‹ Les grands symptômes neurasthéniques: pathogénie et traitementChapitre 46 sur 56 · V. — La psychothérapie · texte numérisé non relu

V. — La psychothérapie

. Tous les monographes de la neurasthénie ne nianqu(Mit point de consacrer, dans leur chapitre traitement

ùae place importante à la cure psychothérapique. S'il faut entendre par ce mot l'emploi méthodique de la suggestion mentale, je pense, on sait déjà pourquoi, qu'il n'y a point à proprement parler de psychothérapie «lirecte qui soit capable de supprimer les grands symptômes neurasthéniques.

Quand un état morbide naît tout entier de l'idée, comme c'est le cas pour l'hystérie, il n'y a point d'autre traitement rationnel, et en fait efflcace, que le délogement de l'idée par l'idée. Mais je pense qu'il est désormais établi par tous les arguments accumulés au cours de cet ouvrage, que le neurasthénique vrai n'est pas passible de la suggestion ; que, chez lui, Fétat intelle c- (uel ne survient que secondairement à l'état affectif, à l'état d'émotion % lequel dépend essentiellement de tout l'ensemble des signes somatiques dont nous avons consta,té, mesuré, la réalité objective.

Mais dans les cas de neurasthénie très ancienne et puissamment enracinée, nous avons constaté que — tout en étant un résultat de l'empêchement fonctionnel «les organes, et une conséquence des troubles de la nutrition, — l'état mental finit par se constituer, à la longue, une personnalité quasi indépendante, si bien qu'il reste «encore quelque chose à faire après qu'on a replacé l'organisme au cran de l'activité normale. Ce sont alors de véritables idées fixes secondaires, qu'il est parfois très

(1) Vo'iv État mental neurasthénique, ch. ix, p. 240 et suiv.

long de pourchasser jusqu'à destruction totale. Ancré depuis longtemps dans la tristesse, dans Tinactivité et dans la peur, qui, devenues habituelles, constituent à la lettre une seconde nature, Tespril, interprétant toutes les choses, fut-ce les plus heureuses, dans le sens pessimisme, est absolument comparable à quelque forteresse dont il faut savoir faire patiemment le siège, pour la prendre d'assaut en un jour opportun. Ici, la psychothérapie a son rôle bien défini.

Et, d'autre part, il est certain que, pour n'être pas suggestible au sens précis du mot, le neurasthénique est pourtant impressionnable, il a besoin d'être compris de son médecin, de pouvoir lui parler et lui faire ses confidences sans susciter chez lui Timpatience ou l'ironie. Avide de sympathie plus encore que d'encouragement, il recherche un cœur fraternel pour épanclier son cœur débordant de tristesse ; il faut, qu'en arrivant dans le cabinet du docteur, son âme toujours inquiète éprouve le sentiment de sécurité retrouvée, de bon tuteur, d'appui solide.

C'est encore là une façon de traitement moral que je tiens pour fort importante. Tout médecin qui n'inspire pas confiance aux neurasthéniques, ne revoit guère ses malades et par conséquent ne leur fait aucun bien.

Dans le Traité de [thérapeutique appliquée de Robin, M. Brissaud dit à ce propos des choses excellentes; celles-ci par exemple : « le médecin devra donc éviter tout ce qui pourrait diminuer le petit reste de cette confiance

que le malade veut bien lui accorder conditionnellement. Il est sûr d'atteindre son but en ne disant que la vérité. Si le neurasthénique découvre qu'il a été trompé, il n'admet même pas la bonne intention pour excuse ou circonstance atténuante. Il constate simplement qu'on le trompe, par exemple en lui annonçant que sa maladie guérira dans tel délai, alors que ce délai est depuis longtemps expiré, et que la maladie dure encore. Et il en conclura que c'est lui qui a raison en se déclarant incurable ; que d'ailleurs, il le sait bien, ce médecin n'y e ntend rien, ne connaît pas le premier mot de sa maladie, comme tous ceux qu'il a déjà consultés et, il ira sur le champ en consulter un autre^ Tout sera à recommencer. » J'ai déjà dit que le médecin de neurasthéniques doit, des la première visite, par la tournure même de son i nterrogatoire, montrer à son malade qu'il connaît aussi bien que lui tous les tourments dont il est accablé. Ancien neurasthénique et neurasthénique guéri, il devient aussitôt comme un vivant exemple, comme une constante leçon d'espérance. Certes le névropathe ne pourra pas en profiter tout de suite, son cerveau étant accroché à ce cran où justement l'espoir n'est pas possible ; et cependant, cela sera pour lui un réconfort que de prendre pour guide un homme qui a souffert comme lui autrefois, qui est descendu dans les mêmes ténèbres, qui en parle avec l'éloquence de ceux qui sont passés par là, et qui maintenant fait son métier avec activité, d'un esprit clairvoyant, évidemment réconcilié avec la vie.

