1) dans ces derniers temps, l'anémie est Irés-fréquente, :aDt chez les sujets acclimatés que chez les nouveaux venus. Cette inémie, qu'il ne faut pas confondre avec la cachexie aqueuse des ropiques, sur laquelle nous reviendrons, se caractérise par la )àleur générale, par les soufiles vasculaires, la dyspnée, les palpiâUons et une constante dépression des forces. Plus tard, il y a ;endance aux œdèmes et aux épanchemenls dans les cavités séreuses. Pour en obtenir la guérison, les Européens doivent être rapatriés.
L'action de la lumière sur les échanges gazeux de la respiration nous est moins connue. On sait cependant, depuis les expériences de Moleschott (2) sur des grenouilles, que ces aninaux dégagent plus d'acide carbonique, et que partant les com- Histions organiques sont plus éneipques chez eux quand ils sont Mnimis à l'action de la lumière que quand on les maintient dans 'obscurité. On sait aussi que des hommes d'une même iMce, habiant une même contrée, présentent des différences notables suivant qu'ils vivent au grand air, au grand soleil ou qu'ils résident dans es rues étroites des villes, dans les mines ou dans les prisons souerraines. Les uns sont vivement colorés et pleins de vigueur; les lutres paies, anémiques, sont souvent d'une grande faiblesse. Celendant ici se rencontrent un grand nombre d'autres facteurs qui )euvent amener l'anémie à leur suite, et il est difficile de préciser 'influence réelle de la privation de la lumière dans ces cas.
Les altérations des appareils où se font les échanges respiratoires^ ?ous k* comprenez facilement, entraveront plus ou moins rapilement, plus ou moins complètement la nutrition gazeuse du nilieu intérieur et produiront par conséquent Tanémie tôt ou lard. Pour ce qui est de Tapparcil pulmonaire, toutes les lésions matéielles qui peuvent amener le rétrécissement des conduits de l'air usqu'«i la surface respirante doivent être citées en première ligne. Test ici qu'il faut mentionner les rétrécissements des fosses nasales, les polypes du nez, les polypes naso-pharyngiens, le gonflement liypertrophique des amygdales, les hypertrophies de la base de la langue, toutes lésions qui gr-ncul le passage de l'air jusqu'au larynx. Ici viennent prendre rang les polypes laryngiens, les hypertrophies
(I) SullÎTan, Anœmia in tropical climates (Med. Times and Gai,, 1875). (i) MoIcM^hoU, cité par Carlct, art. RESPiRATiOïf du Diction, encijcl. des se. tnéd.y Masion, 1876.
du corps thyroïde, les gonflements des ganglions du cou et certains anévrysmes de la crosse de Faorte. Toutes ces productions pathologiques compriment ou oblitèrent plus ou moins le larynx et la trachée et font obstacle à la libre circulation de l'air. L'engorgement des ganglions bronchiques, les tumeurs du médiastin peuvent exercer une action semblable sur les grosses bronches. Enfin les catarrhes chroniques des bronches grosses et petites, en raison des mucosités qu'ils produisent, mettent encore obstacle à la circulation aérienne. En second lieu, il faut noter les altérations diverses qui diminuent la surface respirante du poumon et la font tomber au-dessous de 200 mètres carrés, son étendue physiologique. Les épanchements pleurétiques comprimant tout ou partie d'un ou des deux poumons, les tumeurs nées dans les organes abdominaux et refoulant les poumons, la cirrhose pulmonaire, la tuberculose de cet organe et les pneumonies lobulaires qui en sonl la conséquence, les cancers du poumon, enfin l'emphysème qui enlève à cet organe son élasticité normale et détruit en même temps un grand nombre de ses vaisseaux capillaires, voilà une série de lésions qui ont une influence des plus fâcheuses sur les échanges respiratoires et qui forcément, après un temps plus ou moins long, ont l'anémie pour conséquence.
Du côté de l'appareil cutané où, vous le savez, il y a absorption d'oxygène et rejet d'acide carbonique, des lésions étendues peuvent compromettre cet échange de gaz et nuiie par conséquent à la nutrition du milieu intérieur. Je vous rappelle ici les expériences de vernissage des animaux faites par Fourcault (1), Bouley (2), Edenhuisen (3) et plus récemment par Socolofl* (4) et par Feinberg (5). Je vous rappelle également que la suppression de la respiration cutanée a des efi'cls nuisibles puisque, chaque trente-huit mouvements respiratoires, il reste alors dans le sang une quantité d'acide carbonique égale à celle qui est normalement rejelée par une expiration. Dès lors on conçoit que les brûlures d'une très-grande étendue, que les maladies de la peau envahissant une surface consi-
(1) Fourcault, Causes générales des maladies chroniques, 1814.
