‹ Les graveurs du 19e siècle; guide de l'amateur d'estampes modernes (volume 2)Chapitre 117 sur 155 · LÉON XIII, in-fol. (H. 40. L · texte numérisé non relu

LÉON XIII, in-fol. (H. 40. L

Gravé sur le cuivre du Pie IX.

1. Le cadre, qui a servi pour Pie IX . est très noir. — 2. Le cadre à demi éclairci, et comme usé, les deux bordures ovales blanches. — 3 Signé à gauche Gaillard se. — 4. Avec l'inscription Dessiné et gravé. . . . — 5. Avec Anno Ilo pontificatus. (11 y a de belles épreuves tirées sans le cadre.)

6. La tète entièrement changée : les cheveux, au lieu d'être bouclés derrière l'oreille droite, sont ramenés en avant sur la tempe. Signé F. Gaillard au milieu. C'est, à vi'ai dire, un nouveau portrait de Léon XIII ; mais les amateurs préfèrent unanimement l'expression du premier, très supérieur à celui-ci.

Quand on regarde ces étonnants portraits, on se prend à regretter que l'Etat, en même temps qu'il commandait au graveur la Joconde et la Cène, n'ait pas eu le pouvoir de lui commander aussi quelques portraits de personnages marquants , dans l'intérêt même de sa future renommée. C'est par le portrait qu'il est surtout un maître; c'est par le portrait qu'il cesse d'être un homme d'un autre temps, pour devenir un moderne, un contemporain.

Or, rien ne porte la réputation des graveurs plus loin que les porti'aits de leurs contemporains; mais, encore une fois, à la condition que les personnages représentés soient de première importance.

Avec le temps, la valeur, non pas artistique, mais vénale des portraits finit par être en rapport direct avec l'importance du rôle qu'ont joué à leur époque les personnages gravés. Prenez les graveurs célèbres, et demandez-vous à quels portraits ils doivent leur célébrité : voyez quels noms se présentent à voti'e esprit :

Masson? C'est le comte d'Harcourt. — Nanteuil ? Aussitôt viennent à l'esprit les nombreux portraits de Louis XIV, ceux de Richelieu, de Mazarin, du grand Condé, deTurenne, de Fouquet, de Colbert, de Louvois. — Édelinck? Encore

Louis XIV, ou le grand peintre Philippe de Ghampaigne. — Les Brevet? Louis XIV, Bossuet. le comte de Toulouse , le peintre Rigaud, le maréchal de Villars. — Ghéreau? Le duc d'Antin. — Schniidt? Mignard et La Tour, ou le prince Esterhazy. — Balechou ? Auguste 111. — Wille? Frédéric 11 , le maréchal de Belle-Isle , le maréchal de Saxe , le marquis de Marigny. — Et si nous passons aux modernes : Bervic i C'est Louis XVI en manteau royal. — Boucher-Desnoyers? C'est Napoléon en costume impérial, ou Talleyrand. — Galamatta? C'est Mole et Guizot. — Devéria? c'est Alexandre Dumas, Victor Hugo, Alfred de Vigny.

Nous citons ces exemples, pour bien préciser cette idée que la célébrité des portraits dépend autant de l'importance des personnages que du talent du graveur. En etiét , les artistes fameux dont nous parlons ont gravé bien d'autres superbes portraits de conseillers au Parlement, de docteurs en médecine, de prieurs de couvent, de professeurs de Sorbonne, de chirurgiens (même royaux), de curés de paroisse, etc. Après que les amateurs , chaque jour plus rares, qui s'acharnent à faire l'œuvre complet d'un graveur ont satisfait leur manie, tout cela, même en épreuves hors ligne, se met sur table dans les ventes publiques, sur des mises-à-prix qui varient entre trois francs et cent sous, et le plus souvent , ô honte ! , ne trouve pas <.< marchand » à ce compte. (1)

En ce qui concerne Gaillard, il n'est pas nécessaire d'être prophète pour affirmer l'avenir des admirables portraits de Pie IX et de Léon Xlll, et du Cardinal Pie. Le Comte de Ghambord est également un personnage que voudront toujours les collectionneurs. Quant au Dom Guéranger, il n'est pas douteux que le mérite extraordinaire de l'œuvre ne lui assure une éternelle célébrité.