Nous reviendrons tout à l'heure sur la façon dont le médecin doit faire accueil à son malade, sur ce qu*il doit lui dire, et sur la façon dont-il doit régler tout de suite leur collaboration étroite au traitement.

D'ordinaire, le patient se prête volontiers aux minuties du régime et du règlement de vie qu'on lui impose. Il est plutôt intéressé que contrarié parla discipline qui fixera par avance l'emploi des différentes heures de sa journée, et qui mettra de l'ordre dans le douloureux chaos de son esprit.

Il y a chances, s'il n'est pas atteint depuis très longtemps, pour qu'il consente volontiers et vite à constater et même à avouer qu'il va mieux*, sous Tinfluence du traitement éliminateur ou du traitement tonique auquel on le soumet. Il n'y a de difficultés véritables que lorsqu'il a contracté de très anciennes habitudes avec la dépression mentale, avec la mélancolie, avec l'inactivité intellectuelle, avec la peur des maladies ou telle autre phobie. C'est alors qu'il faut faire de la psychothérapie véritable, tâcher tous les jours à dissoudre cette synthèse

(1) Quand sa maladie est ancienne et très enracinée, le neurastliénique en arrive à ne plus vouloir guérir. Si cruelle qu'elle puisse être, sa misère lui devient chère, tant il est vrai que nous nous attachons à tout ce dont nous avons pris coutume. Parfois, il en arrive à prendre en grippe quiconque cherche à l'arracher à ses idées désespérées, et cela d'autant plus que l'on affirme plus catégoriquement qu'il va mieux. lUen n'exaspère un malheureux neurasthénique comme de lui redire trop souvent qu'il va bien, alors qu'il n'a encore aucune conscience do cette amélioration. Aussi, même s'il la constate, le médecin doit-il souvent se garder de la proclamer; mieux vaut attendre que la conviction 80 fasse tout doucement et d'elle-même dans l'esprit du névropathe, chez qui l'esprit de contradiction est particulièrement développé.

mentale pathologique qui s'endurcit en vieillissant, et se fait constamment un peu plus résistante ; c'est alors qu'il faut opposer avec force des images nouvelles aux images anciennes, et, plus encore des habitudes utiles aux habitudes inutiles ou nuisibles.

D'ailleurs il est bien rare que Tétat normal ne se modifie pas d'une façon sensible sous l'influence de la médication accélératrice de la nutrition. Seulement il arrive que le changement passe inaperçu; voici pourquoi : tout d'abord, au début de la cure, votre malade était atone, triste, inactif, prompt aux larmes. Vous stimulez énergiquement son système nerveux, et voilà que, cinq semaines après, il vous paraît tout aussi névropathe qu'auparavant. 11 est, à présent, plus farouche et plus sombre que triste à proprement parler; il pleure moins, et se met plus souvent en colère, et lui-même n'accuse pas de véritable amélioration. On ne pourra pourtant le tenir pour guéri que quand il s'avouera lui-même hors d'affaire.