(2) Bouley, l)e Vinfluence des sécrétions cutanées sur Vintégrité des fonction» génér§les de V organisme, 18ôO.
(3) Edenhuisen, Beilràge iur Physiol. der Haut, 1861.
(4) SccolofT, Versuche uber das l'ebenielten des Thiere mit Substamen welche die Hûutperspiration verhinden (Centralb., 187i,.
(o) Feinberg, IJeber Firnissung der Thiere iArch. f. path. Anat. und Phffs., 1873>.
ANÉMIES D*ORIGIKE RESPIRATOIRE. 651
dérable : le psoriasis, Teczéma, Therpétide maligne exfolialrice, la variole confiuente, etc., puissent devenir une cause manifeste d'anéraie en raison de l'obstacle qu'elles apportent au fonctionnement régulier de la respiration, indépendamment des autres troubles qu'elles déterminent dans la nutrition générale de l'économie. Mathieu et Urbain (1), du reste, ont démontré dans ces derniers temps que le sang des animaux vernissés perd de sa propriété physiologique d'absorber les gaz, de telle sorte que l'hématose pulmonaire est elle-même bientôt entravée. En effet, chez un chien enduit de goudron depuis quatre jours, le sang ne pouvait plus absorber que 14^ d'oxygène pour 100, tandis qu'avant l'expérience ce même sang en dissolvait 23", 25 pour 100. Le sang d'un autre chien, après cinq jours de vernissage, ne prenait plus que 8*=*',50 d'oxygène pour 100.
Mais l'intégrité des échanges gazeux, quand les appareils où ils se font sont à l'état normal, réclame encore d'autres conditions:
Il faut tout d'abord que le passage du sang à travers les vaisseaux capillaires ne se fasse pas avec une trop grande rapidité. Depuis les recherches de Cl. Bernard, on sait que le sang qui traverse un muscle dont les nerfs sont sectionnés revient rouge dans les veines, en raison précisément de son rapide passage à travers les vaisseaux capillaires. Ici il n'y a pas eu de perte d'oxygène ni d'absorption d'acide carbonique. Dans le poumon un phénomène du même genre se produit mais en sens inverse. Lorsque le courant sanguin s'accélère, l'acide carbonique n'est pas rejeté et il n'y a pas absorption d'oxygène d'une manière aussi complète. La preuve de ces faits a été fournie par Mathieu et Urbain dans leurs analyses des gaz du sang. En sectionnant le pneumogastrique, puis éleclrisant l'extrémité périphérique de ce nerf, ces auteurs ont agi sur la rapidité du courant sanguin et prouvé que plus'ce courant s'accélère dans le poumon, moins le sang absorbe d'oxygène et moins il dégage d'acide carbonique. D'après ces faits il est facile de comprendre au moins en partie comment la surexcitation nerveuse, les émotions violentes, les chagrins répétés peuvent produire l'anémie à leur suite. Les sujets placés dans ces conditions ont, en effet, le plus souvent une notable exagération du nombre des battements du cœur et conséquemmcnt leur circulation pulmonaire est beaucoup plus rapide qu'à l'état normal.
(1) Mathieu et Urbain, Causes et mécanisme de la coagulation du sang et des principales substances albuminoides. Nasso;i, 1875.
En second lieu, il faut qne le sang puisse passer facilement à travers les vaisseaux du poumon, qu'il n'y rencontre pas d'obstacle. La circulation pulmonaire doit donc se faire facilement; car, s'il en est autrement, une partie du sang n'absorbe pas suffisamment l'oxygène et ne rejette pas suffisamment l'acide carbonique. Les maladies du cœur ou des gros vaisseaux sont les sources do l'anémie qui naît sous cette influence. Dans ces maladies, en effet, quel que soit leur siège, quelle que soit leur nature, on observe toujours un état d'anémie dans leurs périodes ultimes, c'est-à-dire quand le cœur, perdant de sa force contractile, ne lutte plus efficacement pour assurer la ré^Iarité du courant sanguin. Les lésions des orifices ou des valvules, plus spécialement peut-être l'insuffisance aortique, les dégénérescences diverses du muscle cardiaque, les lésions aortiques qui gênent la circulation amènent donc une anémie spéciale qui, poussée à Texlrème, constitue la cachexie cardiaque. Les analyses de Lecanu ont montré que, dans les affections du cœur, le chiffre des globules peut tomber à 79 chez l'homme et à 59 chez la femme.
