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Les graveurs du 19e siècle; guide de l'amateur d'estampes modernes

Partant de cette donnée, que nous devons secourir nos semblables sans distinction de races ou de croyances , Lacnilein symbolise la Charité par une femme qui porte dans ses bras des enfants des diverses races , blanche , jaune et noire; un petit chinois se tient près d'elle, etc.

Il faut juger cette estampe sur une épreuve d'une fraîcheur irréprochable. C'est alors une des plus suaves lithographies qui soient. Jolis blancs, jolis gris, jolis noirs : au total , un grain à faire envie à tous les lithographes de profession.

Cependant, cette pièce hors de pair est presque ignorée !

Quand on parie lithographie, on croit souvent avoir tout dit lorsqu'on a payé un juste tribut d'enthousiasme au Gros- Horloge de Bonington. Certes , en ce qui nous concerne , nous ne marchandons pas notre admiration à ce chefd'œuvre lithographique. Mais il faut réagir contre la tendance à synthétiser, à enfermer un art dans un très petit nombre de pièces toujours citées, toujours les mêmes, pièces-types qui finissent par devenir des pièces-rengaines. Il est bien autrement intéressant, au contraire, d'élargir les nomenclatures et de montrer que le nombre des morceaux remarquables et dignes d'être connus est beaucoup plus considérable qu'on ne le dit (')• Pour la lithographie, ce nombre est extrêmement développé.

Des expositions restreintes, — comme l'exposition des

(1) Ce fut la mode, en 1888, de proposer dans les journaux des devinettes dans le genre de celle-ci : Ayant à former votre bibliothèque avec vingt volumes en tout et pour tout, comment la composeriez-vous ? De même : Si vous étiez condamné à ne posséder en tout que vingt estampes , lesquelles choisiriez-vous ?

Là dessus, réponses de pleuvoir, peu intéressantes, parce qu'elles tournent dans le même cercle banal ; chacun cherchant à donner la plus haute idée de son goût au moyen d'un salmis de vingt noms comprenant tous les chefsd'œuvre de l'esprit humain , et répondant tout d'un trait : La Bible , Homère, Eschyle^ le Mahabharata, Shakespeare, Corneille, Goethe, Hugo, etc. Ils sont rares ceux qui oseraient se singulariser par une réponse exorbitante et dire : « Réduit à n'avoir que vingt volumes, je les voudrais aux armes de Madame de Ghamillart ou de Madame de Pompadour, pour en

LAEMLEIN.

Estampes du Siècle chez Georges Petit, en 1887, — comme la section centennale de la Gravure à l'Exposition Universelle de 1889, — ne permettent pas de bien juger de notre richesse lithographique. On est obligé de s'y réduire à des spécimens. Or, s'il est des lithographes comme Laemlein, Glaize ou Bonhomme, dont on peut avoir une connaissance complète sur le vu d'un très petit nombre de pièces , par la bonne raison qu'ils n'en ont pas produit davantage, — comment donner par spécimens l'idée d'œuvres comme ceux de Raffet, de Daumier ou de Gavarni, qui comi)rennent des centaines, des milliers de pièces, œuvres dont le développem.ent et la variété sont précisément un des côtés les plus admirables ?

Ce qu'il faudra faire un jour, c'est une exposition spéciale de lithographies, oii la place ne sera pas marchandée, oii chaque œuvre pourra s'épanouir librement et prendre son importance vraie. Alors on verra le prodigieux développement de cet art bien français, et les ressources qu'il offre.

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