^ Si vous vous efforcez de mieux comprendre ce qui s'est passé dans un cas comme celui-là, vous constaterez que votre traitement n'est pas demeuré impuissant, mais que vos stimulations toniques portant sur un cerveau de déséquilibré, l'ont transporté de l'état de faiblesse irritable où il vivait précédemment, à un état d'irritabilité constante qui en diffère à bien des points de vue. Ce névropathe au regard sombre, aux paroles amères, aux colères faciles, et qui n'a pas l'air d'aller mieux, a pour-

tant pour lui quelque chose qu'il ne possédait pas cinq semaines auparavant, de la force nerveuse. Il s'en sert mal et elle sort de lui tumultueusement, d'une façon désordonnée ; mais si vous vous avisez de canaliser cette énergie qui se gaspille, et de l'utiliser, si vous contraignez le malade à des exercices physiques réguliers ou à un travail intellectuel progressif, à heures réglées, — travail qui devra être un travail d'accomplissement plutôt que de lecture — vous verrez très vite tomber l'énervement farouche, les colères et le pessimisme irrité. Donner de la force à un nerveux sans l'entraîner à s'en servir, c' est faire d'aussi mauvaise besogne que celle qui consisterait de changer un estomac anachlorhydrique en hyperchlorhydrique, sans donner d'aliments en pâture à ce suc gastrique trop riche; au demeurant, le patient aurait toujours mal à l'estomac; il n'en faudrait cependant point conclure que le traitement n'a pas agi.

La caractéristique, peut-être la plus importante de l'état mental neurasthénique, est l'extraordinaire tendance de nos malades à continuer ce qu'ils ont commencé, à contracter des habitudes. Or, il dépend du médecin que ces habitudes, jusque-là fâcheuses ou vaines, deviennent bonnes et utilisables. C'est en cela que devra consister l'essentiel de la cure psychothérapique. Dans un ouvrage précédent S j'ai longuement exposé les résultats de mes observations sur la fe^çon

(1) Introduction à la Médecine de l'Esprit, cli. vi, p. 287 et suiv.

dont il est possible, chez les nerveux, de substituer le bon automatisme, l'habitude féconde, aux manies déplorables où se gaspille l'existence de tant d'hommes intéressants. Un grand esprit ne diffère d'un nétropatlie impuissant, disais-je, que par la beauté de son idée fixe ou par l'excellence de ses habitudes. C'est une conception que je crois juste encore à l'heure actuelle, et qui, bien souvent, m'a conduit à des résultats thérapeutiques tels que je n'aurais pas osé les espérer.

Il nous reste encore à résoudre un certain nombre de questions qui ne sont pas sans importance, celles-ci notamment :

Un neurasthénique doit-il être traité dans le milieu où il vit d'ordinaire ou dans une maison de santé ?

Faut-il le maintenir au repos ou le contraindre à l'exercice ?

Convient-il de mettre en jachère les facultés de son esprit ou de les appliquer au travail régulier?

Que faut-il enfin préférer du régime ou de la suralimentation, de l'immobilisation ou des voyages?

Essayons^ d'y répondre aussi nettement que possible.

Je crois qu'il est souvent possible de soigner les neurasthéniques dans leur milieu habituel et de leur épargner l'ennui de s'enfermer, pendant plusieurs semaines, dans une maison d'hydrothérapie, si riante soit-elle.

L'isolement, que je liens pour à peu près indispensable au traitemenl de Thystérie, est plus rarement nécessaire aux neurasthéniques. Au point de vue social et mondain, il n'est pas sans inconvénients, les mauvaises langues ayant vite fait de raconter qu'un homme a été interné, parce qu'il vient de passer huit semaines de claustration volontaire dans un établissement dont le séjour est interdit aux véritables aliénés. J'y ai recours, pourtant, dans quelques cas tout à fait graves ; quand l'entourage du malade, au lieu d'aider au traitement, ne contribue qu'à exaspérer davantage Tétat du malheureux. J'ai vu, comme cela, des neurasthénies à deux, de mère à enfant quelquefois, conjugales le plus souvent, qui nécessitent impérieusement la séparation des deux exaltés. Isolez encore, si vous le pouvez, ces neurasthéniques parleurs, qui ne cessent de gémir tout haut, de conter infatigablement à leurs proches l'intensité de leurs misères, la gravité de leur état, Tirréparable perte de leur mémoire, de leur attention, de leur volonté. Chez eux, devant leurs parents ou leurs femmes, ils ne se gênent pas pour redire, du matin au soir, les mêmes mots de désespoir, aggravés des épithètes les plus hyperboliques. Or, il arrive que, tout en voulant convaincre leurs proches qui doutent de la réalité de leurs souffrances, ces malheureux finissent par accroître la conscience qu'ils ont de leur mal. Les paroles désolées qui sortent de leur bouche, et auxquelles, les premiers temps, ils ne croyaient eux-mêmes qu'à demi.