Enfln dans une dernière série des causes amenant l'anémie par altération dans la nutrition gazeuse du sang, il faut placer la sàppression des actes de l'organisme qui favorisent l'hématose. Je ne vous parlerai ici que de l'exercice musculaire. Il est bien établi que la vie sédentaire et le défaut de mouvements exercent une influence débilitante sur tout l'oi^nisme. Les femmes occupées aux travaux d'aiguille, les tailleurs et les cordonniers dont le travail ne comporte que peu de mouvements, les hommes de lettres et les employés do bureaux, sont très-souvent atteints d'anémie. Or la physiologie nous montre l'origine de cet étu morbide. En effet, Lavoisier et Séguin l'ont déjà prouvé, la consommation d'oxygène est plus grande pendant l'exercice que pendant le repos, et, comme l'ont montré Scharling (1), Yierordt(:2) et wSmith (;}), l'élimination de l'acide carbonique augmente avec le travail musculaire. Du reste, pendant le repos complet, la quantité d'acide carbonique exhalé est souvent beaucoup trop faible eu égard à la proportion d'oxygène ingérr, et conséquemmont des produits d'oxydation incomplète s'accumulent alors dans l'économie (Wundt). Ces faits ont reçu une nouvelle démonstration des recherches de Mathieu et Urbain sur les gaz
(I) Scharling, Liehig's Annalen, t. XLV. {i) Yierordl, Phijsiol. dex Athmenx^ 1815. (3j Smith, Phiios. Trant., 1859.
ANÉMIES D'ORIGINE INANITIVE. 653
du sang, puisque ces auteurs ont fait voir que, pendant le travail musculaire, la quantité d'oxygène augmente dans le sang artériel tandis qu'elle diminue notablement dans le sang veineux.
Les anémies (Torigine inanitive sont celles qui résultent du défaut d'apport au milieu intérieur des matières solides ou liquides destinées à son assimilation. Ces anémies apparaissent quand les conditions qui régissent le fonctionnement régulier des appareils de la digestion et de l'absorption cessent d'être remplies. Or ces conditions sont les suivantes :
11 faut i*" qu'il y ait alimentation; S"" que cette alimentation soit suffisante comme quantité; 3** que la qualité des aliments soit convenable et appropriée aux conditions physiologiques des sujets. Ces diverses conditions se rapportent aux ingesta eux-mêmes. II faut en outre l"* que les ingesta puissent parcourir en toute liberté le tube digestif; 2^ que daQS leur trajet ils aient pu subir les modifications diverses qui assurent leur digestion et les rendent aptes à l'absorption, et conséquemment que la digestion stomacale et la digestion intestinale soient parfaites; 3** que Tabsorption soit par les veines, soit par les vaisseaux lymphatiques puisse avoir lieu. En réalité ce n'est que par l'accomplissement parfait de toutes ces conditions que l'assimilation des matériaux nutritifs est assurée pour le milieu intérieur, et quand les unes ou les autres cessent d'être remplies, il en résulte une assimilation incomplète qui a pour conséquence ultime l'inanition des sujets. Or vous allez le voir, l'inanition conduit à l'anémie très-rapidement.
Les travaux expérimentaux de Chossat (1), Boussingault (2), Bidder et Schmidt (3), ceux plus récents de Bischoff et Voit (4), de Panum (5) et de Ranke (6) ont démontié que l'animal privé de nourriture consomme sa propre substance et devient auiophage. Cet autophagisme de l'inanition est établi par la perte du poids de l'animal qui se produit d'une manière assez uniforme pendant tout le temps que dure l'inanition. La perte peut être poussée jusqu'aux 40 centièmes et au maximum aux 51 centièmes du poids primitif; mais il est à remarquer qu'au-delà de ces
(I) Chossat, liecherdies expérimental ss sur Vinanitioiiy 18^. (î) Boussingault, Anrmles île chim. et de phtjs.y I84i. (3) Bidder et S<*hmidt, Die Verdauungssœfte utul dcr Stoffwechsel ^ 185:2. (i) Bischoiï iind Voit, Die Gesetie der Ernàhrung der Fleischf ressers ^ 1860. (5) Panum, Experimentelle Untersuchungen iur Physiologie uud Pathologie der Transfusion und Ulutmenge, 18&i.