— Eh bien , nous dira-t-on , votre désir est rempli , que demandez-vous de plus ?

— D'autres portraits encore, répondrons-nous. Il n'y en

(1) La remarque que nous venons d'exposer ne s'applique qu'aux portraits d'hommes. Pour les portraits de femmes, c'est la beauté ou la grâce du modèle qui décide de leur avenir. Le rang n'y est pour rien. Adrienne Lecouvreur prime Marie-Thérèse femme de Louis XIV; M"?"^ Pelissier, actrice, prime les Dauphines d'Espagne ou de Saxe; M'"" Du Barry est préférée par tous les amateurs à Marie Leczinska ; etc. C est le charme de l'œuvre qui est tout.

a pas assez! Gaillard nous a mis en goût par ses chefsd'œuvre, nous avons soif d'en posséder d'autres. Seulement, et ceci est une idée de collectionneur, nous voudrions toujours réserver le talent de nos plus habiles graveurs pour des personnages très en vue , afin que l'intérêt et la valeur de ces estampes de premier ordre demeurent permanents avec le temps. Qu'on ne nous prenne pas pour un original, avec nos vœux. Nous ne sommes pas fâché de nous aJjriter ici derrière M. de Ghennevière.s, auquel le même portrait de Gaillard avait inspiré la même réflexion.

<-< Ce serait l'honneur d'une administration de vouloir et » de savoir faire naître de tels ouvrages , » écrivait-il en parlant du Léon XIII. « Songez que notre Chalcographie » ne peut montrer une estampe d'aucun de nos trois derniers » chefs de l'Etat ! »

11 est, en effet, bien plus simple d'avoir des photographies officielles. C'est ainsi qu'on encourage la gravure.

M. de Chennevières continue, toujours à propos de Gaillard, par des réflexions sur la situation de la gravure, qui correspondent trop bien à notre propre manière de voir pour que nous les omettions : « Je me suis efforcé jadis, » autant que je l'ai pu, de trouver à cet art un peu décou- » ragé de la gravure une nourriture revivifiante. Convaincu » que les graveurs, en chaque époque, donnaient le meilleur » de leur talent à la. reproduction des œuvres contempo- » raines^ soutenus qu'ils étaient en cela par l'air et le goiàt » qui courent dans les ateliers , par l'enseignement , les » conseils directs des maîtres créateurs, par le spectacle » même des procédés de ces maîtres, j'avais fait reproduire » chaque année, par les graveurs récompensés au Salon, les i> peintures ou sculptures ayant obtenu la médaille d'hon-

> neur à ce même Salon : de même que j'avais cru intéressant » de faire graver des planches des solennités nationales, » telles que l'inauguration de l'Opéra, de la manufacture de » Sèvres et de l'Exposition universelle, en continuation des » planches célèbres des Cochin et des Moreau. Dans ce

> temps où rien n'aboutit , cette seconde série me paraît » demeurée en détresse (i). La première avait fourni » quelques œuvres heureuses et je crois que la veine était » bonne à suivre du côté des commandes de la Ville de » Paris. Le menu budget spécial des Musées nationaux

( 1 ) Tant pis ! mille fois tant pis !

» suffit à peine à enrichir la Chalcographie de quelques >^ reproductions des œuvres anciennes, et ne peut que de » très loin en loin entreprendre la gravure d'une toile émi-. » nente du musée du Luxembourg. Le soin de faire buriner » quelques œuvres modernes incombe donc aux bureaux » de l'Administration des Beaux-Arts : on n'y saurait oublier » le respect profond et, mieux que cela, la sollicitude effec- ^' tive dus par la France à un art qui, durant trois siècles, » a tenu tant de place dans la gloire de son Ecole et qui, » quasi sans rivale, a multiplié et popularisé dans toute » l'Europe les chefs-d'œuvre de ses artistes. Cet art du » burin porte en lui-même, par son travail consciencieux » et profond , par son ambition noble de précision et de •> perfection , une telle respectabilité, que tant qu'il y aura » dans notre pays un grand peintre ou un grand sculpteur, V amoureux de la forme humaine , il y aura place auprès » de lui pour un grand, graveur. »

A la bonne heure! voilà qui est bien parler!

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