rentrent en eux par leurs oreilles, apportent au cerveau une affirmation constante, qui augmente la certituder et fortifie d'autant la syntlièse mentale morbide. C'est ainsi qu'un menteur, après qu'il s'est lui-môme entendu raconter quelque aventure imaginaire, finit par y croire lui-même, et par ne plus savoir où est la vérité. * Ces neurasthéniques parleurs sont très longtemps rebelles à la cure et ne guérissent qu'à grand'peine, parce qu'ils finissent par mettre une sorte de point d'honneur à démontrer qu'ils sont aflreusement malades, et à avoir raison de leurs contradicteurs. Il est bon de les isoler. A leur arrivée dans une maison de santé, où personne ne les connaît, ils ont d'abord quelques heures, — généralement brèves — de très grande tristesse. Puis ils s'intéressent au milieu inconnu; les visages nouveaux qu'ils rencontrent leur en imposent, la crainte du ridicule les retient, en même temps que se fait jour cette; coquetterie foncière, ce désir de plaire et d'intéresser, qui est au fond de tant de névropathes. Et les voilà qui, loin de gémir sans relâche, cherchent à conquérir des sympathies et à briller. Rentrés chez eux, au bout de (juelques semaines, ils n'auront plus de honte à s'avouer guéris; et l'on voit s'apaiser très vite des symptômes qui n'eussent fait que s'aggraver dans la vie de famille.

Mais réservons l'isolement pour ces cas de neurasthénie profonde, de mélancolie dépressive ou anxieuse, oud'hystéro-neurasthénie. La neurasthénie simple, dans un milieu moyen, peut se traiter à domicile.

En vue de guérir la maladie de Beard, on sait qu'une certaine école préconise le repos complet, voire même rimmobilisation à peu pr&s absolue, au lit, pendant des semaines entières. Jointe à la suralimentation et au massage, cette façon de faire constitue ce que Ton appelle la méthode de Weir-Mitchell. A rencontre de celle-là, la méthode de M. Fernand Lagrange consiste à entraîner peu à peu, mais constamment, les névropathes à des exercices physiques chaque jour un peu plus importants.

Ces deux tendances adverses ont chacune leur raison d'être. Mais il importe, on le conçoit, de ne pas les employer aveuglément et de préciser — ce que Ton a trop négligé de faire jusqu'à ce jour — leurs indications respectives.

S'il s'agit d'un cas de neurasthénie tuberculeuse ou présumée telle, le doute n'est évidemment pas possible : l'immobilisation s'impose, sous peine de fiëvre, d'amaigrissement et d'évolulion plus rapide du mal. S'agit-il simplement d'un neurasthénique franchement épuisé, avec pression sanguine basse, nutrition très ralentie, état mental trës déprimé, j'estime que le repos (au grand air si possible), avec suralimentation progressive et stimulation du système nerveux et de la nutrition par les injections salines, constitue le traitement de choix. C'est en parlant de ceux-là que Brissaud dit excellemment : « Vouloir imposer à un neurasthénique des exercices physiques auxquels il se refuse, c'est méconnaître la

nature même de sa maladie, c'est le lancer sur un obstacle insurmontable, c'est lui prescrire un remède nuisible. L'effort, dont il se jouerait dans l'état de santé normal, va le harasser et doubler, tripler, décupler peutêtre sa fatigue. Il n'y a donc pas de plus mauvais conseil à lui donner que celui à! oublier son mal par l'entraînement physique. L'épuisement neurasthénique ne s'oublie pas ainsi sur commande : le résultat ne se ferait pas attendre. Le malade aurait une fois de plus la démonstration de son incapacité et sa neurasthénie morale s'en accroîtrait d'autant. » Remarque profondément juste et qui s'applique pleinement à nos déprimés à hypotension.