(G) Ranke, lieidierl's und Dubois s Arch., 18Ci.
65i LES GRANDS PROCESSUS MORBIDES.
limites extrêmes elle est incompatible avec la conservation de la vie. C'est là une loi physiologique qui ne souffre pas d'exception et, comme Bourchardat (1) Ta montré, quand, au lieu de priver complètement les animaux de nourriture, on les soumet seulement à une alimentation insuffisante, on éloigne le moment de la mort, mais on ne Tempéche pas de survenir quand le poids initial a diminué des 40 centièmes. L'autophagisme est pareillement prouvé par la présence de Turée dans Turine, présence qui indique la destruction des matières albuminoïdes de l'organisme et persiste jusqu'au dernier moment, bien qu'il y ait une diminution progressive du chiffre de celte substance. 11 reçoit de nouvelles preuves dans le résultat des autopsies qui, d'après les expériences de Voit surtout, établissent les pertes subies par les différents tissus. Ces pertes se feraient, pour 100 grammes de tissu, d'après la série décroissante cousignée dans le tableau suivant :
PEHTES DES TISSUS DANS l'inaxition (d'après Voit).
Tissu graisseux 97,00
Rate 66,70
Foie 53,70
Tissu musculaire 30,50
Reins 25,90
Poumons 17,70
Pancréas 17,00
Tissu osseux 13,90
Tissu nerveux (encéphale, moelle) 3,20
Cœur 2,60
Les autopsies montrent aussi, d'après les recherches de Manassein (2), une dégénérescence graisseuse du cœur, des reins et du foie, et parfois dans les muscles la dégénérescence de Zenker. Dans le foie suivant Tscherinow (3), il y aurait au moment de la mort disparition presque complète de la matière glycogène.
Le sang s'altère manifestement. Contrairement aux résultats obtenus par Chossat et Bidder et Schmidt, qui croyaient que la masse totale de ce liquide diminuait de 60 centièmes de sa quantité normale, on sait aujourd'hui, depuis les travaux de Panum et
(1) Boucliardat, De Valimentation insuffisante, iSôi.
(2) Manassein, Zur Lehre von der Inanition (CentralhL, 18C8).
(3) Tscherinow, Veber die Abhdwjvjkeit der Ghjcogengthaltes der Lther von der ErndIiTung, 1865.
ANÉMIES D*ORIGINE INANITIVE.
de Ueidenhain (1), que le rapport de la masse du sang au poids du corps n'est pas très- notablement changé, et Voit estime que la perte totale du sang est égale à 27 pour 100. Mais si le sang varie peu, comme masse relative, il est certain que sa constitution se modifie. D'après Mathieu et Urbain ('â), sa densité baisse pendant l'inanition ; chez un chien, la densité du sang qui était de 1058,09 avant l'expérience, tombe, après quatre jours de jeûne, à 1051,11, et, après douze jours, elle n'est plus que de 1037,69. En môme temps on constate une diminution progressive dans l'oxygène du sang artériel, puisque, chez ce même animal, l'oxygène a donné les chiffres suivants : après dix-huit heures de jeûne, 1 9^,18 pour 100 ; après quatre jours 17",59; après douze jours 9", 88. L'eau augmente ordinairement dans le sang, et ce fait a été constaté par Denis; chez une jeune fille soumise à la diète pendant quinze jours, il a vu l'eau du sang monter de 787, son chiffre normal, à 829 pour 1000. Enfin l'albumine diminue d'une façon notable, puisque sa perte peut être de près de 50 pour 100. Ces altérations du plasma s'accompagnent rapidement de la destiniction des globules rouges, comme déjà l'avaient montré Lecanu (8), Gavarret (4) et Poggiale (5), qui ont vu le chiffre de ces éléments tomber de 127 pour 1000 à 82 et au-dessous. Contrairement aux résultats de Panum, les numérations faites par M. Malassez, à l'aide de son compte-globules, ont mis hors de doute la destruction des hématies. Les tableaux suivants, empruntés à M. Lépine (6), le démontrent parfaitement.
DESTRCCTION DES GLOBULES ROUGES DANS l'INANITION (cOCllOD dinde).
JOUHS.