‹ Les grands processus morbides; leçons de pathologie généraleChapitre 199 sur 217 · i fois · texte numérisé non relu

i fois

ai —

lc,8

Combes

Veyne

Paget

Sibloy

West

Totaux

127 fois.

(1) WaiTcn cité par Hénocque, art. CARCINOME du Diclififi. encycl. des se. méd.^ 1871.

(2) Mitivié, Hérédité morbide, 1861.

(3) Broca, Traité des tumeurs , t. 1, 1866.

CARGINOSE. ÊTIOLOGIE. 1179

Si rhérédité de la carcinose ne peut donc plus être mise en doute, nous ne sommes pas complètement fixés sur la proportion suivant laquelle s'exerce son influence, et les statistiques, qui donnent des résultats très-difTérents ne nous permettent que d'arriver à une approximation toute relative; le tableau précédent le démontre :

D'après la moyenne de ces statistiques diverses, la proportion des cas de cancers héréditaires serait donc d'environ 13 pour 100 ou de 1 sur 7. Cette proportion est bien moindre que celle de la tuberculose héréditaire; et, suivant M. Hénocque (1), dont je suis assez disposé à admettre l'opinion, l'on peut en attribuer la cause à ce que la carcinose étant ordinairement une maladie de l'âge déjà avancé, les enfants sont nés depuis longtemps quand elle se développe chez les parents.

L'hérédité n'agit pas seulement comme cause initiale dans le développement de la carcinose ; si l'on en croit la statistique de Moore (2), elle influerait aussi sur l'époque de l'apparition du mal. D'après cet auteur, le cancer héréditaire se montrerait presque toujours dans les premiers temps de la vie; on rencontrerait ici le même fait que déjà nous avons noté pour la tuberculose. Dans une statistique où Moore a réuni 101 cas de carcinose héréditaire, il en a trouvé 79 qui s'étaient montrés avant l'âge de cinq ans, tous les autres s'étaient développés avant vingt et un ans.

Nous ne savons pas si la puissance héréditaire s'accroît ou diminue après le passage de la maladie dans plusieurs générations. En tenant compte des faits relatés dans l'observation de M. Broca, il sembleiait qu'elle s'aflaiblit progressivement, puisque, chez les petits-enfants de cette mère morte d'un cancer, il n'y en a que 9 sur 18 qui sont atteints, tandis que ses enfants meurent tous de cancer; déplus, sur 10 descendants de la troisième génération, un seul est frappé. D'un autre côté, certains auteurs prétendent que, par le passage du mal à travers des générations successives, la malignité de ses productions diminuerait considérablement et que, par exemple, un épithéliome glandulaire mou (cancer encéphaloïde vrai) serait remplacé à la troisième ou à la quatrième génération par un sarcome. Dans l'étiU actuel de la science, il est difficile de se prononcer sur ces questions qui ne sont pas encore élucidées. L'apparition du cancer héréditaire dans les premiers temps de la vie semble cependant indiquer une aggravation du mal par suite

(1) Hénocque, art. Carcinome du Diction, encycl. des se. méd., 1871.

(2) Moore, The antecedenl Conditions of Cancer (Drit. med. Journ.^ 1865).

de l'hérédité même; nous sommes donc ici en présence de faits contradictoires.

Comme pour la tuberculose, les sujets qui ont des ascendants cancéreux ne sont pas forcément voués à la carcinose; il en est, en grand nombre, qui échappent à la maladie, et souvent ce sont les enfants de ces derniers qui sont atteints ; dans ce cas, la carcinose saute une génération, circonstance montrant bien que l'hérédité ne transmet pas ordinairement la maladie elle-même, mais une prédisposition morbide, qui peut rester à Télat latent, pour ainsi dire, si d'autres circonstances étiologiques ne viennent concourir à sa manifestation.

On a aussi parlé d'hérédité collatérale. Rooenstein (1) rapporte le cas d'un homme qui mourut d'un cancer de la jambe ; la sœur de sa mère avait eu un cancer de la jambe; il y aumit donc eu transmission par une tante. Que dire de cette espèce d'hérédité ? Rien jusqu'à ce jour; caries documents nous font défaut et il faudrait, pour établir une statistique sérieuse, remonter fort loin dans les familles et voir si les cas de ce genre ne sont pas simplement des cas à'alavismey ou la maladie a sauté une ou plusieurs générations.

La carcinose est de tous les âges; l'on peut même rencontrer des tumeurs cancéreuses congénitales; cependant, de toutes les tumeurs congénitales, ce sont les plus rares. Tous les âges n'en sont pas aussi fréquemment tributaires et les statistiques établissent approximativement à cet égard les règles suivantes :

D'une manière générale, on peut dire avec sir J. Paget (:2) que le cancer augmente de fréquence depuis la naissance jusqu'à la vieillesse; cependant, comme l'ont établi les relevés de Moore, la maladie est plus fréquente dans les cinq premières années que dans les suivantes et jusqu'à l'âge de trente ans. A partir de cet âge elle augmente beaucoup de fréquence, augmente encore jusqu'à soixante ans, et atteint le maximum entre cinquante et soixante ans. Aprt»s soixante ans. il y a diminution et l'on observe un certain rapport entre cette diminution et l'augmentation des âges précédents, de telle sorte que la mortalité par carcinose semble être aussi grande entre soixante et soixante-dix ans qu'elle l'est entre quarante et cinquante ans. La diminution continue de soixante-dix à quatrevingts ans; à cette époque de la vie la proportion des décès est sensiblement semblable à celle de la période comprise entre trente et

(1) Roscnstcin, Traité pratique des maladies des reirvi^ 1874. (2j Paget, Lectures ou surgical Pathology, 1863.

CARCINOSE. ÊTIOLOGIE. 1181

quarante ans. Enfin, à partir de quatre-vingts ans la carcinose devient rare ; elle disparait presque complètement] au-delà de quatre-vingtdix ans. Le tableau suivant, dont les documents ont été empruntés à M. Salle (1) et qui résume les statistiques de plusieurs auteurs, montre bien ces modifications de fréquence suivant les différents âges de la vie :

Page 1