Elle n'est plus tout à fait aussi vraie si nous sommes en face d'un neurasthénique à hypertension, d'un artérioscléreux, d'un uricémique, d'un intoxiqué alimentaire, d'un de ces demi-alcooliques sans le savoir comme il s'en rencontre si fréquemment. L'immobilisation et la suralimentation carnée deviennent ici infiniment plus nuisibles qu'utiles. Or, notez qu'au premier abord la différence n'est pas toujours aisée à faire, déprimés et intoxiqués accusant, à quelques nuances près, la même gêne fonctionnelle, la même pesanteur douloureuse des jambes, le même besoin de demeurer immobiles, assis ou étendus. Seul le graphique, recueilli pendant plusieurs jours, permettra le diagnostic. C'est par le régime lacto- végétarien, c'est par les diurétiques et les sudorifiques, c'est par tout ce qui fait éliminer, et notamment

par l'exercice musculaire, gymnastique, marche, bicyclette, escrime, que le neurasthénique à hypertension artérielle recouvre la liberté de ses mouvements, le sentiment (le légèreté de son corps, en même temps que la limpidité de ses idées, que Tintégrité de sa mémoire et que Fégalité de son humeur. Pour cette catégorie de névropathes, M. Fernand Lagrange est assurément dans le vrai.

Quant au travail intellectuel, il ne faut pas non plus l'ordonner sans discernement. J'estime qu'il doit faire partie intégrante du traitement des hystériques, parce qu'il constitue une distraction excellente à leurs idées fixes, parce qu'il meuble le vide cérébral, et contraint à se rompre, au moins pour un moment, le rétrécissement du champ de la conscience.

Mais il n'en va plus tout à fait de même chez le neurasthénique vrai. Si Ton cherche, à la période d'état de la maladie, à contraindre son attention à se fixer sur une tâche, alors qu'il lui est impossible d'écrire la lettre la plus banale à un fournisseur, il n'en résulte rien qu'un surcroît de fatigue et un accroissement du sentiment si pénible de déchéance, d'impouvoir. Pendant toute la première partie du traitement, le cerveau du neurasthénique doit rester en jachère : il doit, dans le recueillement, dans la paix que contribue à lui donner le régime alimentaire, accumuler pour l'avenir des réserves de force, à présent épuisées, et qu'il ne doit pas dépenser h mesure qu'il les recouvre.

TRAITEMENT 40t

Mais lorsque vous verrez vos malades donner des signes d'énervement et d'excitation légère dus au traitement, quand Fétat de leurs forces, de leur pression sanguine, quand Tactivité de leurs échanges auront regagné et même quelque peu dépassé la normale, réglez leur existence de façon à faire figurer dans « Tordre du jour » comme dit M. Brissaud, une demiheure de travail pour la matinée, une demi-heure pour l'après-midi , et lentement, sagement, augmentez-en la dose. Prévenez le sujet de ce qui l'attend, à savoir, dans les premiers temps, une sensation pénible de vide dans la tète, à laquelle il remédiera en se couchant quelques instants sur une chaise longue, pour revenir ensuite à la table de travail. C'est ici que Ton peut aisément tou-» cher du doigt cette tendance de nos nerveux à contracter des habitudes. Tout d'abord ils ont grand'peine à donner Teffort nécessaire, et chaque fois la mise en train est difficile, pour légère que soit la tâche; mais si vous avez soin de régler le travail pour tous les jours à la même heure, il arrivera que le cerveau se tiendra prêt et s'illuminera de lui-même, si j'ose dire, pour faire sa besogne, absolument comme, tous les midis, notre estomac secrète abondamment du suc gastrique et réclame la nourriture. C'est ainsi que j'ai vu bien des neurasthéniques paresseux, enlisés dans l'inactivité, en train de passer pour « ratés », devenir de bons travailleurs sous la double influence du traitement tonique et de l'entraînement.

De Fleury. — Neurasthénie. 26

La suralimentation, le gavage, les repas très substantiels encore renforcés par de la viande crue, le régime alimentaire des phtisiques en un mot, doit-il faire partie de Thygième du neurasthénique? assurément non, si nous avons affaire à un nerveux à hypertension en voie d'arlério-sclérose. Chez celui-là on ne gagnerait rien qu'une recrudescence des phénomènes d'intoxication, et par la suite, qu'une aggravation de l'état physique et mental. S'agit-il d'un neurasthénique h hypotension, franchement épuisé, il faut lui donner à manger, stimuler son appétit à l'aide des injections salines, et l'entraîner à faire quatre repas par jour, dont l'un, celui de midi, devra être très confortable. Je pense, avec M. Mathieu, qu'il y a une catégorie de neurasthéniques que l'on ne nourrit pas assez. Pourtant gardons-nous d'oublier que ces malades ont tendance à

mal éliminer ; il serait donc fort imprudent de les

gorger inconsidérément de vin, de viandes peu Cuites, d'aliments gras, de crudités et de légumes indigestes. Nourrissons-les, mais en les maintenant à un régime qui réduise au minimum les fermentations anormales et les intoxications qui en découlent. L'habitude de prescrire des repas secs et de faire boire abondamment ces dyspeptiques aux heures où leur estomac est vide, a ceci d'excellent qu'elle laisse au suc gastrique toute son énergie pour mordre sur les aliments, et qu'elle établit un lavage quotidien du sang par l'abondance des breuvages. On trouvera tout le détail de ce ré-

TRAITEMENT JBÎ

gîme alimentaire au chapitre v, pages 161 et sui-

Certains neurologîstes ne manquent point de conseiller à tout neurasthénique aisé qui vient les consulter, de faire un beau voyage en compagnie d'un jeune interne, chargé de surveiller le traitement en cours de route. Comme le fait remarquer Irfcs justement M, Brissaud « ce conseil ne convient pas à tous les cas, abstraction faite de ceux où des raisons matérielles s'y opposent, les neurasthéniques dyspeptiques à digestions lentes et douloureuses, ne s'accommodent guère des changements et des irrégularités du régime alimentaire. » J'ajoute que, pour de grands fatigués, les longues étapes en chemin de fer, les changements fréquents de lits, les visites des monuments et surtout des musées, constituent un surmenage de tous les jours, et l'un des plus intenses qui se puissent imaginer. Il y a bien la distraction tant va niée ; mais la distraction est surtout salutaire aux hystériques en proie à l'idée fixe, tandis que l'accumulation précipitée d'images nouvelles ne fait qu'étourdir et accabler davantage le cerveau d'un neurasthénique vrai. Dans ces cas-là, on est vraiment en droit de dire que le voyage profite surtout à l'interne en lui faisant voir du pays. Je crois pourtant que, dans un cas de neurasthénie ancienne, vers la fin du traitement, alors qu'il s'agit de détruire les idées fixes secondaires, à un moment où le malade a recouvré son énergie vitale

40i LES GRANDS SYMPTOMES NEURASTHÉNIQUES

et rinlégrité de sa nutrition, je crois que le voyage fait en compagnie d'un jeune homme intelligent, peut couronner la cure d'une façon très heureuse.

Avant d'en terminer avec le dernier chapitre de cet ouvrage, je voudrais donner, à ceux de mes jeunes confrères qui se consacreront à soigner des nerveux, quelques conseils, dont mon expérience déjà vieille de cette sorte de malades m'a démontré l'utilité.

• Lorsqu'un neurasthénique viendra chez vous pour la première fois, ne Taccueillez point par des paroles ironiques ni par des haussements d'épaules. Laissez-le, sans sourire, déployer les « petits papiers » où il a eu grand raison de noter la longue liste de ses misères, car sa mémoire est si débile qu'il n'aurait su vous dire que choses vagues et décousues, sans cette précaution.

Ecoutez-le patiemment. Si votre salon plein de monde vous presse d'en finir, dites bien au nouveau venu que le temps vous manque aujourd'hui pour l'examiner consciencieusement, comme vous entendez le faire, et fixez-lui pour le lendemain, un rendez-vous à un moment où vous serez sûrement de loisir. Tout en accueillant votre malade avec la bonne grâce qui convient et sur le ton qui vous vaudra sa sympathie, ne pensez pas tout bas que vous avez affaire au pire des fâcheux. Rien n'est intéressant comme la causerie des neurasthéniques, rien n'est instructif comme leurs bavardages réputés monotones et insupportables, si l'on

. rf

prend la peine d'écouter ce qu'ils disent et de les bien interroger. Songez que ce sont les hystériques, les mélancoliques et les neurasthéniques 5 qui ont fourni h quelques observateurs patients les éléments de presque toute la psychologie objective moderne. Quiconque, les juge ennuyeux n'a qu'à se mêler d'autre chose.

D'ailleurs, ne vous contentez pas d'écouter vos nerveux; ne vous considérez pas comme suffisamment renseigné parce qu'ils auront accusé des troubles dyspeptiques, la sensation de fatigue, une plaque douloureuse à la nuque et des idées noires. Examinez-les aussi soigneusement que vous feriez d'un tabétique ou d un paralytique général. Faites un diagnostic qui comporte la série de questions suivantes : Est-ce bien un neurasthénique et non un hystérique ou un dégénéré, comme l'entend M. Magnan?La névrose est-elle seule ou associée à une autre? Ne masque-t-elle pas la période initiale d'une tuberculose ou d'une paralysie générale? S'agit-il d'une neurasthénie franche à hypotension artérielle, ou d'une intoxication du système nerveux chez un artério-scléreux, un petit brightique, un goutteux, un diabétique ou un demi alcoolique? A l'aide du phonendoscope de Bianchi, auscultez bien le cœur, afin d'être certain que les accës d'angoisse no dépendent en rien d'une lésion organique; mesurez les dimensions de l'estomac, celles du foie; recherchez s'il y a des ptôses viscérales ; mesurez enfin la pression artérielle, l'état des forces et, si vous êtes outillé pour

cela, Tactivité des échanges. Demandez en outre au malade une analyse de ses urines, analyse quantitative et par kilogramme de poids, faite chez un chimiste de qui vous soyez sûr, et qui ait coutume de vous renseigner sur tous les nombreux points qui peuvent vous instruire.

C'est seulement après cette analyse que vous saurez, en connaissance de cause, dicter au patient un régime " approprié à son état, et tout un règlement de vie. Demandez-lui alors l'engagement de S3 soumettre avec une régularité parfaite, d'une manière tout h fait méthodique, aux moindres minuties de la cure dont vous vous réservez de modifier tel point qui ne lui conviendrait pas.

J'ai pris coutume de dire à mes malades ; « Aucun organe n'est atteint, et vous n'avez absolument que des troubles fonctionnels : ce dont vous souffrez doit guérir. Nous ne changerons point le tempérament avec lequel vous êtes né, mais nous arriverons à supprimer tout ce qui est état de crise dans votre maladie. Vous concevez bien, n'est-ce pas? que ce n'est pas avec une ordonnance que nous allons y parvenir. Vous allez me trouver tout à fait attentif à mener jusqu'à bonne fin l'œuvre que nous entreprenons; je serai toujours là pour vous porter secours. Mais si je dois travailler seul à votre guérison, et m'intéresser plus que vous à cette lutte pour en finir avec vos misères, j'y renonce avant de commencer ; il faut que nous soyons au moins

Jeux, VOUS et moi, sans compter votre entourage, pour en venir à bout. »

Il est rare qu'un névropathe ne soit pas convaincu par cette façon de le prendre, et que, touché par Tévi- <lente sincérité de l'homme qui lui parle, il ne s'abandonne pas à lui en pleine confiance.

Certes des incidents fâcheux, de grandes et de petites rechutes, viendront, plus d'une fois, mettre à Tépreuve la constance des deux collaborateurs ; mais s'il s'agit d'un vrai neurasthénique, si le diagnostic de la cause a été bien posé, si l'entente s'est établie entre le malade et le médecin, il y a toutes chances pour que le traitement que nous avons précédemment décrit, redonne le sentiment de force, et quelque joie de vivre, au malheureux qui les avait perdus.

Introduction.

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